François DELPLA

 

Ce qui reste à découvrir sur le nazisme

  en librairie jeudi 22 février 2018









Une recension de ce film... en tous sens historique !







................. Où va la Pologne ? Mais d'abord, d'où vient-elle ?


édito précédent


En Pologne, l’histoire censurée ne l'est peut-être pas seulement de la façon grossière qui fait la une des médias et l’indignation des colloques https://www.cairn.info/revue-histoire-politique-2017-1... . Censeurs et censés (sacrifier aux règles académiques) partagent joyeusement un même tabou.

Selon un préjugé aussi ancien que vivace, Hitler aurait d’abord envisagé de conquérir son espace prétendument vital aux dépens de la seule URSS, non seulement en épargnant la Pologne, mais en se servant d’elle : il lui aurait réservé, après une victoire commune, une part des dépouilles soviétiques, par exemple en Ukraine. L’opinion publique de la Pologne post-soviétique, rarement contredite par les spécialistes, se plaît à penser que les dirigeants de l’époque, Pilsudski puis Beck, avaient vertueusement repoussé la tentation. En dédaignant, tel le Christ lors de sa retraite au désert, les présents que le démoniaque dictateur leur faisait miroiter, ils l’auraient obligé à modifier ses plans. Contraint de constater, au début de 1939, que la Pologne constituait, pour ses visées antisoviétiques, un obstacle qui ne se lèverait pas de lui-même, Hitler aurait décidé de lui passer sur le corps, provoquant une guerre imprévue et non voulue contre la France et l’Angleterre, qui s’étaient portées garantes de l’intégrité de ce pays[1].

En réalité, Hitler semble n’avoir jamais dit à un Polonais quelconque qu’il aurait besoin de ses services contre la Russie. Il ne l’a fait que par personne interposée, laissant Göring tenir, vers 1935, ce discours aux dirigeants de Varsovie[2]. Lequel Göring incarne souvent, dans l’entourage de Hitler, une ligne anti-russe et pro-anglaise, le ministre des Affaires étrangères Ribbentrop tenant (à partir de 1938) un rôle inverse. C’est là un exemple, parmi beaucoup d’autres, de l’art hitlérien de montrer plusieurs visages simultanément, afin de dissimuler le plus longtemps possible des intentions d’attaque ou d’annexion. Ainsi engourdissait-il ses proies en entretenant l’image d’une Allemagne paralysée par ses divisions, et d’autant moins prête à bondir.

Dans l’histoire des Etats comme dans celle des individus, les responsabilités doivent être mesurées à l’aune de la puissance. Ainsi, dans la situation ci-dessus décrite, la France, tout autant fascinée par le boa que la Pologne, tout aussi oublieuse de ses intérêts et nourrissant une toute semblable illusion d’être épargnée en détournant contre l’URSS la foudre éventuelle, est de surcroît coupable d’être la tutrice militaire et financière de la Pologne, ce qui lui donne des moyens de pression dont elle n’use à aucun moment.

Egalement dupés par l’habileté hitlérienne, également cocufiés par le pacte germano-soviétique, les deux pays tardent autant, public et spécialistes confondus, à prendre conscience que le nazisme avait vocation à leur passer sur le corps et qu’aucune complaisance n’aurait pu l’en détourner.


Frémainville, le 21 février 2018



[1] Dans la communauté historienne, la figure de proue de cette école est Alexandra Viatteau.
[2] Cf. Charles Bloch, Le Troisième Reich et le monde, 1986, rééd. Perrin 2015, p. 186.
un fil du forum de Bruno Roy-Henry intitulé "Le débat sur mon travail"

webmaster Le: 25/03/15