François DELPLA

 

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................................................................. Une ruse stalinienne en 1941 ?

EDITORIAL




Tsipras dans les pas de Léonidas



Ayant bien peur qu'en Grèce même, marché unique et mondialisation oblige, Léonidas évoque surtout du chocolat, je rappelle qu'il s'agit d'un héros spartiate qui se sacrifia à la tête de 300 soldats en barrant le défilé des Thermopyles pour retarder l'armée de l'envahisseur perse Xerxès, finalement boutée dehors après une longue lutte.

"La lettre tue, l'esprit vivifie". Plus que jamais, les doubles racines grecques et chrétiennes de la vieille Europe sont à nu dans la présente crise ! Juncker, Lagarde, Merkel, Hollande et consorts (ou plutôt hélas ceux qui méritent "qu'on les sorte" et ne font pour l'instant que le mériter) ne sont pas avares de mesquinerie dans l'interprétation des textes et l'exigence de leur application littérale, en se refusant à toute mise en perspective (sinon au dernier moment, pour se donner le beau rôle et de façon purement rhétorique).

On a reproché à un éditorialiste, discourant sur l'organisation d'un référendum par Tsipras, le titre suivant : "La déclaration d’indépendance de la Grèce".

Tsipras n'a pas à proprement parler proclamé l'indépendance de la Grèce ? Mille fois d'accord. Sauf qu'il a salement parlé ! Son référendum, c'est les Thermopyles ! L'hydre de Bruxelles a 7 têtes qui repoussent au fur et à mesure qu'on les coupe. Tous les gouvernants qui valsent au pied de l'Acropole depuis 2010, de droite à gauche, en ont fait l'expérience et notamment le centriste Papandréou : en 2011 il accepte des propositions qui ruinent un peu plus le niveau de vie des masses puis entend les leur soumettre par référendum. Viré sur l'heure par la troika comme un valet ! Tu as dit oui, cela engage tes électeurs, tu es un odieux parjure en leur permettant tout d'un coup de dire non ! En France régnait Sarkozy mais l'insurrection de son rival Hollande, camarade de Papandréou, n'est pas dans toutes les mémoires, et pour cause !

Je ne sais si Tsipras a ingénieusement calculé le moment de dégoupiller sa grenade ou s'il l'a fait parce qu'on venait de lui retirer tout autre moyen de faire respecter son pays, mais en tout cas, si ce n'est pas une manifestation, donc une déclaration, d'indépendance, qu'est-ce donc ?

Les mêmes causes produisant, comme disait Aristote, les mêmes effets, l'Union antidémocratique européenne dispose encore de 72 heures pour indisposer les partisans du non et leur faire vomir leur vote devant la crainte d'un abîme. Elle n'est pas avare de théologiens et de peintres en icônes orthodoxes capables de camper un enfer aux couleurs insoutenables.



Un seul espoir : sa politique a déjà fait descendre sur les rivages ensoleillés de l'Egée un tel enfer que la menace pourrait avoir perdu de de son pouvoir.



Cela dit, il n'est pas normal que les démocrates de tout un continent retiennent leur souffle et suspendent tous leurs espoirs au sursaut d'une poignée des plus malheureux d'entre eux. Il va bien falloir qu'ils se mettent en mouvement, et il est déjà bien tard.


Montigny, le 3 juillet 2015



PS texte refusé le 7 juillet par une liste de diffusion privée pour outrage à la majesté vallsienne :

Le formidable "non" grec



Pour commencer je rappelle le sens originel de l'adjectif : "qui fait peur".
La gueule de bois occidentale doit être analysée, en liaison étroite avec celle de 2005 dont elle est, au sens géologique, une réplique.

La peur est avant tout celle du peuple, dans une classe politique européenne de centre droit ou gauche encore ultra-majoritaire, et sa cohorte de journalistes siamois -ou si à elle ! La démocratie n'est pas une invention du libéralisme et il ne lui a toujours octroyé qu'une tolérance condescendante. Chez nous Valls est la caricature de cet état d'esprit, avec son 49-3 compulsif dans le droit-fil de ses 5% de la primaire socialiste. Ceux-là étaient sans doute une élite, méritant bien d'éclairer 95 % d'errants !

Déjà on élève en hâte une digue : on crie au loup "populiste". Déjà se profilent les sépulcres blanchis des arguments d'avant 1848, selon lesquels il convient de former le peuple avant de lui donner un bulletin de vote. Encore heureux que la victoire soit large et la participation ample : cela oblige à remiser en catastrophe toute une série d'arguments qu'on commençait à entendre ces jours derniers sur le caractère improvisé du scrutin, entraînant des incertitudes sur les sentiments véritables de l'électorat.Pas d'improvisation qui tienne quand le débat est quotidien depuis cinq ans, et la connaissance des solutions qu'on rejette indubitablement très répandue !

On n'échappe pas à l'histoire. De même que DAECH est le fruit de l'aventurisme qui a lancé l'Irak contre l'Iran en septembre 1980 et que c'est l'intérêt de tout le monde de s'en souvenir (pour relativiser le problème tout en le cernant), de même il faut ressortir la poussière de 2005 de dessous le tapis, et reprendre calmement les choses. L'Union européenne, fruit de la guerre froide, agrandie dans une frénésie irresponsable après 1991, n'est pas démocratique, ne l'a jamais été mais peut le devenir, elle le doit même, et d'urgence. Juncker est un bon symbole des vieux corbeaux qui doivent céder la place à de jeunes hirondelles pour qu'à un hiver succède, en cet été, un printemps.

Le mot "totalitarisme" a souvent été mal employé. Certes, il ne s'applique pas à l'Europe, ou pas encore. Mais comment ne pas voir une tentation totalitaire dans l'idée, omniprésente chez les mauvais perdants, que la Grèce "s'est mise dehors" ? La réalité c'est qu'au contraire, dans son improvisation très maîtrisée, Tsipras a obtenu une majorité écrasante à la fois pour maintenir la Grèce dans l'union et pour la faire participer à la rénovation de celle-ci. Pour la première fois, un parti souverainiste dit nettement qu'il veut rester dans l'union et qu'elle peut être aménagée en fonction des intérêts de ses habitants. Mieux : il veut rester dans la zone euro, en obtenant qu'elle soit autre chose qu'un carcan développant une austérité inégale mais générale, qui fait les choux gras du reste du monde.

Heidegger justifiait le nazisme, a-t-on appris depuis peu dans ses Cahiers noirs, par l'idée qu'il fallait "recommencer la Grèce". A présent voilà qu'elle réinvente la démocratie. Ne laissons pas passer cette chance !




édito précédent
un fil du forum de Bruno Roy-Henry intitulé "Le débat sur mon travail"

webmaster Le: 25/03/15