François DELPLA

Livre d'or

Par François
Delpla

@ Boosteur Inactif

il me semble que vous confondez les Propos et Mein Kampf, que Genoud n'a jamais traduit.

Quant à votre lien il mène tout bonn [Suite...]

Livre d'or

 
Rss Mise au pas de l'Allemagne (1933-1934)
La préméditation des agressions

[Hitler, à peine nommé chancelier, discourt devant les principaux chefs militaires et leur annonce à mots couverts un programme de conquêtes]

Il convient, en anticipant exceptionnellement sur le récit des événements, de comparer ce discours, adressé par Hitler aux chefs militaires quatre jours après sa prise de fonction, avec le langage du 5 novembre 1937, tenu à la chancellerie du Reich devant les ministres des Affaires étrangères et de la Guerre ainsi que les chefs des trois armes (soit Neurath, Blomberg, Fritsch , Raeder et Göring). Les projets agités à cette occasion sont connus par le fameux « protocole Hossbach », document-vedette du procès de Nuremberg où il servit à étayer l’accusation de complot contre la paix. Hitler met alors en avant le « problème de l’espace ». Prétendant le peuple allemand à l’étroit, il passe en revue toutes les solutions qui pourraient lui permettre de respirer plus à l’aise, à commencer par la diminution de la population par des mesures de stérilisation ! Celle-ci écartée, reste l’extension de l’espace, qui devrait prendre « de une à trois générations ». Auparavant, il examine les solutions purement économiques dans le cadre de l’espace tel qu’il est : soit l’autarcie, soit la conquête pacifique de marchés d’exportation. Il détaille longuement les insuffisances de la première, puis les inconvénients de la dépendance créée par la seconde. De ces prémisses il déduit la nécessité de faire la guerre et développe trois scénarios possibles, dont celui d’un conflit mondial… dans la période 1943-45. Il y aurait auparavant, tout au plus, des guerres locales que l’Allemagne aurait toutes chances de gagner. Cependant, l’espace ne serait recherché qu’aux dépens des pays slaves, à l’exclusion de l’Europe de l’Ouest et de l’outre-mer.
La comparaison des deux discours, séparés par quatre années bien remplies, donne une idée saisissante de la fixité des idées et de la constance des procédés hitlériens.

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Avant l'incendie du Reichstag : la presse et les rumeurs d'une subversion communiste


La presse allemande fait grand cas d’une mutinerie qui a éclaté le 5 février, et s’est terminée le 10, à bord du navire de guerre hollandais Seven Provencen, basé à Java. Alors que ce genre de fait quitte d’ordinaire les journaux peu après sa conclusion, on voit encore la presse nazie s’étendre sur celui-là peu avant l’incendie du Reichstag. Ainsi la Freiburger Zeitung rappelle l’affaire assez longuement le 23 février, en reprenant des déclarations du commandant de la flotte hollandaise dans les Indes néerlandaises. Après le récit des faits, une conclusion politique est attribuée à l’amiral : « La question de savoir si et dans quelle mesure des influences communistes ou révolutionnaires ont joué un rôle dans les incidents survenus dans la marine hollandaise ne peut encore être tranchée avec sûreté. Mais il apparaît clairement que, dans une grande partie du personnel européen ou indigène, l’esprit militaire s’est affaibli."


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Feu et nazisme

Une occurrence du verbe « incendier » dans Mein Kampf est, si l’on ose dire, éclairante : les ouvriers gagnés au marxisme dans l’Allemagne bismarckienne, écrit Hitler , se sentaient « membres d'un grand dragon dont l'haleine brûlante devait incendier un jour ce monde bourgeois tant détesté ». Les flammes sorties de cette gueule mythique ne constituent certes pas un argument classique d’historien. Cependant, la rareté des documents sur les instructions de Hitler oblige le chercheur, soit à déclarer forfait, soit à faire lui-même feu de tout bois –ou plutôt, ici, bois de tout feu : si l’on tient à expliquer les actes de ce pourfendeur de Juifs, qui se fait fort de retourner contre l’adversaire ses méthodes, ce dragon prend une place de choix dans un faisceau d’indices.





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A propos des bûchers de livres du 10 mai 1933
(ordonnés par une circulaire de l'association des étudiants nazis)


Là encore, le régime nazi s’inscrit à sa façon dans l’histoire allemande. Deux vers du poète Heinrich Heine, d’origine juive : « Là où on brûle des livres, on finira par brûler des hommes » font partie du bagage de tout Allemand un peu dégrossi. Cependant, une crémation d’ouvrages imprimés avait eu lieu le 18 octobre 1817 dans un contexte bien différent : des étudiants à la fois nationalistes et libéraux entendaient, à Wartburg, protester contre la censure de la presse, imposée dans tout l’espace allemand sous l’influence du chancelier autrichien Metternich, et avaient brûlé des livres, notamment français, accusés d’imposer au pays des valeurs étrangères –par exemple, le code Napoléon. La circulaire précitée se réfère en toutes lettres à ce précédent de la Wartburgfest. Elle enjoint d’effectuer


l’acte de crémation comme la conclusion d’une collecte d’environ quatre semaines, le 10 mai 1933, dans les villes universitaires (et là seulement –parallèle avec la fête historique de Wartburg).


Quant à la phrase de Heine, extraite d’un poème postérieur (1823) et portant sur la destruction du Coran après la prise de Grenade en 1492 , elle n’avait pas un rapport évident avec le bûcher de Wartburg, sur lequel il s’était exprimé dans un texte moins connu, en y voyant surtout une démonstration de passéisme et de sottise . On voit donc ici le régime nazi mélanger un fait historique et une citation célèbre, pour suggérer que la purification par le feu remplit de terreur les empoisonneurs juifs.


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Après la mort de Hindenburg : une interview de Hitler par Ward Price


Au demeurant, Hitler prend la précaution de ne pas exclure complètement la perspective du remplacement de Hindenburg par un président élu au suffrage universel. C’est ainsi qu’il répond le 5 août 1934 à un journaliste anglais complaisant, Ward Price : "Cela durera jusqu’à ce qu’une nouvelle consultation nationale mette fin aux fonctions du gouvernement actuel". Le nazisme continue de mêler le souci des formes légales à celui d’apparaître comme provisoire, comme un régime d’exception chargé de résoudre une situation de crise.


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Un discours électoral de Rudolf Hess


dans la campagne plébiscitaire suivant la mort de Hindenburg et le cumul par Hitler des fonctions de chef de l'Etat et de chancelier :

Nous votons Adolf Hitler

Parce qu’il est l’homme qui, à partir de ses expériences de soldat du front, a développé une vision du monde sur laquelle se fonde tout ce qui arrive en Allemagne.
Parce que ses quinze années de combat contre un monde hostile sont un modèle de force et de courage.
Parce qu’il agit toujours au bon moment, se montrant par là, dans son rôle de chef, un héros.
Parce qu’il ne fait rien pour lui-même, mais tout pour l’Allemagne et pour l’avenir de son peuple.
Parce qu’il nous a donné à tous une foi nouvelle en l’Allemagne.
Parce qu’il a donné à nos vies un nouveau sens en nous montrant pourquoi les Allemands sont sur la terre.
Parce qu’il est l’instrument de la volonté d’un grand peuple.
En somme, parce qu’il est un vrai Führer !


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La grande proximité de Heydrich et de Canaris

[les deux hommes étaient proches depuis le début des années vingt]

Il serait surprenant que Canaris n’ait pas profité d’un telle relation pour se faire remarquer par Hitler et l’assurer de sa fidélité aux idéaux nazis. Si le terme de sous-marin, en usage dans les milieux militaires et politiques pour désigner quelqu’un qui n’a pas l’air d’être ce qu’il est, mérite d’être appliqué dans un cas, c’est bien celui-là. Et si, poursuivant la métaphore, on cherche le périscope qui pouvait, à un œil exercé, révéler la présence du submersible, la situation immobilière des ménages Heydrich et Canaris fait parfaitement l’affaire.

[ils ont habité par deux fois des domiciles voisins et ont fait semblant de s'en rendre compte en se rencontrant dans la rue; source : mémoires de Lina Heydrich, 1976]

Canaris était, sinon à proprement parler un agent du SD, du moins un ferme partisan de Hitler, résolu à jouer avec lui dans une guerre la chance de l’Allemagne, en tirant parti de sa position, comme de son incognito, pour surveiller les forces armées. Il ne se contentait pas de repérer les mouvements de résistance en formation, il les manipulait comme un policier chevronné. Et il se faisait passer lui-même pour un opposant ou du moins un sceptique : angoissé par des initiatives de Hitler qu’il aurait jugées imprudentes, il se serait efforcé de les canaliser dans des voies raisonnables.

Toujours selon Lina, le ménage Canaris avait rencontré une dernière fois le couple Heydrich à Prague, une semaine avant l’attentat qui devait être fatal à son mari. Soit vers le 20 mai 1942. Or la dernière démarche importante du chef du SD avait été un séjour d’une semaine à Paris, du 5 au 11 mai, pour jeter les bases de la Solution finale dans ce pays, conformément aux dispositions arrêtées à Wannsee le 20 janvier précédent. S’il y avait une question complexe, nécessitant une soigneuse répartition des rôles entre le SD et l’Abwehr, c’était bien la conduite à tenir vis-à-vis de la France, le plus riche et le plus dangereux des pays occupés, à plus forte raison lorsque le massacre des Juifs vint compliquer encore l’équation : le fait que Heydrich et Canaris se soient rencontrés peu après ce voyage est l’indice d’une coordination étroite entre leurs services, tout autant que le choix, deux fois de suite, de domiciles voisins dans la capitale du Reich.


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1934 : campagne en Sarre


Hitler continue, dans cette affaire, de souffler le chaud et le froid, comme il l’a fait pour parvenir au pouvoir, puis lors de ses premiers pas en politique extérieure.

Ses ruses rappellent celles qui lui avaient permis de prendre le pouvoir. Confiant l’affaire à Goebbels et comptant sur Papen, dont l’épouse est sarroise, pour accorder les violons avec le Vatican, il a fait en sorte, au deuxième semestre de 1934, que le parti nazi et ses croix gammées n’apparaissent qu’au milieu d’un ensemble appelé Deutsche Front, dont les meetings étaient saturés de symboles allemands et de drapeaux noir-blanc-rouge : on y parlait plus de l’Allemagne éternelle que de son gouvernement du moment. Goebbels fit passer un souffle nationaliste sur la moindre kermesse et la plus locale rencontre sportive, avec la complicité fréquente du clergé. Tout en intimidant les militants adverses par la violence des SA, Berlin maintint celle-ci dans d’étroites limites, en sorte que la population, mobilisée de façon croissante dans des manifestations nationalistes, n’ait pas l’impression de voter pour une dictature terroriste –la nuit des Longs couteaux jouant, ici comme ailleurs, un rôle plutôt rassurant, par la foudre qui en Allemagne avait frappé des agitateurs nazis censés défier l’autorité de l’Etat .


Références : Cahn (Jean-Paul), « La préparation du référendum du 13 janvier 1935 en Sarre », in Krebs (Gilbert) et Schneilin (Gérard), Etat et société en Allemagne sous le Troisième Reich, Asnières, Publications de l’Institut allemand, 1997 et Mourin (Maxime), « Le Saint-Siège et la Sarre », in Politique étrangère, n° 4, 1956.
 
 
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Ecrit par: François Delpla, Le: 06/10/14