François DELPLA

Livre d'or

Par François
Delpla

@ Boosteur Inactif

il me semble que vous confondez les Propos et Mein Kampf, que Genoud n'a jamais traduit.

Quant à votre lien il mène tout bonn [Suite...]

Livre d'or

 
Rss La religion d'Hitler
Un livre d'Arnaud de la Croix (Bruxelles, Racine, 2015)

(précédent ouvrage)



Commençons par les remerciements finaux... et non moins finauds. Sur neuf lignes trois me sont consacrées, pour dire que mes remarques sont "toujours enrichissantes" et que nous divergeons sur l'objet même du livre.
C'est un peu court, jeune homme !
Surtout, ce n'est pas exactement ce que je ressens.
Je suis d'accord sur l'essentiel... mais je vais un peu plus loin.

Le livre fait bien ressortir l'anti-christianisme viscéral de Hitler. Beaucoup mieux par exemple que Johann Chapoutot (*) qui, s'il trouve rhétoriques les invocations de Hitler à la Providence ("ce mystique apparent était, fondamentalement, un positiviste de la nature et de ses lois"), s'imagine que Hitler a traîné jusque vers 1935 une nostalgie du catholicisme de son enfance ("Il faudra attendre le milieu des années 1930 et les réticences du Vatican devant les lois eugénistes pour que le Führer rompe intérieurement avec le christianisme de son enfance et envisage clairement un avenir sans christianisme. ").
Autre signe d'une pensée en rupture avec des décennies de superficialité fonctionnaliste, Arnaud de la Croix fait état de la crise psychique de Hitler à Pasewalk (ch. 9), que Hitler raconte à sa façon dans Mein Kampf, mais n'invente pas, même si, prudemment retranché derrière Lionel Richard et Ian Kershaw, AdlC néglige un méritant pionnier, Rudolph Binion (1927-2011), qui a donné un statut scientifique à l'épisode dans les années 1970 .
L'auteur règle prestement son compte (ch. 13) au "néo-paganisme", autrement dit la résurrection des vieux cultes germaniques, qui séduit une partie des nazis mais en aucun cas leur chef. Il n'est pas moins sceptique devant la thèse du "'nihilisme" nazi, lancée par Hermann Rauschning en 1938 et relayée, entre mille autres, par Albert Camus dans L'homme révolté (1951).
Le livre bascule alors (ch. 15, p. 115) vers l'idée que Hitler se voyait en fondateur de religion, car il l'avait dit à Albert Speer. AdlC se demande, en historien consciencieux, si Speer est fiable, et conclut qu'il l'est, au moins sur ce point. Hitler, donc, voulait fonder une religion, celle de la Nature et du Sang, et il avait fait part à Speer de son désir de construire des lieux de culte (notamment à Nuremberg et à Berlin, rebaptisée Germania) à faire pâlir les plus vastes de la religion chrétienne. Cette religion donnerait une grande place au culte des morts, déjà institué sous le Troisième Reich autour de ceux de la Feldherrnhalle (lors du putsch raté de 1923), et à la relique du "drapeau du sang", censé avoir reçu celui des victimes, et utilisé pour consacrer les étendards des nouvelles unités de SA.
Cette religion postule une survie après la mort, non point dans un paradis quelconque, mais dans le peuple, éternel tandis que l'individu est mortel (il conviendrait d'ailleurs de creuser davantage l'intérêt de Hitler pour les théories de la réincarnation).
Tout cela me semble bel et bon, à une nuance près : je ne crois pas une seconde au récit de Speer sur un Hitler ordonnant en mars 1945 de pratiquer partout en Allemagne la "terre brûlée" à l'approche des envahisseurs, dût le peuple allemand en périr car il se serait montré "le plus faible". Il est évident au contraire que puisque Hitler ordonnait la chose à Speer en sachant qu'elle lui répugnait il faisait montre une fois de plus d'un grand sens de la manipulation : Speer allait désobéir en tremblant, mais désobéir quand même, et ainsi seraient créées les conditions de la prospérité de la RFA sous protectorat américain, sans que l'intransigeant Hitler y soit en apparence pour rien.

Ce qui manque le plus dans cet ouvrage, c'est le mot "Allemagne". Or dans la religion hitlérienne c'est l'un des dieux principaux, et le refus de cette réalité est l'une des principales carences des analyses, depuis bientôt un siècle. Hitler adore son pays, d'une façon folle mais néanmoins intense. Sa Providence, avant tout, le guide et le favorise dans l'obtention d'une place très agrandie de ce pays sur l'échiquier mondial. Il ne pourra jamais comprendre ni admettre que sa propre action ait suscité un champion rival et plus puissant, en la personne de Winston Churchill. Jusqu'au bout il espérera sa chute, provoquée par une panique des bourgeoisies occidentales devant la marée communiste en Europe. Et à l'heure de son suicide, il espère encore que cet acte lève le dernier obstacle devant ce scénario.










_____________________________________________
(*) passons sur le punching ball commode que lui fournit Michel Onfray, dont le Traité d'athéologie (2005) se fourvoie péremptoirement en affirmant que Hitler admirait le christianisme.
 
 
Note: Aucune note
(0 note)
Ecrit par: François Delpla, Le: 26/03/15