François DELPLA

Livre d'or

Par Thierry Kron

Lisant vos commentaires sur la RdL et n'y comptant plus y avoir l'envie d'y commenter,
je signe votre livre d'or.
Toujours avec plaisir,
Thierry Kr [Suite...]

Livre d'or

 
Rss Le Darlan de Bernard Costagliola
Costagliola (Bernard)
Darlan/La collaboration à tout prix
Paris, CNRS Editions, 2015
25 €

texte paru (avec des sous-titres de la rédaction) sur le site des Clionautes le 10 février 2015


Il s’agit d’un vrai livre d’histoire, presque trop : l’auteur s’efforce de n’apporter que du nouveau, en critiquant nommément et sans ambages les travaux précédents, auxquels il renvoie néanmoins pour les parties de son sujet sur lesquelles il estime n’avoir rien à dire de neuf. La thèse est en effet sinon vierge, du moins présentée avec une netteté révolutionnaire et un souci inédit du détail : des trois principaux dirigeants de Vichy, Pétain, Laval et Darlan, ce dernier était, estime l’auteur, le plus disposé à une collaboration avec l’Allemagne et si, sous son ministère, elle n’a pas débouché sur une cobelligérance, c’est à la partie allemande qu’on le doit.
Costagliola fustige tout au long du livre la première biographie détaillée de l’amiral, publiée en 1989 par Hervé Coutau-Bégarie et Claude Huan. Ils n’auraient rien compris au personnage, à moins que, n’ayant que trop bien cerné son comportement, ils essayent sciemment de le travestir. Costagliola avoue en revanche une dette importante envers Robert Paxton, qui a encouragé son travail et relu son manuscrit, et qui en 1992 avait, le premier, rompu des lances contre ce précédent Darlan (tout en lui reconnaissant certains mérites), dans un article de XXème siècle aujourd’hui en ligne http://www.persee.fr/web/revues/home/pr ... _36_1_2599 .

Avec une érudition pugnace, Coutau-Bégarie et Huan développaient le thème d'un Vichy comptant les points depuis la touche et guettant l'occasion de revenir dans la partie. Aux côtés des Alliés s’entend, après une phase de « neutralité ». Pas le moins du monde, rétorque Costagliola. Quant à l'idée d'un Darlan plus collaborateur que Laval, elle avait été été formulée par Paxton, assez timidement d'ailleurs, et par Henri Michel puis, plus récemment, par Michèle Cointet http://delpla.org/article.php3?id_article=509 . Elle fournit au livre de Costagliola, pour reprendre une expression de Paxton, son "hypothèse structurante" : l'amiral n'a de cesse, à partir du moment où il pose devant Hitler, à Noël 1940, sa candidature à la succession de Laval, congédié le 13 décembre, d'obtenir un traité de paix qui permette d'en finir avec l'occupation, moyennant une aide de la France à l'effort de guerre allemand.

Cela explique non seulement sa conduite au moment des Protocoles de Paris (mai-juin 1941) ou en janvier 1942, lorsque cette paix semble plus près que jamais d'advenir, mais encore en novembre suivant, quand Darlan est surpris à Alger par l'opération "Torch". Il nourrirait encore le fantasme d'un Pétain signant une alliance pour la "défense de l'Europe", qui permettrait d'éviter l'invasion de la zone sud.
L’un des sommets du livre (p. 241-258) est l’analyse du retournement de Darlan en faveur des Américains (8-13 novembre 1942), appuyée sur une lecture renouvelée des télégrammes échangés avec Vichy dont celui, fameux, qui exprime l’« accord intime » du maréchal avec l’amiral. Les Alliés n’ayant débarqué qu’au Maroc et en Algérie, le sort de la Tunisie est en balance et Darlan envisage d’y appeler les Allemands à la rescousse, moyennant le remplacement de l’armistice « par une autre formule politique qui nous permettrait de recouvrer nos possibilités» : ainsi s’exprime-t-il dans un télégramme à Pétain, le 9 novembre à 13h 04. Sans nouveaux ordres, il se résigne, sous la pression de ses subordonnés, à signer le lendemain, avec le général Clark qui représente Eisenhower, un armistice pour l’Algérie et la Tunisie. Le télégramme secret (mais retrouvé et publié) où l’amiral Auphan, le 12, fait état de l’« accord intime du maréchal », interprété par Robert Aron, Coutau-Bégarie et bien d’autres comme une approbation du retournement de l’empire français contre l’Axe, porte non pas sur Darlan mais sur Noguès, résident général au Maroc. Il traite non de stratégie mais de commandement, et en lisant deux mots de plus, on constate qu’il fait état aussi, et sur le même plan, de l’accord de Laval… ce qui le rend nettement moins probant pour mettre en lumière un double jeu de Pétain, et… l’aval qu’il aurait donné au retournement de l’empire. Ce document n’en a pas moins une grande importance : car en le brandissant, et en lui prêtant ce caractère, Darlan obtient le ralliement de nombreux officiers, et d’un certain nombre de territoires, à sa personne.
Nombre d’historiens, dont Paxton, avaient déjà critiqué cette interprétation du texte, mais en concluant que Darlan avait du mal à s’affranchir d’une politique de « neutralité ». Or elle n’avait jamais été la sienne : il sauta directement de l’obédience allemande dans l’américaine. Costagliola opère ici une véritable percée historiographique.
Moins neuve, mais pas encore très commune, est l’analyse de la rencontre de Montoire inaugurée en 1995 par Philippe Burrin : ce n’est pas Hitler qui réclame mais Pétain qui propose une entrée en guerre de Vichy contre l’Angleterre, par le biais d’une tentative de reconquête des colonies gaullistes. Un thème qui (et là Costagliola innove souvent) parcourt comme un fil rouge les menées de Darlan, jusqu’au bout, et contribue à expliquer ses atermoiements de novembre 1942.
Le portrait de l’amiral est tout aussi sévère sur le plan professionnel. Avec l’aide d’une amie psychiatre, l’auteur diagnostique une personnalité « narcissique » et dominatrice, peu capable de considérer avec bienveillance l’avis d’autrui, et un arriviste concentré sur les aspects techniques de son métier, sans s’aviser qu’une bonne culture générale pourrait avoir son intérêt. Sa vulgarité, qui se fait jour dans ses blagues de corps de garde ou sa fierté proclamée de ne lire que des romans policiers, cohabite cependant avec des goûts de sybarite en matière d’ameublement, d’hôtellerie et de gastronomie.

Le livre comporte des lacunes énormes (par exemple l’assassinat de Marx Dormoy, les menées du colonel Groussard, le discours du « vent mauvais » - 12 août 1941-, le procès de Riom, le rôle des technocrates, la politique de Pucheu... et même le 13 décembre 1940, traité en quelques lignes sans que la question du rôle de Darlan soit posée) mais on ne doit pas bouder son plaisir devant un chercheur qui ose trouver.
Cependant, même dans le cadre des limites que l’auteur assigne à son sujet, on relève une absence préjudiciable : l’analyse du jeu allemand. Si Hitler et Abetz figurent dans les gros bataillons de l’index (avec Pétain, Laval, Weygand, Benoist-Méchin et Auphan), d’une part la subordination de l’ambassadeur au dictateur est insuffisamment affirmée (par exemple la liste des séjours d’Abetz en Allemagne, l’un des points forts du livre de Barbara Lambauer sur l’ambassadeur, n’est guère exploitée), d’autre part Hitler apparaît comme un oracle aux propos ambigus, tout comme à l’époque, alors qu’on est, ou devrait être, mieux outillé pour déchiffrer sa politique. Il s’ensuit que la portée scientifique de l’ouvrage est obérée par cette limite fort commune des analyses sur Vichy, de la Libération à nos jours : un moralisme binaire. La collaboration, c’est mal (disent Paxton, Costagliola et bien d’autres) –ou elle est un « moindre mal », d’après Coutau-Bégarie, Alain Michel, etc.; en y mettant fin lors de sa période algéroise, Darlan « se rachète en partie », ajoute Costagliola. La voie des successeurs est donc toute tracée : il s’agira de montrer, pendant l’Occupation en général et l’ère Darlan en particulier, des dirigeants vichyssois aux prises non seulement avec leur conscience, mais avec un occupant éveillé, informé, habile et retors.


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Une contribution d'Hubert Delpont


Le Darlan d'Hubert Delpont, professeur et éditeur à Nérac, la ville natale de l'amiral, paru en 1998, est resté fâcheusement méconnu, bien que les spécialistes universitaires du domaine aient été abondamment pourvus en services de presse. Bernard Costagliola, en revanche, reconnaît une dette envers lui. Ayant à mon tour, au lendemain de la mise en ligne du texte ci-dessus, reçu l'ouvrage, ainsi qu'une copie d'un chapitre autobiographique le concernant (dans un livre intitulé Ma bibliographie commentée, Nérac, éditions d'Albret, 2014), j'ai demandé et obtenu l'envoi de ce dernier sous forme électronique et vous en fais à présent bénéficier :

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IV

Darlan


Je n’étais pas sans savoir que Darlan fut l’un des rares personnages historiques qui soit né à Nérac, la plupart des autres s’étant bornés à y séjourner durant leur jeunesse (Henri IV, Haussmann, Sand, Fallières etc.). Pourtant, je m’étais promis de ne jamais écrire de livre à son propos. Jeune, j’avais dévoré les deux tomes de l’Histoire de Vichy de Robert Aron qui présentait l’Amiral comme le moins empressé de dirigeants du régime à collaborer avec les nazis, s’offrant à conclure que, s’il n’avait pas été assassiné en décembre 1942, « il n’aurait pas manqué d’arguments pour défendre sa politique ». Mais on a lu plus haut comment cette interprétation atténuante, justifiante et finalement disculpante de Vichy et particulièrement de Darlan fut mise en pièces en 1972 par l’historien américain Paxton qui, sur la base d’archives allemandes, démontra que « si c’est Laval qu’on traite de renégat et d’opportuniste, c’est Darlan qui pousse la France le plus près d’une collaboration militaire ». Dans ce contexte, je ne voulais pas ajouter aux polémiques liées à mon engagement politique local, une controverse qui aurait pu nuire à ma crédibilité professionnelle.

La situation se modifia radicalement lorsque deux auteurs, Hervé Coutau-Bégarie et Claude Huan, publièrent une épaisse biographie de l’Amiral chez Fayard, en 1989 . Leur prétention affichée de signer « la première biographie scientifique » ne manqua pas d’attirer mon attention, au point que je leur proposai, avant même d’avoir lu leur livre, qu’ils soient invités par les Amis du Vieux Nérac à tenir une conférence à Nérac. Ce qui fut fait.

Que n’avais-je pas souhaité ! Sous un fatras de documents savamment enchevêtrés, l’ouvrage étalait l’ultime hagiographie de l’Amiral, assortie de cette conclusion « qu’il ne fut pas toujours inférieur aux responsabilités capitales dont le destin le chargea ». Et faute d’avoir le courage d’avouer leur positionnement idéologique dans leur texte, les auteurs se lâchaient ainsi dans leur bibliographie : « le livre de Robert Aron reste un grand livre d’histoire qui ne mérite pas les critiques sévères et parfois diffamatoires qui ont été lancées contre lui par des historiens qui ne le valent pas toujours. Robert O. Paxton expose avec talent une thèse systématique qui a connu une étonnante fortune mais qui n’est guère défendable ». Evidemment rien, ni dans leur bibliographie, ni dans leur biographie, ne venait attester ce jugement à l’emporte-pièce. J’écrivis aux auteurs que mes positions « paxtonniennes » entraient tellement en contradiction avec les leurs, qu’ils devaient s’attendre à me trouver sur leur chemin s’ils persistaient dans leur intention de venir à Nérac, où aucun d’eux n’osa se présenter.

Cependant, en 1992, les mêmes publièrent un énorme recueil de Lettres et notes de l’Amiral , portant notamment l’intégralité d’un dossier inédit de 1100 pages que l’Amiral avait confié à Amiot, ingénieur du génie maritime, juste avant son départ pour Alger où il fut assassiné . Le dépouillement de ces documents ne fit qu’augmenter mon impression que ces pseudo-historiens faisaient souvent dire aux documents le contraire de ce qu’ils portaient.

Il fallait en avoir le cœur net. Je me rendis à Paris pour consulter, aux Archives de la Marine, les sources relatives à Darlan, particulièrement la fameuse liasse Amiot. En pointant page à page sa reproduction je remarquai un document anormalement long, intitulé : Réflexions sur la situation morale de la France au 2° anniversaire de la catastrophe et de la Révolution Nationale. Première surprise : ce document était le seul à ne pas être reproduit dans le recueil de Coutau-Bégarie et Huan. Seconde surprise : sur une soixantaine de pages, Darlan exposait dans son inimitable galimatias, la seule profession de foi politique qu’on lui connaisse. La surprise fut bien plus grande encore lorsque je m’aperçus que ce texte peut se résumer à ces deux idées : une condamnation sans appel de la démocratie sous toutes ses formes et pire, le choix du totalitarisme dans sa version nazie plutôt que fasciste. La dernière surprise – de taille – que me réservait ce pensum était sa date : juillet 1942, alors que la plupart des historiens considéraient, que Darlan avait déjà entamé son rapprochement avec les Américains auxquels il se rallia après leur débarquement à Alger (c’était évidemment la thèse de Coutau-Bégarie et Huan, sur la base de souvenirs invérifiables du fils de l’Amiral).

On devine mon état d’excitation après la découverte de ce document autographe qui contredisait tout ou partie de ce que tous les historiens avaient jusque là écrit au sujet de l’Amiral. Je tenais Mon Darlan. Cependant, compte tenu de l’importance et de la sensibilité du sujet, je me donnai pour règle de ne rien écrire qui ne soit attesté par un ou plusieurs documents de la main de l’Amiral, sauf dans de rares cas où l’absence de preuves me contraignait à faire des hypothèses, dûment signalées comme telles. Il en résulta une biographie profondément nouvelle. Si elle ne contredisait pas celle d’Henri Michel, publiée de manière posthume (et peut-être pour faire pièce à celle de Coutau-Bégarie), elle allait beaucoup plus loin, démontrant documents à l’appui que Darlan fut avec ses « jeunes cyclistes » le théoricien et le metteur en œuvre d’une politique visant à intégrer la France dans l’Europe nazie par leur volonté de créer une société inspirée du modèle allemand (hiérarchie et encadrement, propagande, répression, arbitraire) et de promouvoir une collaboration avec l’Allemagne jusque dans le domaine militaire (accords de Paris). L’absence de soutien populaire et le refus allemand d’une collaboration profitant aux deux parties condamnèrent l’Amiral à l’échec après plus d’un an de « collaboration solitaire ».

Je montrai que son retournement en faveur des Américains, deux jours après leur débarquement en Afri-que du Nord, ne tint qu’au hasard de sa présence à Alger où il se trouvait pour assister son fils malade. Ensuite, que le choix des Américains de s’appuyer sur lui plutôt que sur De Gaulle , puis son assassinat, permirent d’utiliser plus tard la mémoire de l’Amiral comme celle d’un « rédempteur posthume » des vichystes de tout poil, au prix de l’invention d’un retournement qu’il aurait entamé dès le début de 1942 , et d’imaginaires doubles jeux. Ainsi se construisit la thèse du « bon » Vichy de Darlan d’autant plus « présentable » que l’Amiral fut le seul dirigeant du régime mort dans les bras des libérateurs, opposé au « méchant » Vichy de Laval, associé à la milice et aux ultras de la collaboration. Une thèse que ma biographie, assortie de la fameuse note de Darlan de juillet 1942 faisait définitivement voler en éclats, dans le prolongement de celle de Paxton.

Paru en 1998 , l’ouvrage fut accueilli par un assourdissant silence. Aucun des universitaires auxquels je l’adressai (J.P. Azéma, J.P. Cointet etc.) n’eut la courtoisie d’en accuser réception ! Les deux premiers échos du livre provinrent… des Etats-Unis ! Dans une lettre à en-tête de la Columbia University de New York du 18 février 1999, Robert O. Paxton m’écrivit :

Je suis d’accord avec vous sur beaucoup de points, mais pas tous. Vous avez bien fait de souligner la politique interne de Darlan (sous-estimée par Coutau-Bégarie et Huan), et je note avec grand intérêt le papier bizarre de juillet 1942 qu’ils semblent avoir omis dans leur livre de documents.

« Par contre, je n’ai jamais écrit que "le régime de Vichy repose sur un projet politique et idéologique de type fasciste" […] je crois que le régime est plus autoritaire que fasciste (pour les raisons que vous indiquez très bien, absence de parti unique et d’autres raisons : absence de projet de domination nationaliste, liens avec les corps intermédiares comme l’église, les associations industrielles etc.). Vous avez sûrement raison à propos du caractère tardif du revirement de Darlan […].
« Je vous remercie vivement de m’avoir envoyé ce livre avec lequel je me trouve souvent en accord (même si ce n’est pas toujours) ».


Un peu plus tard, dans le Journal of Military History de janvier 2001 , on pouvait lire « le livre d’Hubert Delpont aurait du être beaucoup plus intéressant […] l’auteur étant un historien local de Nérac, il y avait de bonnes raisons d’espérer de nouvelles informations sur la jeunesse et la formation de l’Amiral. […] Malheureusement il préfère se concentrer sur la carrière nationale d’un homme […] prêt à faire n’importe quoi pour rester au pouvoir, jusqu’à embrasser la collaboration et le totalitarisme dans sa forme la plus virulente, le nazisme. Delpont pousse très loin ses accusations. Bien qu’il reconnaisse qu’il ne s’agit que d’une hypothèse ».

Devinez qui est l’auteur de cette critique parue aux USA ? Coutau-Bégarie lui-même, qui ajoute, tenez-vous bien : « L’absence de nouvelles sources dans ce livre est particulièrement regrettable, à part la très longue note de Darlan d’août [en réalité de juillet NDA] que Claude Huan et moi-même avons omis dans notre livre Lettres et notes de l’Amiral Darlan (Paris, Economica 1992) parce que la personne chargée de photocopier la note pour nous l’a probablement trouvée trop longue .

A défaut d’être élégante, la manœuvre est habile : en reportant la faute sur la secrétaire, Coutau-Bégarie se défausse d’un « oubli » qui, présenté comme anodin, permet d’en évacuer le contenu. Qui pourrait supposer que derrière l’étourderie d’une secrétaire, puisse se cacher la bombe suivante ? (extraits)

RÉFLEXIONS SUR LA SITUATION MORALE DE LA FRANCE AU 2° ANNIVERSAIRE DE LA CATASTROPHE ET DE LA RÉVOLUTION NATIONALE.

Le peuple français ne comprend pas la nature, ni la soudaineté ni l'étendue de la catastrophe survenue au printemps de 1940. […] Son comportement à l'égard des problèmes intérieurs, la position qu'il a prise à l'égard des problè-mes extérieurs résultent pour la plus large part […] de cette incompréhension générale. […]
Sous l'action de minorités actives, la révolution est déjà réalisée dans plusieurs pays par la conquête du pouvoir. […] Cette révolution est un nouvel avatar du nombre. Elle procède d'une philosophie de l'homme et d'une concep-tion de l'état qui est la négation absolue et la contradiction violente des princi-pes qui posaient la « volonté générale » du peuple comme fondateur du pou-voir, comme base de l'autorité, comme source de la légitimité ; principes énon-cés au XVIII° siècle, adoptés, adaptés, et expérimentés successivement depuis lors par la plupart des pays d'Europe et d'Amérique aux différents stades de leur évolution […].

C'est l'incarnation d'une forme nouvelle du gouvernement et de la multitude. […]

Malgré les apparences du plébiscite qui consiste à consulter le peuple qui ne sait pas, la révolution en cours a engagé une lutte sans merci contre toutes les variétés simples ou composites de gouvernement constitutionnel, représentatif et délibérant. Elle est d'abord une contre-révolution par rapport à la révolution française quant à la société et à l'Etat qui en procèdent […], remarque capitale pour l'élaboration de la constitution future du nouvel État français. Elle est en même temps un saut brusque, un bond logique par dessus tous les régimes ou l'individu est « souverain », parce qu'ils sont incompatibles avec la fonction guerrière de l'État, mesure de sa réalité et de sa puissance ; elle est donc aussi une conclusion fournie par l'expérience d'une ère de grandes guerres.

La classe, la race, le peuple, l'État sont érigées en collectivités absolues qui ne sont pas une addition d'individus distincts, encore moins de personnes autonomes, mais un total dont une masse sui generis, fondue en parti unique, est le noyau, et dont le « chef » n'est plus un « homme » mais « l'incarnation d'un peuple », le « dépositaire du pouvoir » en qui est transféré un absolutisme dont le germe métaphysique originel, la genèse idéologique et la concrétion politique sont d'une importance primordiale pour les architectes qui ont à re-construire un État français en plein éboulis européen.
Le fait avant-coureur de cette révolution, devenu culminant depuis la pre
mière guerre mondiale, c'est l'entrée sur la scène politique d'une certaine variété de « masses » qui se distinguent de toutes les espèces connues, […] Elle s'est formée d'abord au sein d'une classe dominée par l'incertitude du pain quotidien et par la peur du lendemain. […] Une masse du même type s'est formée sur le plan de la nation, race ou volk, en réaction contre celle de la classe et en opposition avec elle, mais en lui prenant une partie de son programme et une partie de ses troupes. Métamorphosée en « parti unique » par la suppression ou l'absorption de tous les autres elle « totalise » les deux grands courants qui ont agité pendant les deux dernières générations les éléments dynamiques des peuples européens : le nationalisme et le socialisme.

Le national-socialisme les exprime et les condense dans une formule synthétique, plus compréhensive et plus claire que celle du fascisme et des autres succédanés du même mouvement […].

Le peuple français ne semble pas pressentir […] les conséquences d'une défaite qui l'a réduit à merci, quel que soit le vainqueur, provisoire ou définitif. L'Axe peut lui appliquer purement et simplement les lois de la guerre […]. L'état moral du peuple français, résultant de l'ignorance et de l'incompréhension, doit retenir l'attention de ceux qui ont la responsabilité du pouvoir et qui pensent que le droit primordial d'un peuple est d'être gouverné. […] Le pays témoigne d'une espèce d'aveuglement qui peut avoir un jour proche ou lointain des conséquences qui seront pour lui comparables à la surprise du printemps 1940, et peut-être plus redoutables parce que le miracle « du sauveur » ne peut pas se reproduire une seconde fois. […]

Le peuple français qui donnait depuis plusieurs générations des signes de division et de désaffection à l'égard de ses souverains et gouvernants succes-sifs avait besoin d'aimer quelqu'un d'un élan spontané pour retrouver l'unité psychique de ses époques de grandeur. C'est un malheur inouï, qui la lui a rendu en la personne du Maréchal, et cette expérience d'une valeur inestimable apparaît comme la condition primordiale pour espérer et opérer une renais-sance nationale. Mais il faut prévoir que le gouvernement peut avoir à prendre un jour, des décisions capitales comportant, pour le salut commun, l'adhésion de la raison de la nation toute entière. […]

Il est indispensable d'élaborer une philosophie de l'État nouveau et de la « Révolution nationale », selon les principes posés et les perspectives tracées par le Maréchal. […] Une philosophie de l'État n'est pas une construction abs-traite. C'est l'explicitation et l'articulation dans un tout cohérent et organique des principes fondamentaux énoncés elliptiquement par le Maréchal. […]

Un "plan de paix" n'est pas une idéologie ondulant à la surface des faits […]. L'étude des quatre ou cinq hypothèses sur l'issue du conflit aboutirait nécessairement au problème primordial et vital des relations franco-allemandes dans l'avenir qui paraît désormais soluble, et pour la première fois, depuis qu'il est posé. […] Au cœur de l'été 1914, peu d'hommes sur la terre, hormis ceux qui allaient mourir pour elle, pariaient pour la France. Au cœur de l'été 1942, beaucoup d'hommes sur la terre, parmi ceux dont la tête lucide émerge au-dessus du raz de marée qui passe sur l'Europe, parient sur elle contre le chaos.

Encore faut-il que le pays joue. […] La paix sera un jugement sur la France prononcé par le vainqueur. Entre le printemps 1940 et la fin des hostilités, son destin reste en suspens. […]. Il dépend de la France et d'elle seule que la catastrophe ne soit qu'un avertissement mis à profit pour reconstruire pendant le séisme mondial un État neuf qui lui rendra la face d'abord, la force ensuite. Si elle se montre incapable de l'entendre, la paix lui sera infligée comme un châtiment, avec la complicité et à la satisfaction des peuples qui croient à notre déchéance et l'héritage de bonne prise, avec l'assentiment désespéré de ceux qui espéraient en nous.

Juillet 1942.


La volonté de créer un régime « national-socialiste » à la française n’est donc pas une « hypothèse d’auteur », mais bien un projet qui figure en toutes lettres dans ce texte de Darlan de juillet 1942. Le seul que Coutau-Bégarie et Huan aient "omis" de publier dans leur recueil. Je laisse à mes lecteurs le soin de conclure.
Deux récents commentaires de mon livre indiquent cependant que, contre vents et marées, il poursuit son chemin. Le 13 février 2012, l’historienne Michèle Cointet m’écrivit que, n’ayant pas souvenir de mon premier envoi qui ne lui était jamais parvenu, elle avait d’autant plus le regret de l’omission involontaire de mon livre dans sa bibliographie « qu’elle aurait été contente d’être la seconde à critiquer l’Amiral qui jouit d’un silence qu’il lui sembla nécessaire de rompre ».
Un peu plus tôt, en mai 2011, j’avais reçu cette lettre de Bernard Costagliola, jeune auteur d’une thèse sur la marine de Vichy à qui je venais d’adresser mon livre :

J’ai lu avec grand intérêt votre travail, et me suis réjoui à diverses reprises de voir que nous partagions de nombreuses vues, sinon l’essentiel sur l’homme. J’ai identifié avec satisfaction l’expression « chercher à se convain-cre » (p87) dans votre explication de l’attitude de notre homme durant les journées troubles ayant précédé la signature des armistices, expression que j’ai jugée également vraisemblable pour rendre compte de l’évolution du parcours collaborationniste de Darlan au printemps 1941.

J’ai également beaucoup apprécié votre chapitre qui tourne résolument le dos au Darlan censé être un « vrai républicain » (p234) selon Coutau-Bégarie et Huan. Aurais-je lu votre ouvrage avant mon intervention au Colloque ‘Marine et politique’ (janvier 2010) dont je parle plus haut, que j’aurais rapporté vos conclusions sur ce thème[…]. Je n’avais que survolé la première fois l’extrait de la liasse Amiot donné en annexe […], espérant trouver quelque chose de fort sur le Darlan auquel je me suis le plus intéressé, c’est-à-dire le diplomate, et non pas théoricien de la révolution nationale. Mais ce texte de juillet 1942 est très parlant, et « l’oubli » de Coutau-Bégarie et Huan de l’insérer dans leur publication des Lettres et notes… ne m’étonne pas plus que ça. […]

Enfin, je n’ai pour ma part jamais cru non plus à son prétendu « retournement » au printemps 1942 (p243) sous l’effet d’un vent soufflant d’Amérique. Votre démonstration sans appel certifie ce point crucial, […]

C’est évidemment les chapitres consacrés à la collaboration qui m’ont le plus parlé. Je relis, en vous écrivant, votre aimable mot. Mais est-ce à vous de vous inquiéter de mon opinion, ou plutôt à moi de solliciter la vôtre ? C’est qu’il me semble que je vais plus loin encore que vous dans la démolition de l’analyse de CB-H (à propos desquels je partage certainement l’essentiel de vos vues). Je critique par exemple l’usage du mot « revirement » que vous reprenez (p167), mot utilisé par Masson (La Marine française et la guerre, p307), de la même manière que je rejette l’affirmation de CB-H selon laquelle Darlan aurait « renoncé aux protocoles en son for intérieur » (Darlan, p419) lors des journées houleuses des 3-6 juin 1941. Et je ne crois pas de même qu’il ait « torpill[é] les accords qu’il vient de signer », pas plus, me semble-t-il, qu’il n’a « renié sa signature au risque de perdre sa place » comme vous l’écrivez (p167). A cette occasion, H. Michel dresse (F. Darlan, p213-4), un parallèle avec l’éviction de Laval opérée dans les conditions que vous savez. […]

Un dernier mot sur le blocus, comme vous m’y invitez. Ce que vous écrivez (p109) est juste : pour l’essentiel, Darlan a effectivement instrumentalisé le blocus. La note du 15 juillet 1940 que vous citez est importante, à condition de souligner qu’elle est rédigée dans le contexte unique des journées suivant Mers el-Kébir. C’est après sa venue au pouvoir, et surtout au printemps 1941, que la pression britannique est appréhendée comme le moyen de faire surgir un clash, lequel catalyserait une guerre navale, puis éventuellement généralisée contre l’Angleterre, comme l’illustre la traque du caoutchouc du convoi dit du Bangkok (p162). […]

Je m’arrêterai ici quant aux réflexions que la lecture que votre Darlan m’a inspirées. En vous remerciant encore une fois de m’avoir fait profiter de vos recherches, je vous prie d’accepter, cher Collègue, l’expression de mes sentiments dévoués.

Bernard Costagliola.


Au terme d’une étude serrée du blocus britannique Costagliola démystifie le mythe inventé par Vichy d’un sévère blocus britannique qui ne fut qu’un drôle de blocus « dont l’histoire participera, écrit-il, à enterrer plus profondément encore l’image tout à fait fausse d’un double jeu joué par le premier cercle de Vichy, tant il est vrai que Pétain, Laval, Darlan, ces derniers tenant lieu de fusibles du Maréchal, ont tous trois fait le pari d’une collaboration sincère avec l’occupant. […] La collaboration fut, selon le vœu de Hitler, une illusion dissimulant la loi du plus fort, un leurre à la poursuite duquel s’épuisèrent les dirigeants français ».

La lettre que j’écrivis à ce jeune collègue commençait ainsi : « Douze ans. Cela fait douze ans que j’attendais votre texte, sûr qu’un jour viendrait me rendre justice d’une biographie enfin honnête sur l’Amiral ».

Ma conclusion était la suivante : « L’histoire avance. Doucement ».


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Une recension du livre de Bernard Costagliola par Hubert Delpont


adressée au site par l'auteur le 20 février 2015


La biographie de Darlan qui déchire enfin le voile

Science sans conscience n’est que ruine de l’âme

C’était en 1989. Fayard annonçait, sous la plume d’Hervé Coutau-Bégarie et Claude Huan, la « première biographie scientifique de l’Amiral » Darlan qui promettait, immense et nouvelle documentation à l’appui, de « découvrir un personnage clef de l’histoire contemporaine, non sans inviter à une relecture de l’histoire de France de Vichy ». Et voilà qu’en janvier 2015 le Centre National de Recherche Scientifique publie, sous celle du jeune universitaire Bernard Costagliola, « la biographie de référence du second dauphin de Pétain, fondée sur des archives inédites ». Si on ne peut que se féliciter de voir que, sur un même sujet et sur la base d’une documentation renouvelée, les deux ouvrages partagent le même souci de rigueur, d’exactitude, d’authenticité et de vérité scientifique, on reste sans voix à lire qu’ils aboutissent à des conclusions rigoureusement inverses.

Ainsi, alors que le premier conclut que Darlan « a vu mieux que Laval […] la nécessité de durer et de limiter les dégâts en attendant de voir comment évolueraient les choses. […] Son problème était de limiter le pillage de la France […]. », le second démontre que Darlan, ayant "épousé cœur et âme le parti du Reich dont il souhaita ardemment la victoire" [p. 168], il mit en œuvre le programme qu’il définit ainsi lui-même dans sa note de janvier 1941 : « Le pire serait de demeurer dans l’expectative […] La France nouvelle doit se consacrer avec vigueur à l’établissement de l’ordre politique nouveau. Elle doit parallèlement poursuivre la collaboration ». Un programme qui ne peut plus explicitement contredire la science de MM. Coutau-Bégarie et Huan.

Dans sa note de lecture publiée à propos du récent Costagliola, François Delpla liste un certain nombre de « lacunes ». C’est oublier le sous-titre de l’ouvrage : La collaboration malgré tout (auquel nous aurions volontiers substitué la collaboration jusqu’au bout) : en isolant et ciblant la collaboration, cet aspect central de la politique de Darlan, l’auteur en suit, jour après jour, la mise en œuvre. Avec une profusion de documents autographes à l’appui, il en démontre l’ampleur et surtout la continuité, ce qui l’autorise à la prolonger jusqu’au… 9 novembre 1942, alors que l’Amiral est à Alger où les Alliés (auxquels il se ralliera le 13), ont débarqué la veille !

Dans mon Darlan L’ambition perdue, j’avais démontré, sur la base d’un document de plus de 50 pages curieusement "oublié" par Coutau-Bégarie et Huan et daté de juillet 1942 (1) , que le prétendu « retournement » de Darlan en faveur des Américains du printemps 1942 était une fable. J’étais alors loin d’imaginer que Darlan ait pu rester favorable à la collaboration jusqu’au lendemain du débarquement américain en AFN. Pourtant, j’avais moi aussi publié sa note qui l’atteste, ainsi terminée (2) :

« Si l’Allemagne nous aide, il est essentiel qu’elle modifie situation armistice et qu’elle la remplace par une autre formule politique qui nous permettrait de recouvrer nos possibilités »

Alors, pourquoi n’ai-je pas imaginé que cette note ait pu être sincère ? La réponse tient aux multiples ouvrages de falsification qui se sont accumulés depuis Aron (1954) jusqu’à celui de Coutau-Bégarie/Huan en passant par ceux d’Alain Darlan, de Mordal ou d’Auphan, ouvrages que Costagliola démonte salutairement. Ajoutés à tant de publications atténuantes de ce que fut le régime de Vichy (par exemple celles d’Amouroux), ces versions « officielles » du destin de l’amiral établies par des cercles proches d’anciens vichystes, du service historique de la marine, sous la signature d’un éminent professeur de l’école de guerre, ou avec la bénédiction de l’historiographie « officielle » de l’armée US (alors que d’un autre côté l’Université française restait muette à l’égard de l’amiral), tous ces éléments expliquent la prudence qui fut la mienne lorsqu’il s’agit pour moi, en 1998, de « casser » l’image d’un amiral qui aurait été collaborateur malgré lui, alors qu’il en fut de bout en bout, le quémandeur. Cette prudence ne m’épargna cependant ni les réprobations ni les insultes, à défaut d’arguments des mes détracteurs.

Ce nouveau livre enterre donc définitivement et preuves à l’appui la vieille thèse d’un Darlan collaborateur a minima : « réelle, diversifiée, continue […] la collaboration a bel et bien été une offre de Vichy [qui] soutient directement l’effort de guerre nazi avec ouverture de l’Empire et Reich générée par les protocoles de Syrie (exécuté), Bizerte (en partie réalisé) et Dakar (avorté) […] La mission de rapprochement avec le Reich a-t-elle été confiée par Pétain à Darlan ? Oui sans détour. Le soldat Darlan a-t-il accepté et s’est-il efforcé de remplir ladite mission ? De tout son cœur par haine de l’Anglais et de toutes ses forces subordonné et zélé qu’il était » (p.219-222). D’un même mouvement, cet ouvrage met également en pièces la vieille théorie d’un Pétain qui aurait servi de bouclier entre les Français et les exigences allemandes, faisant remarquer que malgré sa prudence de sioux, (à laquelle j’avoue m’être un peu laissé prendre dans mon ouvrage) Pétain ne désavoue jamais son dauphin avant… le 14 novembre 1942.

Autre nouveauté de ce texte, l’idée que l’entrée en guerre de l’Allemagne contre l’URSS agit comme « un catalyseur » qui exacerbe la propension à la collaboration. Une belle démonstration qui en appelle une autre, qui renvoie à la problématique politique que l’ouvrage n’aborde pas. Par contre, le développement sur le « narcissisme » de l’amiral nous paraît un peu superfétatoire. Sur ce plan, nous maintenons notre analyse qui concluait « à la petitesse du personnage et aux limites de son intelligence que souligne la régularité de ses erreurs ».

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1 « Réflexions sur la situation morale de la France au lendemain du deuxième anniversaire de la Révolution nationale », in : DELPONT (H) Darlan, l’ambition perdue, Nérac, 1998, 317 p. ; Dans le vol 65 n°1 du 01.2001 du Journal of military history, Coutau-Bégarie met au compte des maladresses d’une secrétaire « l’oubli » de ce document capital. Voir aussi DELPONT (H) Ma bibliographie commentée, Nérac, 2014.
2 DELPONT (H) L’ambition perdue op. cit. p. 256 & COSTAGLIOLA (B) Darlan la collaboration à tout prix, p. 245.


Le document de juillet 1942

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Mon grain de sel à ce stade :


Clio doit savoir un gré immense à Hubert Delpont pour son autocritique, dont il faut souhaiter qu'elle fasse tache d'huile chez tous les professionnels.
La belle ne se découvre pas d'un coup de baguette et il faut, pour lui arracher ses secrets, un grand travail sur soi-même.
Pionnier en 1998 dans la mise en lumière du prurit collaborateur de Darlan, Delpont recule devant le constat qu'à Alger encore, sommé depuis deux jours par des officiers américains d'abjurer en faveur de Washington sa fidélité envers Vichy, Darlan suggère à Pétain de profiter de la situation pour faire cadeau de la Tunisie à l'Allemagne, moyennant la fin (ou un aménagement fondamental) du régime d'armistice.

Réfléchissant et lisant moi-même beaucoup ces jours-ci (car cette affaire me surprend en pleine élaboration de mon prochain livre, intitulé Hitler et Pétain), j'inviterai chacun à faire de Darlan un peu moins un sujet (arriviste et narcissique ou non) et un peu plus un objet -dans les mains du prophète intelligent et fou qui tire les ficelles du moindre de ses mouvements depuis Noël 1940.

Conditionné (par les manoeuvres de Hitler et ses promesses) à espérer beaucoup de l'Allemagne (en termes d'amélioration du sort de la France, pour peu que cette dernière serve l'effort de guerre allemand et arrive à se faire payer ce service), il accueille chaque difficulté nouvelle rencontrée par Berlin avec un mélange de crainte et de jubilation : "Cette fois ils vont vraiment avoir besoin de nous" côtoie "Nom de Dieu, s'ils perdent non seulement les Français me fusilleront, mais le communisme submergera toute l'Europe". C'est du moins ce que suggère son comportement et je vais tenter de le montrer.

En ce novembre 1942 l'Axe encaisse une série de coups : arrêté dans le Pacifique, menacé à Stalingrad, le voilà pris en sandwich en Afrique du Nord. Il faut à mon avis éclairer et équilibrer le point 10 du télégramme de Darlan du 9 novembre vers 13h
« Si l’Allemagne nous aide, il est essentiel qu’elle modifie situation armistice et qu’elle la remplace par une autre formule politique qui nous permettrait de recouvrer nos possibilités », par le point 8 :

il ne paraît pas souhaitable de solliciter une aide étrangère en Tunisie parce que nous transformons AFN en champ de bataille et la couperons en deux tronçons que nous ne parviendrons pas à recoller .

Rappelons-nous comment Coutau-Bégarie se dépatouille avec ce texte (p. 595 de la bio) :

faut-il y voir, comme le soutient Kammerer, un "second appel à l'aide allemande" ? Cela ne semble guère soutenable puisqu'il déconseille "de solliciter l'aide étrangère en Tunisie". mais puisque celle-ci est "proposée" sinon imposée, il faut "modifier la situation de l'armistice". Comme il ne croit plus à la victoire de l'Allemagne, il faut surtout voir dans cette proposition un moyen de gagner du temps.

Or voilà que le biographe "scientifique" ajoute :

En même temps il continue à hésiter. Il attendait un renversement du rapport des forces au printemps 1943, ce débarquement lui paraît prématuré. Il le répétera encore à Dorange le 10 : "Les Allemands ne peuvent plus gagner la guerre, mais ils ne l'ont pas encore perdue". (gras FD)

Ajoutons à ce florilège le point du télégramme du 9 qui précède immédiatement le point 10 précité (contenant l'idée d'une modification possible de l'armistice) :

9° Situation très compliquée, serait nécessaire bien connaître intentions et moyens allemands

Si nous remontons un an plus tôt, nous voyons Darlan prôner vigoureusement, à Vichy, un rapprochement "donnant donnant" avec le Reich, et se disposer à mettre toute l'AFN dans la corbeille de mariage, à un moment où Rommel recule en Libye -une situation qui ne s'inversera que le 20 janvier 1942. Or c'est vers ce moment que Hitler se met aux abonnés absents et Darlan s'est imaginé que, du fait de la contre-offensive de Rommel, le Reich avait eu moins besoin de la France; de même, les avancées de l'Axe sur tous les fronts ou presque au premier semestre 42 l'ont à la fois conforté dans l'idée que, malgré l'entrée en guerre des Etats-Unis, il ne fallait pas vendre sa peau trop vite, et que l'heure d'une contribution de Vichy à sa victoire n'avait pas encore sonné.

Lui-même, le 8 novembre, est sonné par l'irruption des Etats-Unis en terre française. Sa réaction, dans cette "situation très compliquée", consiste à faire aux Américains assez bonne figure (armistice local à Alger dès le 8 au soir tout en continuant d'ordonner la résistance à Noguès au Maroc et, s'il y a lieu, à Barré en Tunisie) tout en restant l'homme lige de Pétain et en ménageant la possibilité que ce dernier fasse appel aux Allemands en Tunisie dans l'espoir d'éviter, par cette démonstration de loyalisme, l'occupation de la zone sud.

Le plus remarquable sans doute dans ces textes est le souci d'éviter la division du Maghreb en "deux tronçons que nous ne parviendrons pas à recoller", ce qui arriverait immanquablement, d'après Darlan, s'il était "transformé en champ de bataille". Qu'est-ce à dire, sinon qu'il pourrait y avoir une sorte de partage amiable de l'AFN entre Américains et Allemands, chacun en reconnaissant la propriété à la France ?

Je rapprocherai cette vision du fait que Darlan s'ingénie à ne pas mentionner la présence, parmi les nouveaux venus, de forces anglaises; il ne fait état que des Américains, qu'il s'agisse des troupes ou des négociateurs. Et il va jusqu'à écrire, dans le point 7 du même télégramme :

Cependant si Allemands n'interviennent pas en Tunisie à bref délai s'attendre à occupation américaine totalité AFN. Dans ce cas devons nous efforcer conserver souveraineté gouvernement français légal pour négociations avec Américains à l'exclusion des Anglais et dissidents; négociations deviendraient plus difficiles avec le temps en raison résistance rencontrée.

Ainsi le très prochain "expédient provisoire" (Darlan est désigné par cette expression dans une déclaration de Roosevelt quelques jours plus tard, sur une suggestion de Churchill) fait provisoirement don de l'AFN aux Américains en espérant en écarter et Giraud, et de Gaulle, et Churchill. Il souhaite sans le souhaiter tout en le souhaitant que Hitler aussi s'intéresse à la proie. Cela compliquerait les choses mais offrirait aussi une occasion rêvée de conduire ensemble Hitler et Roosevelt à l'autel d'une union sacrée anticommuniste.

Churchill et bientôt de Gaulle (présentement hors jeu mais prochainement de retour, grâce à Jean Moulin, avec le PCF dans ses bagages) sont pour Darlan de dangereux aventuriers qui par leur intransigeance antinazie font depuis 1940 (voire bien avant) le jeu de Moscou. Il est plus que temps de bâtir une digue occidentalo-chrétienne contre la marée asiatique, athée, nihiliste, partageuse et destructrice de toutes les valeurs que les stupides querelles entre Européens ont fait grandir.

Ce guerrier a donc un dard, même si c'est un dard lent.

Telle est pour l'heure ma vision de cet "imbroglio".

(mis en ligne le 21/2/15 à midi)


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Une réaction de Bernard Costagliola à ma recension

sur Livres de guerre


Je sais gré à M. François Delpla, auteur de nombreux livres sur la Seconde guerre mondiale et la France de Vichy, d'avoir écrit la première recension de mon étude Darlan – La collaboration à tout prix, préface de Georges-Henri Soutou, CNRS Editions, 2015, recension parue le 10 février dernier sur le site La Cliothèque et accessible aux lecteurs du forum Livres de guerre comme je viens de le constater. Le texte de M. Delpla globalement positif – parfois même très positif – invite à la découverte de l'ouvrage, et je m'en réjouis. Mais plusieurs erreurs m'ont amené à réagir. Le texte qui suit critique ainsi le point le plus sensible de la recension de M. Delpla. Le lecteur intéressé consultera ici l'ensemble du texte publié en droit de réponse sur La Cliothèque; pour une recension plus courte, mais équilibrée et exempte d'erreurs, on consultera ici le lien du Figaro littéraire du 26 février.


François Delpla relève en effet une "absence préjudiciable" à mon travail, à savoir "l'analyse du jeu allemand". La question étant située au cœur de l'ouvrage, la critique est d'une portée immense, et elle appelle une réponse étoffée. Concédant qu'Hitler et Abetz figurent dans les "gros bataillons de l'index", F. Delpla écrit encore que la "subordination de l'ambassadeur au dictateur est insuffisamment affirmée". Cette double appréciation m'apparaît malvenue, tant l'étude décrit le machiavélisme avec lequel Hitler a instrumentalisé la ligne de Montoire au lendemain de la fatidique entrevue, comme (entre autres) l'amiral Auphan, les généraux de la Laurencie et Doyen, les diplomates Charles-Roux et Rochat le dénoncèrent sans ambages (Darlan – La collaboration..., p. 79, 96-7, 181, 279, 299-300). Darlan, pour sa part, croira jusqu'au bout au succès de sa politique de rapprochement, ce qui ne le privera pas de se plaindre littéralement du matin au soir du Führer dont il guettait un changement d'attitude (ibid., p. 135-6, 166-70, 178, 187, 197, 200-3, 208, 213-5, 244-5). Plus sévère, Benoist-Méchin blâmera Hitler de n'avoir "rien compris" à la situation (ibid., p. 230).


Et s'il n'y avait que les Français pour observer le jeu joué à Berlin ! Du côté allemand, la subordination d'Abetz à Hitler est pointée à de très nombreuses reprises à partir des journées de Montoire dont l'ambassadeur, furieux, dénonce le sabotage (ibid., p. 80). Ainsi Abetz plaide-t-il sans succès la cause de Darlan en avril 1941 (ibid., p. 118), dans le cadre de l'affaire de Syrie (ibid., p. 123), après l'offre du 14 juillet (ibid., p. 185-6), durant les semaines précédant le renvoi de Weygand (ibid., p. 189-91), et encore au lendemain de l'entretien de Saint-Florentin (ibid., p. 197). Le jugement de F. Delpla selon lequel la liste des séjours d'Abetz en Allemagne n'est "guère exploitée" laisse pantois : sur les quinze venues d'Abetz à Berlin et au Berghof relevées par Barbara Lambauer (Otto Abetz et les Français ou l’envers de la collaboration, Fayard, 2001, p. 832) au temps de la vice-présidence du Conseil de l'amiral, huit, soit plus de la moitié, sont mises en évidence en lien direct avec mon propos (Darlan – La collaboration..., p. 117, 120, 135, 143, 172, 207-8, 212). Manifeste vis-à-vis d'Hitler, l'impuissance de l'ambassadeur est patente également à l'égard de son ministre Ribbentrop présent plus de 50 fois dans l'index (ibid., p. 157-8, 170, 177, 182-3, 185, 238). Abetz, par ailleurs, était sans autorité aucune sur le ministre Hemmen (en poste à Wiesbaden) et sur la question récurrente de la réduction des frais d'occupation (ibid., p. 124-5, 135, 139, 143, 157) qui joua un rôle de premier plan dans le raidissement de Darlan à l'égard de Berlin. Comment, dans ces conditions, s'étonner que l'ambassadeur ait critiqué le jeu d'Hitler, notamment à la veille des négociations des Protocoles de Paris et dans les journées précédant l'offre de juillet (ibid., p. 136, 169-70), puis accablé la politique de son Führer dans son essence (ibid., p. 197, 217, 223, 227-8, 264). Et s'il n'avait d'autre choix que de suivre ses instructions, l'Allemand, dont la francophilie était de façade (ibid., p. 137), a fait preuve de duplicité (ibid., p. 123, 126, 162), particulièrement vis-à-vis de Darlan qu'il est parvenu à manipuler (ibid., p. 140, 166, 190-4, 224), sur la question juive (ibid., p. 106), et encore lors de l'offre "fantôme" de janvier 1942 (ibid., p. 207-12). Enfin faut-il souligner ses initiatives d'importance prises lors de la signature du protocole politique de Paris qui lui sera reprochée (ibid., p. 139, 348, note 100), au lendemain de l'invasion de l'URSS (ibid., p. 164) et en ne transmettant pas à sa hiérarchie l'ensemble des documents constituant l'offre d'alliance faite par Vichy le 14 juillet 1941 (ibid., p. 173).


Venons-en à Hitler qui, dixit F. Delpla, ferait figure dans l'étude "d'oracle aux propos ambigus". Sans doute F. Delpla avait-il en tête, en posant la formule, le cadre général selon lequel le goût du secret et la personnalité manipulatrice d'Hitler imprégnaient l'appareil gouvernemental nazi. Le dictateur, comme cela a été établi, jugeait plus productif de mettre ses services en position de rivalité. A charge pour ses agents, à partir de directives et d'orientations générales, de deviner comment œuvrer au mieux "dans la direction du Führer" (Kershaw, Ian, Hitler, Flammarion, 2000, I, p. 408-9, 490-8, 753-4). Mais ce mode de fonctionnement ne privait pas Hitler d'avoir une vision claire de l'avenir qu'il réservait à l'ancien ennemi de 14-18. Ainsi expose-t-il à ses généraux, quelques jours après Montoire, son intention d'instrumentaliser la France vaincue dans le cadre de la poursuite de la guerre contre l'Angleterre (Darlan – La collaboration..., p. 88). Il le répètera à Mussolini qu'il s'agissait de "rassurer" après Montoire et la visite de Darlan au Berghof (ibid., p. 49, 88, 127-8, 144). A-t-il ensuite hésité à se rapprocher de la France, ou du moins adopté une position ambiguë à son égard ? C'est ce que suggère Barbara Lambauer (op. cit., p. 450) après l'analyse de l'offre de janvier 1942, à l'inverse de mes propres conclusions (Darlan – La collaboration..., p. 209-10, 212). L'analyse du jeu allemand, contrairement à ce qu'écrit F. Delpla, est explicitée à plusieurs reprises de la manière la plus nette qui soit : "aucune offre [de collaboration ou d'alliance] n’aurait trouvé grâce aux yeux d'Hitler" dont la langue, témoigne Abetz, lui "fourchait chaque fois qu’il prononçait le mot honni de collaboration" (ibid., p. 228). En d'autres termes, Hitler n'a pas tenu de propos ambigus en ce sens, selon la critique de F. Delpla, que son dessein véritable vis-à-vis de la France serait malaisé à déchiffrer aujourd'hui. En revanche, en bon manipulateur épaulé par Ribbentrop, il a élaboré une politique ambiguë, car marquée d'une "équivoque" quant à la réalité de la collaboration. Ainsi Pétain rapporta-t-il aux Français de retour de Montoire (ibid., p. 78-9) qu'il entrait "dans l’honneur [...] dans la voie de la collaboration" dont les modalités restaient à fixer. Et l'équivoque sera progressivement étendue au domaine militaire lors des entretiens Hitler-Darlan de Beauvais, le 24 décembre 1940, et de Berchtesgaden, les 11-12 mai 1941, avec Ribbentrop. Analysée en détail par le diplomate Rochat qui assistait Darlan à Vichy, cette équivoque, dont Darlan, Pétain et Laval furent le jouet funeste, est détaillée dans l'étude (ibid., p. 79, 126-8, 332, note 14). Elle s'appuie sur les conclusions de travaux antérieurs faisant la part belle aux archives allemandes et revenant régulièrement dans mon travail, tel Eberhard Jäckel qui évoque la stratégie de "duperie" d'Hitler (La France dans l’Europe d’Hitler, Fayard, 1968, p. 161), Robert Paxton qui décrit Hitler allant à Montoire "bien décidé à cacher aux Français le sombre avenir qui les attend" (La France de Vichy 1940-1944, Seuil, édition 1997, p. 116) et Philippe Burrin (cité par F. Delpla) dont je rapporte la superbe formule qui résume le double jeu allemand : manipulation d'Abetz, qui "visait la satellisation et non le partenariat", et manipulation d'Hitler, qui "parlait satellisation à Abetz, mais pensait écrasement" (La France à l'heure allemande, Seuil, coll. Points Histoire, 1997, p. 103-4. Cf. Darlan – La collaboration..., p. 232, 234). Les conclusions de ces travaux (essentiels pour comprendre le jeu allemand) reprises dans mon étude sont de plus enrichies d'archives inédites ou restées inexploitées. Le "domaine utopique de la collaboration" qui nourrissait les rêves chimériques d'Abetz, c'est avec cynisme que Ribbentrop l'exposa à Ciano; et l'Allemand alla jusqu'à donner ce qui s'apparente à de véritables instructions à son homologue italien en préparation de la rencontre Ciano-Darlan du 10 décembre 1941 (ibid., p. 204, 228, 238). Le journal de Goebbels rend également compte du machiavélisme d'Hitler et du "mirage" de la collaboration (ibid., p. 232-3). Qu'il s'adresse au général Juin à Berlin, ou à Pétain et Darlan lors de l'entrevue de Saint-Florentin en décembre 1941, Göring étale un cynisme impressionnant (ibid., p. 198-9).


Il m'a semblé encore que l'analyse du jeu allemand passait également par l'exposition de l'opinion des détracteurs d'Hitler. Car si Ribbentrop, Goebbles et Göring parlaient la voix de leur maître, une autre part de l'élite du Reich pensait différemment, quoique forcée elle aussi, comme Abetz, de taire son jugement sur la politique du Führer. Que l'on cherche dans les rangs des diplomates, c'est-à-dire Abetz, mais aussi son adjoint Rahn (ibid., p. 229, 231-2) ou les ambassadeurs Ritter et von Papen (ibid., p. 231, 363, note 80); que l'on se tourne vers les militaires, les généraux Vogl et Westphal, en poste à Wiesbaden à la Commission d'armistice (ibid., p. 169, 231, 363-4, note 82), Heusinger, de l'OKH (ibid., p. 363, note 78), Jodl, de l'OKW (ibid., p. 170), le maréchal Keitel, à la tête de l'OKW, (ibid., p. 170, 231), tous ces hommes critiquent avec plus ou moins de retenue les choix d'Hitler. La palme de la sévérité revient au général Warlimont, adjoint de Jodl et négociateur face à Darlan des conférences militaires de Paris (nov.-déc. 1940) et, en mai 1941, des protocoles de Paris (ibid., p. 231), qui pointait la "duplicité politique" d'Hitler vis-à-vis de la France.


Une attention particulière, marine oblige, a encore été portée au rôle du grand-amiral Raeder et de la SKL (état-major de la Kriegsmarine) par l'auteur de ces lignes (Costagliola, Bernard, La Marine de Vichy – Blocus et collaboration, préface de Robert O. Paxton, réédition CNRS Editions, coll. Biblis, 2014, p. 285-99), par exemple sur la question de l'éventuelle venue du cuirassé Bismarck à Dakar. L'étude sur Darlan, va sans dire, reprend les conclusions de ce travail en y ajoutant des archives allemandes alors ignorées. En bref, la stratégie de rapprochement avec la France prônée par le grand-amiral Raeder tomba dans l'oreille d'un sourd, alors même qu'il évoquait à mots couverts la défaite du Reich en présence de son Führer (Darlan – La collaboration..., p. 87, 89, 117, 138, 213, 230-1, 236, 241, 243). Enfin un bilan de plusieurs pages récapitule la question : la collaboration, du point de vue d'Hitler, "ne fut que la loi du plus fort présentée avec calcul par un adversaire impitoyable" (ibid., p. 227-34).


Alors le travail a-t-il été bien mené ? On peut toujours en discuter, et je répondrai ( vichyhautemer@yahoo.fr ) à quiconque me sollicitera sur le propos. Mais la critique selon laquelle l'analyse du jeu allemand constitue une "absence préjudiciable" dans mon étude – une critique réfutée par les très nombreux renvois précisés plus haut – est à mes yeux incompréhensible, comme je l'ai écrit directement à M. François Delpla. Enfin cet échange nous aura-t-il permis - et je m'en réjouis - d'entamer une correspondance amicale et stimulante sur une période qui nous tient à cœur.

(mis en ligne le 16 mars 2015)
 
 
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Ecrit par: François Delpla, Le: 16/03/15