François DELPLA

Livre d'or

Par pratclif

Bonjour
Je m'intéresse au cours de l'histoire et à la façon de parvenir aux commandes, façon Hitler.
La traduction de mon combat par Genoud, mérite [Suite...]

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UN PROPOS HITLÉRIEN NÉGLIGÉ
François Delpla·Dimanche 7 juillet 2019


Je relis les mémoires d’Albert Speer (1969) quelques années après ma dernière lecture et je trouve, grâce au travail effectué entre-temps, des pépites qui m’avaient échappé. Ainsi, ce monologue placé dans la bouche de Hitler le 22 juillet 1944, deux jours après l’attentat de Stauffenberg :
“ Le fait que le général Fellgiebel, le chef des services de transmission, ait fait partie lui aussi du groupe des conjurés provoqua chez Hitler une explosion où la satisfaction, la colère et le triomphe se mêlaient à la conscience d’être justifié :
« Maintenant, je sais pourquoi tous mes grands plans étaient condamnés à échouer en Russie pendant ces dernières années. Tout était trahison ! Il y a longtemps que nous serions vainqueurs sans ces traîtres ! Voilà ma justification devant l’histoire ! Il faut maintenant absolument chercher à savoir si Fellgiebel disposait d’une ligne directe avec la Suisse, grâce à laquelle il aurait transmis tous mes plans aux Russes. Il faut employer tous les moyens pour l’interroger… Encore une fois c’est moi qui ai eu raison. Qui est-ce qui me croyait lorsque je m’opposais à toute unification du commandement de la Wehrmacht ? Regroupée dans une seule main, la Wehrmacht constitue un danger ! Pensez-vous aujourd’hui encore que c’est un hasard si j’ai fait mettre sur pied le plus grand nombre possible de divisions de Waffen-SS ? Je savais pourquoi je donnais ces ordres en dépit de toutes les résistances… l’inspecteur général des blindés : j’ai créé tout cela pour diviser l’armée de terre une fois de plus ! »
(édition française de poche, 1972, p. 517)

Il est rare qu’une même tirade hitlérienne en dise autant, à la fois sur son caractère et sur son style de gouvernement... même si les deux ne sont pas faciles à démêler, mais le sont-ils jamais ?
Ainsi, son besoin éperdu d’autojustification, passant par le rejet sur autrui de la responsabilité de toute erreur, se mêle à des préoccupations politiques à court, moyen et long terme :

cerner le périmètre et les procédés de la conjuration, en utilisant au besoin la torture;
réaffirmer l’autorité du chef et son infaillibilité;
dédouaner le régime de tous les échecs subis en URSS, en les expliquant par la trahison plutôt que par la force de l’ennemi et le risque inconsidéré pris en l’attaquant;
justifier ledit régime, et son chef, “devant l’histoire”;
justifier (ici implicitement) toute la politique antisémite, fondée sur les soupçons perpétuellement formulés à l’égard des Juifs de liaisons internationales secrètes.

Mais le plus instructif est la façon dont l’orateur se vante de son procédé favori : la division des forces qui pourraient s’opposer à sa volonté. Ces lignes sont de nature à ruiner l’idée que le développement accéléré des Waffen-SS, poursuivi jusqu’à la fin de la guerre, aurait pour moteur la soif de pouvoir de Himmler. Il s’agit bel et bien d’une mission à lui confiée par son vénéré maître, qui anticipe depuis longtemps le trouble que les défaites vont créer dans l’esprit des officiers, et entreprend d’en limiter les effets en truffant les armées de divisions politiquement sûres... dussent leurs carences militaires provoquer les sarcasmes des officiers de carrière.

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Jérémy Roy
30 juin, 2019
[size=17]Hitler, Heisenberg, Fritz Reiche et Fritz Houtermans : une manipulation hitlérienne de plus autour de la bombe atomique [size]
(printemps 41)

La manipulation est très simple : faire croire aux Américains que les Allemands ont la bombe ou sont tout près de l'avoir, la possession de cette arme doit évidemment décourager les Anglo-américains à continuer la guerre et même les encourager à faire la paix et reconnaître la domination allemande sur l'Europe. Pour cela Hitler peut compter sur des savants de haut vol complices du régime nazi (Heisenberg et Weiszacker) et sur des seconds couteaux non moins complices tel Fritz Houtermans. Il peut aussi compter sur des savants juifs hostiles au régime nazi sur lesquels il a posé ses griffes et qui ont des contacts avec les Anglo-américains : nous avons déjà vu le cas Niels Bohr, et nous allons voir désormais le cas Fritz Reiche.

Fritz Reiche est beaucoup moins connu que Niels Bohr : né en 1883 dans une famille juive et riche de Berlin, il avait fait des études brillantes au Collège Royal français puis à l'université de Berlin (sous l'égide de Roentgen, prix Nobel). Après une thèse de physique sous la direction de Max Planck, il travaille à l'université de Breslau où il se lie d'amitié avec Rudolf Ladenburg (qui émigre en 1931 aux USA). Pendant la Première guerre mondiale il travaille avec Einstein, Planck et Fritz Haber (3 prix Nobel) et est nommé professeur à l'université de Breslau après la guerre. Dans les années 20, il publie à un livre à succès sur la Physique quantique. Les ennuis commencent en 1933 avec l'arrivée de Hitler au pouvoir. Il est licencié en 1934, trouve un emploi à Prague en 1935 puis s'établit à Copenhague en 1936 à l'invitation de Niels Bohr (autre prix Nobel). De 1936 à 1941, de retour à Berlin, il survit grâce à une maigre pension. Son fils arrive à émigrer en Angleterre en 1939. La même année on lui trouve un poste à New York. Pourquoi n'émigre-t-il pas ? Sa fille n'aurait pas réussi le test médical (Thomas Powers Le mystère Heisenberg p.134). Pourtant 2 ans plus tard elle passera le test grâce à un médecin allemand complaisant (ami de son père cf Powers p.134). Pourquoi trouve-t-il un médecin allemand complaisant en 1941 et pas en 1939 ? Comme c'est curieux. Est-ce que seul le certificat médical de sa fille posait problème ? N'est-ce pas plutôt les autorités allemandes sous l'autorité de Hitler qui ont refusé sciemment le visa à monsieur ? Comment se fait-il que le visa soit arrivé en mars 41 et pas avant ? Comment ne pas voir les services hitlériens à la manœuvre ? Comment se fait-il que le poste à New York ait été gardé pendant 2 ans au chaud à Monsieur Reiche et n'ait pas été attribué à un autre savant juif dans la détresse ?
La réponse favorable des autorités allemandes arrive en mars 1941, 2 semaines avant l'interdiction totale d'émigrer. Quelle chance ! Le Hasard ? Non, Hitler a trouvé en Reiche un émissaire sûre et efficace pour porter son intoxication directement aux Américains. Pour toucher Reiche Hitler va faire appel à un autre physicien trouble : Fritz Houtermans.

Fritz Houtermans, moins connu que Niels Bohr, plus que Fritz Reiche, doit sa célébrité (toute relative) à son destin hors du commun : un grand-père hollandais qui a fait fortune sous Guillaume II; il est éduqué par sa mère, juive et autrichienne; à Vienne dans les cercles feutrés de la haute société viennoise. Sa mère était très cultivée et fut la première femme diplômée de l'université en Autriche. Fritz grandit dans une ambiance bourgeoise et bohème. Jeune il s'inscrit au KPD (années 20) et fait des études de physique à Göttingen. Devenu professeur à l'université, il se marie à la fille d'un riche éditeur. Tout roule pour Fritz. Tandis que sa femme s'inquiète de l'arrivée des nazis au pouvoir, lui ne semble pas préoccupé, pourtant acien KPD.... est-il séduit par un Hitler socialiste ? Houtermans a-t-il été toujours un petit peu nationaliste ? Sa femme finit par le convaincre de fuir : ils émigrent en Angleterre. Mais, très vite il juge son emploi ennuyeux et ingrat... Heureusement, un emploi s'offre à lui en 1935 en URSS, il saute sur l'occasion : on lui promet un poste de professeur à l'université avec tout un tas d'avantages. Le rêve ! Malheureusement, pour lui l'idylle soviétique tourne court : en 1937 le NKVD débusque un nid d'espion allemand à Kharkov, la quasi-totalité des professeurs étrangers sont arrêtés, Houtermans fait partie du lot. Pendant 3 ans il connait la prison, la torture (dira-t-il) et pendant qu''il fait des aveux compromettants sa femme réussit à fuir avec leur enfant pour les USA. De là elle avertit la communauté scientifique de la situation de son mari : Einstein et Joliot-Curie demandent sa grâce à Staline. En 1940, considéré comme un espion fasciste allemand, Houtermans est ré-expédié à Berlin. Emprisonné cette fois par la Gestapo, entre mai et août, placé en observation afin de s'assurer qu'il n'est à son tour pas un espion soviétique, Houtermans est libéré et très vite placé dans l'institut de Von Ardenne qui travaille sur la bombe atomique allemande. Quelle rapide promotion ! Peut-être les accusation soviétiques n'étaient-elles pas sans fondement après tout ?

Donc résumons : en mars 41 à la veille de Barbarossa Hitler a sous sa coupe deux physiciens de haut vol qui sont tout prêts à lui rendre service. Le premier Fritz Reiche va servir de mule. Le deuxième Fritz Houtermans est plus compromis : il doit mentir au premier, lui faire réciter un message adressé aux Américains : "Heisenberg ne pourra pas résister longtemps aux pressions d'en-haut en vue de faire la bombe. Dépêchez-vous!".
Reiche, une fois arrivé aux USA en avril 41, récite le message à son ami Rudolf Ladenburg (professeur à Princeton) qui lui-même met au courant Lyman Briggs qui lui-même s'en montre très inquiet et en fait part au président Roosevelt.
Le tour est joué ! Le message est passé. Hitler dès avril 41 instille le doute dans l'esprit des Américains : il est près d'avoir le bombe, cette fameuse bombe ! Les Américains oseront-ils soutenir davantage les Anglais et Churchill ? Oseront-ils s'engager davantage contre l'Allemagne ?

Il faut maintenant faire le lien la grosse affaire de mai 41 : le vol de Rudolf Hess. En effet, à la veille de Barbarossa Hitler envoie son fidèle second tâter le terrain en Angleterre d'une éventuelle réconciliation aryenne. Roosevelt voit les signaux s'accumuler qui l'inciteraient à l'apaisement envers Hitler : pourquoi faire la guerre à un pays qui aura bientôt la bombe, pourquoi faire la guerre à un pays qui ruinera le bolchévisme, pourquoi faire la guerre à un pays qui demande la paix à l'Angleterre ? L'intoxication a atteint son but : le président américain. A-t-elle fonctionné ? En partie : les Américains ne déclarent pas la guerre à Hitler, mais c'est l'inverse qui se produit, Hitler reste le maître du jeu. Elle n'a pas réussi à renverser Churchill ni à fonder l'alliance aryenne qui lui aurait permis de consolider ses conquêtes européennes. Mais, Hitler n'abandonnera pas l'idée du chantage à la bombe nucléaire : en septembre 41; il envoie Heisenberg intoxiquer Bohr.

On voit donc que Hitler faisait feu de mille manipulations à la veille de Barbarossa. Sa plus grosse opération (le vol de Rudolf Hess) en cachait de plus insidieuses (le message de Reiche puis la rencontre de Copenhague au sujet de l'arme atomique).
 
 
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Ecrit par: François Delpla, Le: 08/07/19