François DELPLA

Livre d'or

Par François
Delpla

@ Boosteur Inactif

il me semble que vous confondez les Propos et Mein Kampf, que Genoud n'a jamais traduit.

Quant à votre lien il mène tout bonn [Suite...]

Livre d'or

 
Rss De Mein Kampf en Céline : arrêtons de tout mélanger !
........................................ De Mein Kampf en Céline : arrêtons de tout mélanger !

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Le Landerneau médiatique et politique parisien retentit de harangues contradictoires à propos de l’intention manifestée par la maison Gallimard de rééditer trois pamphlets antisémites de l’auteur du Voyage au bout de la nuit (1932) et de Mort à crédit (1936) : Bagatelles pour un massacre (1937), L’Ecole des cadavres (1938) et Les beaux draps (1941), jamais réédités après l’Occupation par la volonté même de l’auteur, décédé en 1961, puis de sa veuve. Laquelle, âgée de 105 ans, vient de lever son veto.

On entend beaucoup de considérations sur la qualité du style de l’auteur, qui pour les uns justifierait une réédition en dépit des lois contre le racisme et l’appel au meurtre, et pour les autres serait tombée à zéro après Mort à crédit.

On voit aussi resurgir le débat de 2015 sur la réédition de Mein Kampf, et l’idée à laquelle beaucoup s’étaient alors ralliés : rééditer, soit, mais avec un lourd appareil critique expliquant page après page que ce qu’on lit n’est pas convenable.

Les deux cas diffèrent beaucoup : le nom de Hitler est connu d’un très large public à travers le monde, et guère moins le fait qu’il a été à la tête d’une très grande puissance, laquelle a commis alors de très grands dégâts, dans le droit-fil de son livre. Ni Céline, ni sa prose ne partagent cette condition et, dans ce cas, une édition dûment annotée et préfacée s’impose davantage. Il faut simplement souhaiter que la critique soit intelligente et stimule l’intelligence du public, plutôt que d’asséner des évidences jusqu’à la nausée.

A cet égard, l’historien a particulièrement son mot à dire pour rendre cette lecture édifiante, au bon sens du terme. Céline est un cas chimiquement pur de satellisation par Hitler d’un esprit qui aurait pu suivre de tout autres voies, et ne se comprend plus lui-même après 1945. Les notations antisémites sont en effet fort épisodiques dans son œuvre avant 1937. Un basculement semble se produire dans un premier et très court pamphlet, Mea culpa, consécutif à un séjour en URSS et d’un anticommunisme parent de celui des nazis, sans que le régime stalinien soit pour autant qualifié de juif. La mise en orbite s’amorce dans Bagatelles et la vitesse de croisière est atteinte avec L’Ecole, où on peut lire :

" Qui a fait le plus pour l’ouvrier ? c’est pas Staline, c’est Hitler. Toutes les guerres, toutes les révolutions, ne sont en définitive que des pogroms d’Aryens organisés par les Juifs. Le Juif négroïde bousilleur, parasite tintamarrant, crétino-virulent parodiste, s’est toujours démontré foutrement incapable de civiliser le plus minime canton de ses propres pouilleries syriaques. "

Ce raccourci, dans lequel on est bien obligé de reconnaître un grand talent de synthèse, résume à lui seul une bonne part de Mein Kampf, avec son culte de l’Aryen, son populisme, son explication des guerres et des révolutions, sa répulsion devant les masses asiatiques et africaines, sa vision du Juif parasite, imitateur, incapable de fonder un Etat, sa caractérisation du communisme comme une imposture et du nazisme comme un régime social, son allégeance envers Hitler et par-dessus tout, peut-être, son mimétisme envers ce qui est présenté comme détestable : il semble urgent de ressembler au Juif pour mieux le combattre, de répudier, à sa suite, toute correction et toute civilisation, de se vautrer comme lui dans la grossièreté et la pouillerie, et de l’imiter en tant que fauteur de pogroms.

Cette amorce de critique me semble pouvoir être prolongée tout au long des trois pamphlets. Ah oui, il y a là de quoi édifier en amusant !

Il faudra d’autre part poursuivre les recherches, amorcées par Pierre-André Taguieff et Annick Duraffour, sur les connexions nazies qui ont aidé à la satellisation, notamment la fréquentation à Paris, à la fin des années 30, d’Arthur Pfannstiel, l’un des principaux agents du SD dans les milieux culturels français. L’écrivain ne s’est pas seulement documenté, il a été documenté, par Hitler, Goebbels et Rosenberg eux-mêmes, à travers une courte chaîne d’intermédiaires, dans le cadre d’une vaste conspiration destinée à terrasser militairement la France et, surtout, à la convertir elle-même en satellite d’une Allemagne dominant l’Europe pour un millénaire, au moins.

Frémainville, le 11 janvier 2018


PS.- (13 janvier) Gallimard renonce à cette publication et l'a annoncé une heure à peine après la publication de ce qui précède : me serais-je mal fait comprendre ??!!

Cette polémique est caractéristique de notre dangereuse époque,où se forment sur n'importe quel sujet des camps antagonistes, aussi excessifs et peu regardants l'un que l'autre.

D'un côté, un torrent de fiel que certains brûlent de sortir d'un charitable oubli, de l'autre des pratiques qui échappent malaisément et maladroitement au reproche de censure voire de dictature : un premier ministre qui monte au créneau pour dicter sa conduite à un éditeur, une méfiance viscérale envers le goût du lecteur et son intellect, une levée de boucliers bien-pensants qui donne à l'oeuvre qui finalement restera sous le boisseau les charmes de l'interdit...

Alors qu'il eût été si simple de remarquer qu'il s'agissait d'une embardée nazie, pilotée comme telle depuis Berlin et laissant le chauffeur groggy après 1945... et de laisser Gallimard en tirer, le plus librement possible, les conséquences.
 
 
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Ecrit par: François Delpla, Le: 21/02/18