Derniers articles http://www.delpla.org Derniers articles (C) 2005-2009 PHPBoost fr PHPBoost Hitler et les femmes http://www.delpla.org/site/articles/articles-8-108+hitler-et-les-femmes.php http://www.delpla.org/site/articles/articles-8-108+hitler-et-les-femmes.php Il s'agit de l'édition de poche des <em>Tentatrices du diable / Hitler, la part des femmes</em> (L'Archipel, 2005).<br /> <br /> <img src="http://www.delpla.org/site/upload/518jeodcwil_sx299_bo1_204_203_200_597cf.jpg" alt="" class="valign_" /><br /> <br /> <span style="font-size: 16px;">Préface</span><br /> <br /> <br /> <br /> Cet ouvrage a été commandé en 2003 par les éditions<br /> de l&#8217;Archipel au récent auteur d&#8217;une biographie d&#8217;Adolf<br /> Hitler. Celle-ci, publiée en 1999 1, était essentiellement<br /> politique et exposait, à travers des épisodes multiples, le<br /> talent du chef nazi pour manipuler les hommes, à partir<br /> d&#8217;une appréciation en général très fine des situations.<br /> Cette intelligence manoeuvrière était, écrivais-je, handicapée<br /> par un délire sur la question des races, sans que je<br /> sois parvenu à articuler rigoureusement les deux.<br /> L&#8217;écriture d&#8217;un livre sur sa vie affective 2, où je pensais<br /> au départ développer simplement les pages consacrées au<br /> sujet dans la biographie, m&#8217;a ouvert un continent que j&#8217;explore<br /> depuis : celui de sa fragilité psychologique, résultant<br /> elle-même d&#8217;une structure psychotique paranoïaque<br /> révélée à la fin de 1918, dans les affres de la défaite et<br /> de la révolution allemandes 3. Le grand intérêt de Hitler<br /> <br /> _____<br /> 1. Aux éditions Grasset sous le titre Hitler. Une édition de poche<br /> actualisée est parue en 2013 aux éditions Pascal Galodé. A l&#8217;approche<br /> de son vingtième anniversaire, cet ouvrage demeure l&#8217;unique biographie<br /> française du dictateur.<br /> 2. La première version de ce livre est parue en février 2005 sous<br /> le titre Les Tentatrices du diable, conforme au propos et littérairement<br /> réussi, mais, à l&#8217;expérience, trop ésotérique pour attirer l&#8217;oeil<br /> du chaland. Les éditions étrangères ont donné l&#8217;exemple d&#8217;un titre<br /> plus ordinaire mais plus explicite, Hitler et les femmes, au Portugal<br /> d&#8217;abord, en Pologne ensuite.<br /> 3. On trouvera dans la deuxième moitié du chapitre 3 un point sur l&#8217;état de la question en 2005. <br /> J&#8217;ai ensuite mis au jour les deux fantasmes<br /> directeurs de la psychose hitlérienne (les Juifs, cancer mondial<br /> de l&#8217;humanité proche de sa phase terminale ; Adolf Hitler chargé<br /> par la Providence d&#8217;y mettre bon ordre en mobilisant la race aryenne)<br /> en 2010 dans mon Petit dictionnaire énervé de la Seconde Guerre<br /> mondiale, Paris, éditions de l&#8217;Opportun, entrée « Hitler (erreurs militaires<br /> de) », p. 52-55. De plus amples développements sur ce thème<br /> apparaissent en 2012 dans mon mémoire d&#8217;habilitation, disponible<br /> en ligne <a href="http://www.histoquiz-contemporain.com/forum/viewtopic.">http://www.histoquiz-contemporain.com/forum/viewtopic.</a><br /> php?f=28&amp;t=4912 , p. 34-37, puis en 2013 dans Une histoire du<br /> Troisième Reich (Perrin), enfin dans la préface de la réédition en<br /> poche, l&#8217;année suivante, du Hitler.<br /> <br /> <br /> <span style="text-decoration: underline;"><br /> ________________________________________________________________________</span><br /> <br /> pour les femmes, individuellement ou en groupe, la douceur<br /> et l&#8217;indulgence qu&#8217;il leur prodigue (aussi longtemps<br /> qu&#8217;elles n&#8217;entreprennent pas de discuter sa politique),<br /> procèdent pour une bonne part d&#8217;un besoin impérieux<br /> d&#8217;équilibrer son impitoyable barbarie par le fantasme d&#8217;un<br /> avenir apaisé, et de se rassurer sur l&#8217;issue des situations<br /> scabreuses que sa politique engendre. Ainsi j&#8217;ai mis en<br /> lumière son habitude de passer du temps avec une ou<br /> plusieurs compagnes à la veille d&#8217;actions ou de décisions<br /> cruciales. D&#8217;autre part, l&#8217;admiration de deux femmes<br /> emblématiques de la vie culturelle allemande, Winifred<br /> Wagner et Leni Riefenstahl, lui avait servi de baume dans<br /> les deux moments les plus difficiles de sa carrière &#8211;l&#8217;échec<br /> du putsch de 1923 et le recul électoral, lorsqu&#8217;il semblait<br /> toucher au but, de novembre 1932, et ce réconfort bienvenu<br /> semblait confirmer le pacte qu&#8217;il avait passé avec la<br /> Providence.<br /> La découverte de sa psychose, comme celle de sa fragilité,<br /> m&#8217;ont permis de faire bon accueil, peu après la<br /> parution de ce livre, à une découverte d&#8217;Edouard Husson<br /> dans son enquête au long cours sur la Solution finale : le<br /> fétichisme hitlérien des dates. Dans la controverse sur la<br /> décision de tuer les Juifs d&#8217;Europe, qui battait alors son<br /> plein, l&#8217;historien français avait en effet proposé l&#8217;hypo<br /> thèse que Hitler avait secrètement chargé de cette mission<br /> le chef SS Himmler le 9 novembre 1941, car cette date symbolisait<br /> pour lui, depuis l&#8217;abdication de Guillaume II en<br /> 1918, l&#8217;affrontement de l&#8217;Allemagne avec la « Juiverie »1. Un<br /> Himmler bouleversé avait en effet confié à son médecin<br /> Felix Kersten, le 11 novembre 1941, que « la destruction<br /> des Juifs » venait d&#8217;être décidée. Il avait rencontré Hitler le<br /> 9 novembre lors des festivités de Munich qui elles-mêmes,<br /> commémorant le putsch manqué de 1923, symbolisaient<br /> annuellement l&#8217;affrontement du Reich et de ses ennemis<br /> mortels. A partir de cette découverte, d&#8217;autres 9 novembre<br /> ont surgi dans le paysage, à commencer par celui de 1933.<br /> Ce jour-là, le député français d&#8217;origine juive Georges<br /> Mandel avait été le premier parlementaire au monde à<br /> dénoncer devant ses pairs le réarmement clandestin du<br /> Reich, devançant même Winston Churchill. Or Mandel<br /> avait été le bras droit de Clemenceau et, à ce titre, un<br /> artisan non seulement de la défaite allemande de 1918,<br /> mais du traité de Versailles. Son discours n&#8217;avait pu sonner<br /> aux oreilles de Hitler que comme un défi et avait probablement<br /> concouru à son assassinat, quelque onze ans plus<br /> tard, par un truand français au service de la Gestapo 2.<br /> Outre le 9 novembre 3, l&#8217;anniversaire de la prise du<br /> pouvoir, le 30 janvier, et celui de la naissance du Führer,<br /> <br /> _____<br /> 1. Cf. Edouard Husson, « Nous pouvons vivre sans les Juifs »,<br /> Paris, Perrin, août 2005.<br /> 2. Cf. François Delpla, Qui a tué Georges Mandel ?, Paris,<br /> L&#8217;Archipel, 2008.<br /> 3. Qui a vu aussi, en 1938, un attentat gigantesque de l&#8217;Allemagne<br /> nazie contre la &#8220;Juiverie&#8221;, à savoir la réduction en cendres<br /> des synagogues dans tout le Reich au cours de la nuit dite de Cristal.<br /> Le prétexte en était l&#8217;assassinat à Paris d&#8217;un conseiller de l&#8217;ambassade<br /> allemande, Ernst vom Rath, par un jeune Juif allemand d&#8217;origine<br /> polonaise, Herschel Grynspan. Or une étude récente apporte de<br /> sérieuses raisons de penser que ce dernier avait été pris en main par<br /> le SD et que son geste meurtrier lui avait été suggéré &#8211;le diplomate<br /> étant de surcroît homosexuel et en mauvaise santé, ce qui pouvait<br /> inciter les nazis à le sacrifier, sans scrupules, à la cause. Cf. Corinne<br /> Chaponnière, Les quatre coups de la Nuit de cristal, Paris, Albin<br /> Michel, 2015.<br /> <br /> <br /> <br /> <span style="text-decoration: underline;"><br /> ________________________________________________________________________</span><br /> le 20 avril, étaient l&#8217;occasion de festivités, de décisions,<br /> de nominations et de prophéties 1. D&#8217;autres dates étaient<br /> à usage unique : un événement heureux semblait avoir<br /> dicté la place sur l&#8217;agenda, l&#8217;année suivante, d&#8217;une décision<br /> risquée. Ainsi les deux dates encadrant la prodigieuse<br /> victoire de 1940 contre la France, le 10 mai (début de<br /> l&#8217;offensive) et le 22 juin (signature de l&#8217;armistice) avaient<br /> pu déterminer respectivement celle du vol de Rudolf Hess<br /> vers l&#8217;Ecosse et celle de l&#8217;offensive contre l&#8217;URSS. Ces coïncidences<br /> tardivement remarquées, si elles n&#8217;ont pas de<br /> rapport évident avec le comportement de Hitler envers<br /> les femmes, participent comme lui d&#8217;une démarche propitiatoire,<br /> révélant un besoin permanent de se rassurer<br /> <br /> <br /> _____<br /> 1. J&#8217;ai remarqué récemment, sans avoir lu ce rapprochement<br /> nulle part ailleurs, qu&#8217;un événement capital, la nomination de<br /> Himmler par Göring comme chef de la police politique en Prusse<br /> (qui lui permet notamment de perpétrer les assassinats de la nuit des<br /> Longs couteaux, le 30 juin 1934), avait eu lieu le jour du quarante-cinquième<br /> anniversaire de Hitler. A propos de la nuit des Longs couteaux,<br /> on sait que Hitler surgit par surprise à Munich à l&#8217;aube du 30<br /> juin pour frapper Röhm et son entourage, alors que tout le monde le<br /> croyait dans la Ruhr. Entre autres visites et inaugurations, il assistait<br /> le 28 à Essen en qualité de témoin au mariage de Joseph Terboven,<br /> l&#8217;un de ses plus anciens compagnons et de ses gauleiters préférés,<br /> et la presse du 29, de façon fort inhabituelle s&#8217;agissant d&#8217;une affaire<br /> privée, avait fait sa une sur l&#8217;événement. Or la fiancée, Ilse Stahl, était<br /> une ancienne secrétaire de Goebbels, qui avait aussi travaillé pour<br /> Hitler. Ce dernier en fait état dans les Propos beaucoup plus tard, le<br /> 21 août 1942, en vantant ses qualités professionnelles : c&#8217;est peut-être<br /> une façon de dissimuler un intérêt d&#8217;autre nature. En tout cas, cette<br /> promise était d&#8217;une insigne beauté, si on en croit une photo <a href="http://">http://</a><br /> forum.axishistory.com/viewtopic.php?t=191286 . Il ne semble pas<br /> abusif de l&#8217;ajouter à la liste des femmes que Hitler a côtoyées à la<br /> veille d&#8217;événements décisifs.<br /> <br /> <br /> <span style="text-decoration: underline;"><br /> ________________________________________________________________________</span><br /> en multipliant les clins d&#8217;oeil à la Providence, tant ses<br /> entreprises étaient ambitieuses et dangereuses. D&#8217;autre<br /> part, le congrès de Nuremberg, récapitulant les progrès<br /> de l&#8217;Allemagne sous la direction de Hitler et dressant de<br /> façon plus ou moins claire le programme de ses avancées<br /> futures, revenait lui-même tous les ans dans la deuxième<br /> semaine de septembre, et sa tribune d&#8217;honneur s&#8217;ornait<br /> de présences féminines discrètes. Un grand nombre des<br /> personnages de ce livre avaient eu les honneurs d&#8217;une<br /> telle invitation, de Leni Riefenstahl à Eva Braun en passant<br /> par Angela Raubal, Winifred Wagner, Magda Goebbels,<br /> Henriette von Schirach et les soeurs Mitford 1.<br /> Entre les mémoires de Leni Riefenstahl en 1987 et le<br /> Hitlers Liste d&#8217;Anton Joachimsthaler en 2003, en passant<br /> par les travaux de Brigitte Hamann, Guido Knopp, Anna<br /> Maria Sigmund, Anja Klabunde, Martha Schad et d&#8217;autres,<br /> la vie privée du dictateur avait fait l&#8217;objet dans les deux<br /> décennies précédant l&#8217;écriture de ce livre d&#8217;un flot d&#8217;ouvrages<br /> fondés sur des documents d&#8217;époque inédits et sur<br /> de nouveaux témoignages. Ils enrichissaient considérablement<br /> les connaissances apportées par de rares publications<br /> antérieures, parmi lesquelles les confidences de la<br /> secrétaire Christa Schröder (1949) et le long reportage de<br /> Nerin Gun parmi les familiers d&#8217;Eva Braun (1965) tenaient,<br /> sans grande concurrence, le haut du pavé. Quant aux<br /> Gender studies, écloses dans les années 1980, elles évoquaient<br /> rarement l&#8217;Allemagne nazie mais avaient tout de<br /> même produit à son sujet un livre fondamental, signé de<br /> Claudia Koonz et intitulé (en français) Les Mères-patrie<br /> du Troisième Reich 2, éclairant notamment la figure de la<br /> Führerin placée par Hitler « à la tête des femmes alle-<br /> <br /> _____<br /> 1. Cette liste est loin d&#8217;être limitative, vu les lacunes de la documentation<br /> et l&#8217;absence de recherches spécifiques.<br /> 2. Edition originale : Mothers in the Fatherland : Women, the<br /> Family, and Nazi Politics, New-York, St. Martin&#8217;s Press, 1986.<br /> <br /> <br /> <br /> <span style="text-decoration: underline;"><br /> ________________________________________________________________________</span><br /> mandes », Gertrud Scholz-Klink. Cependant toute cette<br /> production se composait soit de monographies, soit d&#8217;assemblages<br /> de chapitres esquissant les relations de Hitler<br /> avec une seule personne, sans qu&#8217;aucune synthèse ait été<br /> tentée.<br /> La dernière décennie a vu se tarir ce flot de publications<br /> plus ou moins scientifiques. A peine peut-on citer,<br /> dans ce domaine, un Eva Braun d&#8217;Angela Lambert 1 et un<br /> autre de Heike Görtemaker 2. Seule la seconde se réclame<br /> de sources archivistiques 3. Elle précise un certain nombre<br /> de détails et remarque judicieusement qu&#8217;Albert Speer avait<br /> répandu après la guerre, avec un succès regrettable, une<br /> rumeur selon laquelle, au Berghof, on ne parlait pas de<br /> politique4, ce qui avait contribué à la légende d&#8217;une Eva<br /> sans cervelle ni conscience. Pour le reste, elle confirme<br /> l&#8217;ensemble des affirmations de ce livre, en particulier l&#8217;inanité<br /> des thèses selon lesquelles Hitler avait une sexualité<br /> perverse ou inexistante. S&#8217;agissant des beautés dont il goûtait<br /> la compagnie, une seule a rejoint la galerie des portraits<br /> précédents, l&#8217;actrice germano-russe Olga Tchekhova<br /> (1897-1980), parente par alliance du dramaturge Anton<br /> Tchekhov. Elle relayait à l&#8217;usage de Staline des potins sur<br /> les dirigeants du Reich par l&#8217;intermédiaire de son frère, le<br /> compositeur soviétique Lev Knipper, auteur en 1934 du<br /> chant « Plaine, ma plaine ». Des vies aussi romanesques<br /> ont tôt fait d&#8217;être romancées, et Olga d&#8217;être prise pour une<br /> seconde Mata-Hari. C&#8217;est Antony Beevor, grand défricheur<br /> <br /> ____________<br /> 1. The Lost Life of Eva Braun, Londres, Century, 2006.<br /> 2. Eva Braun. Leben mit Hitler, Munich, Beck, 2010, tr. fr. Eva<br /> Braun, Paris, Seuil, 2011.<br /> 3. Quant à l&#8217;industrie prospère des biographies de Leni<br /> Riefenstahl, elle mobilise des historiens du cinéma plutôt que des<br /> spécialistes du Reich et s&#8217;intéresse davantage à sa filmographie qu&#8217;à<br /> ses rapports avec Hitler.<br /> 4. Op. cit., édition allemande, p. 158-159.<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <span style="text-decoration: underline;"><br /> ________________________________________________________________________</span><br /> des archives soviétiques, qui a donné aux indiscrétions de<br /> l&#8217;actrice, en 2005, des proportions plus modestes 1. Quant à<br /> l&#8217;homosexualité, si le livre de Lothar Machtan semble, par<br /> la fausseté évidente de sa thèse principale, avoir vacciné<br /> tout le monde contre la tentation de prêter ce penchant à<br /> Hitler, l&#8217;auteur s&#8217;est quelque peu racheté en revenant à sa<br /> véritable spécialité, l&#8217;aristocratie prussienne en général et<br /> la famille Hohenzollern en particulier ; il a ainsi produit sur<br /> le fils nazi de Guillaume II, le prince Auwi, une biographie<br /> mettant en exergue le rapport entre son parcours politique<br /> et son penchant pour les garçons 2. De son côté, l&#8217;université<br /> de Bretagne-Occidentale, s&#8217;affirmant comme un des lieux<br /> les plus féconds de la recherche française sur le nazisme,<br /> nous a donné l&#8217;une des rares synthèses sur la question3.<br /> Sur la condition féminine à l&#8217;intérieur du Troisième<br /> Reich et de ses provisoires conquêtes, il n&#8217;y a guère à<br /> retenir que le terrible Hitler&#8217;s Furies de Wendy Lower<br /> ainsi qu&#8217;une étude sur le Lebensborn centrée sur le cas<br /> français4. Le premier livre détaille les crimes commis par<br /> des Allemandes, formées par la Jeunesse hitlérienne et le<br /> Service du travail, dans les territoires occupés de l&#8217;Est, le<br /> <br /> _____<br /> 1. Cf. Beevor (Antony), The Mystery of Olga Chekhova, Londres,<br /> Penguin, 2005, tr. fr. Le Mystère Olga Tchekhova Paris, Calmann-Lévy,<br /> 2005.<br /> 2. Cf. Machtan (Lothar), Der Kaisersohn bei Hitler, Hambourg,<br /> Hoffmann &amp; Campe, 2006.<br /> 3. Cf. Rozec (Thomas), Le Troisième Reich et les homosexuels,<br /> Paris, Hermann, 2011.<br /> 4. Wendy Lower, Hitler&#8217;s Furies / German Women in the Nazi<br /> Killing Fields, Boston, Houghton Mifflin Harcourt, 2013, tr. fr. Les<br /> Furies de Hitler, Paris, Tallandier, 2014; Boris Thiolay, Lebensborn :<br /> la fabrique des enfants parfaits : ces Français qui sont nés dans une<br /> maternité SS, Paris, Flammarion, 2012. Un excellent article, confirmant<br /> la pauvreté de la bibliographie depuis 2005, est apparu sur<br /> Wikipedia, intitulé « Condition des femmes sous le Troisième Reich »<br /> (consulté le 20 septembre 2016).<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <span style="text-decoration: underline;"><br /> ________________________________________________________________________</span><br /> <br /> second les efforts du pouvoir nazi, par l&#8217;intermédiaire des<br /> SS, pour orienter la procréation dans le sens de leur idéologie.<br /> Pour ma part, ayant eu à traduire et à commenter<br /> un livre anglais de 2001 sur William Patrick Hitler, le<br /> neveu d&#8217;Adolf exilé aux Etats-Unis pendant la guerre, j&#8217;ai<br /> constaté que la lettre non datée où il relate à sa mère, dans<br /> l&#8217;été de 1931, une promenade dans Berlin avec sa cousine<br /> germaine Geli Raubal complétait heureusement les<br /> données de ce livre. Elle précise ses relations avec Hitler<br /> et les causes de son suicide, quelques jours ou quelques<br /> semaines plus tard : Geli cherche vraiment à se former<br /> comme chanteuse en suivant les leçons d&#8217;un professeur<br /> viennois et étouffe auprès de son oncle, mais ne peut le<br /> quitter, en particulier pour des raisons financières ; elle<br /> n&#8217;aurait pas de quoi vivre et peut-être sa mère non plus,<br /> car elle craint que, si elle désertait son domicile, Hitler<br /> retire à Angela la gestion du Berghof1.<br /> <br /> _____<br /> 1. Texte de la lettre et commentaires : <a href="http://www.delpla.">http://www.delpla.</a><br /> org/article.php3?id_article=213. Cf. David Gardner, The Last of the<br /> Hitlers, Worcester, BMM, 2001, tr. fr. Le dernier des Hitler, Paris,<br /> Patrick Robin, 2006. Ce livre fait également état des mémoires de<br /> Brigid Hitler, ex-épouse d&#8217;Aloïs junior (frère d&#8217;Angela Raubal et demifrère<br /> d&#8217;Adolf Hitler), non datés et déposés à la bibliothèque publique<br /> de New-York. On y trouve le récit d&#8217;une visite d&#8217;Adolf à Liverpool<br /> pendant cinq mois, à la fin de 1912 et au début de 1913. Brigitte<br /> Hamann et Ian Kershaw, en désaccord sur la date à laquelle Hitler<br /> est devenu antisémite (après la guerre pour la première, avant elle<br /> pour le second) sont d&#8217;accord pour estimer que cet épisode, totalement<br /> inconnu par ailleurs, est inventé. Mais leur argument commun<br /> est faible : les fiches de police font état d&#8217;un séjour continu de Hitler<br /> au foyer pour hommes de la Medelmanstrasse, à Vienne, de 1910 à<br /> 1913. Encore faudrait-il poser la question de leur possible épuration,<br /> après l&#8217;Anschluss de 1938, par la Gestapo. Consulté par moi sur ce<br /> point, l&#8217;archiviste municipal de Vienne a déclaré que le dossier se<br /> composait de feuilles volantes, ce qui permettait de l&#8217;épurer sans<br /> laisser de traces. La question reste ouverte.<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <span style="text-decoration: underline;"><br /> ________________________________________________________________________</span><br /> En contraste avec ce tarissement des études historiques,<br /> la fiction s&#8217;est largement emparée de notre sujet.<br /> Parfois pour le pire, témoin un roman de Ron Hansen<br /> sur Geli, rempli de nauséabondes invraisemblances et,<br /> en dépit ou peut-être à cause de cela, honoré par la critique<br /> avant comme après sa sortie française 1. Pire encore<br /> peut-être que cette pochade alternant le grand guignol<br /> et le voyeurisme pornographique, un roman soigné et<br /> pudique de l&#8217;ethnopsychiatre Tobie Nathan, intitulé<br /> Qui a tué Arlozoroff ? 2, prétendit en 2010 résoudre de<br /> la manière la plus vraisemblable l&#8217;énigme de la mort du<br /> dirigeant sioniste en Palestine, le 16 juin 1933. Il attribuait<br /> son assassinat à Magda Goebbels en personne. Nul critique<br /> ne sembla s&#8217;aviser que les acrobaties logistiques du<br /> scénario pouvaient passer pour raisonnables à côté de<br /> ses énormités politiques. Un Troisième Reich en pleine<br /> mise au pas interne et soucieux de respectabilité internationale<br /> serait allé se compromettre dans un meurtre<br /> au Moyen-Orient, et aurait éliminé un diplomate sioniste<br /> en pleine négociation de l&#8217;accord « Haavara », le tout au<br /> nom d&#8217;un mobile d&#8217;ordre privé : le souci de Magda de<br /> complaire à son vénéré Führer, et accessoirement à son<br /> mari, en rachetant la honte raciale de ses relations avec<br /> la victime. D&#8217;un point de vue littéraire, pourquoi pas ?<br /> L&#8217;historien cependant, ne voit pas sa pédagogie facilitée.<br /> Il souhaiterait qu&#8217;on attende, pour maltraiter ainsi le<br /> nazisme, qu&#8217;il soit mieux connu et compris. En matière<br /> d&#8217;antisémitisme, dès le premier texte de Hitler sur la<br /> question le 16 septembre 1919, apparaît la consigne de<br /> répudier tout sentiment pour pratiquer une élimination<br /> &#8220;rationnelle&#8221; : les Juifs, cela se tue avec ordre et méthode.<br /> <br /> ________<br /> 1. Hitler&#8217;s Niece , New York, HarperCollins Publisher, 1999, tr.<br /> fr. La Nièce d&#8217;Hitler, Paris, Buchet-Chastel, 2005. Pour un florilège<br /> des critiques, cf. <a href="http://www.delpla.org/article.php3?id_article=225">http://www.delpla.org/article.php3?id_article=225</a> .<br /> 2. Paris, Grasset, 2010.<br /> <br /> <br /> <br /> <span style="text-decoration: underline;"><br /> ________________________________________________________________________</span><br /> Et des mobiles personnels sont inconcevables, tant de<br /> la part de Hitler que d&#8217;un couple qui ne pense qu&#8217;à se<br /> couler dans ses volontés. Reste l&#8217;ajout indû d&#8217;une victime<br /> à la Shoah, comme si les millions connus et prouvés<br /> étaient jugés insuffisants.<br /> Le niveau fut relevé, cependant, par d&#8217;autres fictions,<br /> notamment un Journal d&#8217;Eva Braun signé d&#8217;Alain Régus,<br /> comédien et dramaturge 1, un roman intitulé Riefenstahl de<br /> Lilian Auzas 2 et une pièce d&#8217;Henri Mariel, Mein Führer3. Un<br /> certain nombre d&#8217;auteurs mentionnaient le présent livre<br /> parmi leurs sources d&#8217;inspiration. Le cinéma n&#8217;est pas en<br /> reste. Il suffira de citer Der Untergang (La Chute) d&#8217;Oliver<br /> Hirschbiegel 4, qui fait une large place, dans le bunker<br /> <br /> _____<br /> 1. Mouleydier, Pierregord, 2012, rééd. Paris, Pocket, 2015.<br /> L&#8217;auteur invente deux courtes rencontres entre son héroïne et Sophie<br /> Scholl, pour camper une Eva brièvement tentée par le doute et la<br /> rébellion.<br /> 2. Paris, Léo Scheer, août 2012.<br /> 3. Publiée en 2010 à Nantes par les éditions Siloe.<br /> 4. Sorti en Allemagne le 16 septembre 2004 et en France le 5<br /> janvier 2005, trop tard pour être pris en compte dans la première édition,<br /> sinon sous la forme d&#8217;une brève allusion. Cette oeuvre marque<br /> une évolution appréciable par rapport aux innombrables gloses<br /> antérieures (et postérieures&#8230; ) sur un Hitler « du bunker » coupé des<br /> réalités, étanche aux mauvaises nouvelles et ne contrôlant plus rien,<br /> sans en tirer cependant tous les enseignements souhaitables sur la<br /> minutie de sa mise en scène. En 2007, Fabrice Bouthillon, dans Et<br /> le bunker était vide (un petit livre publié chez Hermann, devenu en<br /> 2010 le dernier chapitre de Nazisme et Révolution, Paris, Fayard), a<br /> fait de grands pas dans ce sens (en faisant mention du présent livre),<br /> avec son hypothèse que Hitler, préparant sciemment les conditions<br /> d&#8217;une résurrection, se livrait à une non moins consciente imitation<br /> de Jésus-Christ. J&#8217;ai souligné pour ma part, dans un livre sur le procès<br /> de Nuremberg (Nuremberg face à l&#8217;histoire, Paris, L&#8217;Archipel, 2006 ;<br /> réédition Archipoche, 2015), que la comparution des dirigeants<br /> nazis survivants, incapables de justifier comme d&#8217;assumer les crimes<br /> alors dévoilés, avait irréparablement déjoué toute mystification de<br /> ce genre.<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <span style="text-decoration: underline;"><br /> ________________________________________________________________________</span><br /> <br /> final, à Eva Braun, Magda Goebbels et Traudl Junge, ainsi<br /> qu&#8217;aux nombreuses filles du couple Goebbels ; ou, dans<br /> le domaine du documentaire, Eva Braun dans l&#8217;intimité<br /> de Hitler de Daniel Costelle et Isabelle Clarke, en 2007 1.<br /> Ce film a connu un prolongement inattendu lorsqu&#8217;un<br /> téléspectateur a signalé qu&#8217;une « belle inconnue » filmée<br /> par Eva sur la terrasse du Berghof n&#8217;était autre qu&#8217;une<br /> actrice alors célèbre, Magda Schneider (1909-1996), mère<br /> d&#8217;une comédienne plus illustre encore, prénommée<br /> Romy. Celle-ci, née en 1938, fut alors activement recherchée<br /> dans les films tournés par Eva&#8230; en vain. Mais cette<br /> investigation fit apparaître que la mère et la fille étaient<br /> systématiquement invitées lors des anniversaires des nombreux<br /> enfants de Martin Bormann 2, ce qui avait dû fournir<br /> à Hitler maintes occasions de cajoler la future star&#8230;<br /> <br /> _____<br /> 1. Employé sur ce film comme consultant historique, je suis<br /> allé à Berlin en octobre 2006 participer à une interview de Rochus<br /> Misch (1917-2013), ancien garde du corps de Hitler et l&#8217;un des derniers<br /> survivants du bunker, auquel le film de Hirschbiegel avait valu<br /> une célébrité soudaine. Il avait raconté dans plusieurs livres écrits<br /> avec la collaboration de journalistes qu&#8217;un jour, à la chancellerie de<br /> Berlin, passant comme à l&#8217;habitude dans la chambre qu&#8217;occupait<br /> Eva Braun lors de ses rares visites, il avait été surpris de la trouver<br /> là, « en nuisette » ou « dans une très légère chemise de nuit », et,<br /> persuadé de son prochain renvoi, était resté figé jusqu&#8217;à ce qu&#8217;elle<br /> lui fasse, sans colère, signe de se taire et de sortir. Quand je voulus<br /> lui faire répéter devant notre caméra la description vestimentaire,<br /> il dit simplement « Je n&#8217;ai pas regardé », ce qui est fort plausible.<br /> Les journalistes avaient, c&#8217;est le cas de le dire, un peu brodé. Pour<br /> quelques aspects plus politiques, cf. <a href="http://www.delpla.org/article.">http://www.delpla.org/article.</a><br /> php3?id_article=425 .<br /> 2. Selon une confidence de Magda Schneider au Bild-Zeitung<br /> après la mort de sa fille. Quant à la journaliste Alice Schwarzer, elle<br /> a raconté qu&#8217;au milieu des années 1970 Romy lui avait fait part de sa<br /> certitude (intuitive et infondée) que sa mère et Hitler avaient eu une<br /> liaison : cf. Schwarzer (Alice), Romy Schneider Mythos und Leben,<br /> Munich, Knaur, 1998.<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <span style="text-decoration: underline;"><br /> ________________________________________________________________________</span><br /> <br /> et fournir à celle-ci, lorsque vers 1960 elle eut pris de<br /> grandes distances avec l&#8217;Allemagne en général et sa mère<br /> en particulier, une solide motivation pour la répulsion à<br /> l&#8217;égard du Troisième Reich dont sa filmographie témoigne<br /> de façon croissante.<br /> Enfin, notre sujet est en partie renouvelé par un ouvrage<br /> inclassable qui défraye la chronique en cet automne de<br /> 2016, avec des traductions anglaise et française succédant<br /> à une édition originale allemande parue un an plus tôt.<br /> Der totale Rausch / Drogen im Dritten Reich 1 est signé<br /> de Norman Ohler, un journaliste, romancier et scénariste,<br /> co-auteur d&#8217;un des films de Wim Wenders, qui s&#8217;est<br /> immergé pendant cinq ans dans les archives les plus austères<br /> et les exploite avec une rigueur admirée par des<br /> historiens professionnels 2. Il précise beaucoup de détails<br /> sur la santé de Hitler à partir d&#8217;une lecture exhaustive des<br /> notes du dr Morell (dont Hitler était le « patient A »), qui<br /> n&#8217;avaient été que partiellement dépouillées. Mais, dans<br /> sa quête inlassable de l&#8217;absorption de stupéfiants par la<br /> population allemande en général et son dictateur en particulier,<br /> il omet souvent de pondérer les facteurs et nous<br /> campe un Hitler complètement inerte quand il n&#8217;a pas eu<br /> sa piqûre, surtout dans les dernières années. Ce n&#8217;était pas<br /> la meilleure voie pour faire progresser nos connaissances<br /> sur la place des femmes dans sa mise en scène finale, qui<br /> témoigne au contraire d&#8217;une grande lucidité et de capacités<br /> manoeuvrières intactes. On peut cependant retenir que<br /> parmi les traitements administrés par Morell figurent des<br /> stimulants sexuels, au moins jusqu&#8217;en mars 1944 3.<br /> <br /> <br /> _____<br /> 1. Cologne, Kiepenheuer &amp; Witsch, 2015, tr. fr. L&#8217;extase totale<br /> / Le IIIème Reich, les Allemands et la drogue, Paris, La Découverte,<br /> 2016.<br /> 2. Notamment Ian Kershaw et Hans Mommsen, qui signe une<br /> brève postface.<br /> 3. La dernière mention de tels produits date de mars 1944 : op. cit., édition française, p. 169. <br /> Ohler précise qu&#8217;Eva Braun, devenue<br /> le « patient B », demande les mêmes traitements que son compagnon<br /> et les obtient, si ce n&#8217;est en matière hormonale.<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <span style="text-decoration: underline;"><br /> ________________________________________________________________________</span><br /> Un mode de pensée dit « fonctionnaliste » a dominé<br /> l&#8217;histoire du régime nazi, des années 1960 aux années<br /> 1990. Il consistait à noyer Hitler dans un magma de décideurs<br /> situés sur le même plan, voire présentés comme plus<br /> influents que lui. Cette approche est en train de passer de<br /> mode malgré des résistances parfois farouches 1, et le dictateur<br /> de reprendre sa place à la tête de son pays comme<br /> de son parti. D&#8217;où un intérêt renouvelé pour ses propos,<br /> tant privés que publics, comme en témoigne le succès<br /> de la réédition de Mein Kampf&#8230; assorti de la révélation<br /> que le signataire du livre l&#8217;avait écrit lui-même, de bout<br /> en bout et sans aide aucune 2. Voilà qui devrait relancer<br /> l&#8217;intérêt pour sa vie privée, nettoyée des sédiments d&#8217;une<br /> diabolisation grossière, et cette nouvelle édition, à peine<br /> amendée sur quelques détails 3, vient à son heure.<br /> <br /> <br /> _____<br /> 1. C&#8217;est le défaut de cuirasse d&#8217;une somme récente, et pionnière,<br /> sur les « petites mains » de l&#8217;idéologie nazie. Cf. Johann Chapoutot, La<br /> loi du sang, Paris, Gallimard, 2015.<br /> 2. Cf. Christian Hartmann, Thomas Vordermayer, Othmar<br /> Plöckinger, Roman Töppel (éd.), Hitler, Mein Kampf / Einde kritische<br /> Edition, Munich, Institut für Zeigeschichte, 2016, t. 1, p. 13-15.<br /> Pendant cette même année 2016, j&#8217;ai réédité en deux volumes aux<br /> éditions Nouveau Monde, sous le titre Propos intimes et politiques,<br /> des tirades de Hitler devant ses familiers, prononcées pour l&#8217;essentiel<br /> pendant les quatorze premiers mois de la campagne de Russie. Elles<br /> avaient été publiées en 1952-53 par François Genoud sous le titre<br /> Libres propos sur la guerre et la paix, en langue française. J&#8217;ai alors<br /> pleinement mesuré l&#8217;abîme qui séparait cette traduction et le texte<br /> original allemand, révélé seulement en 1980. Cette source, riche en<br /> aperçus sur la vision hitlérienne de la femme, était abondamment<br /> citée dans l&#8217;édition originale du présent livre, le plus souvent d&#8217;après<br /> l&#8217;édition Genoud. Toutes les traductions ont été revues et, s&#8217;il y avait<br /> lieu, corrigées.<br /> 3. L&#8217;un d&#8217;eux concerne le prénom de la nièce aimée : elle<br /> s&#8217;appelait non pas Angela Maria, comme presque tout le monde<br /> le pensait et l&#8217;écrivait à l&#8217;époque, mais Angelika, ce qui s&#8217;accorde<br /> mieux avec le diminutif « Geli ». Mon, 12 Dec 2016 16:31:01 +0100 La prise du pouvoir (Hitler, 30 janvier 1933, la véritable histoire) http://www.delpla.org/site/articles/articles-8-107+la-prise-du-pouvoir-hitler-30-janvier-1933-la-veritable-histoire.php http://www.delpla.org/site/articles/articles-8-107+la-prise-du-pouvoir-hitler-30-janvier-1933-la-veritable-histoire.php <img src="http://www.delpla.org/site/upload/418qeiqi6nl_aa160_a9902.jpg" alt="" class="valign_" /><br /> <br /> <br /> <br /> Avant-propos<br /> <br /> <br /> <span style="font-size: 20px;">À sources nouvelles, nouvelles perspectives</span><br /> <br /> <br /> La prise du pouvoir par Hitler a été très souvent<br /> racontée comme une entreprise outrageusement facilitée<br /> par les détenteurs de ce pouvoir. L&#8217;immense majorité<br /> des livres, plutôt qu&#8217;un siège longtemps indécis, racontent<br /> l&#8217;histoire d&#8217;une place-forte dont les remparts tombent soudain<br /> en poussière et qui se rend sans grand combat.<br /> Il est vrai que la République dite de Weimar, du nom<br /> de la ville où son assemblée constituante avait siégé en 1919,<br /> ne s&#8217;est pas défendue très énergiquement contre la menace<br /> d&#8217;une dictature, et que d&#8217;autres candidats dictateurs (avant<br /> tout le général Kurt von Schleicher, ministre de la Guerre<br /> en 1932 et dernier chancelier avant Hitler) ont fort mal joué<br /> leurs chances. Mais ce qui restait à dire, c&#8217;est que Hitler avait<br /> déployé une grande habileté, non seulement pour exploiter<br /> ses atouts, mais pour neutraliser les leurs. La victoire est<br /> allée à celui qui l&#8217;a voulue le plus ardemment et construite le<br /> plus méthodiquement, surtout à partir de 1929.<br /> Cet essai (mon seizième ouvrage sur le nazisme et sa<br /> guerre) est la première matérialisation d&#8217;un projet beaucoup<br /> plus vaste, né de la lecture du journal de Goebbels et de la<br /> prise de conscience que cette source exceptionnelle par sa<br /> qualité et son ampleur, mais d&#8217;un usage délicat, allait modifier<br /> l&#8217;histoire du Troisième Reich sur nombre de points essentiels.<br /> Il s&#8217;agit donc de hâter avec lenteur ce mouvement. Pour<br /> ce faire, un commentaire page par page de cette oeuvre en<br /> vingt-neuf tomes, afin de relever ses informations nouvelles<br /> et de constater ce qu&#8217;elles bousculent dans les représentations<br /> antérieures, s&#8217;impose&#8230; et dépasse les forces d&#8217;un seul<br /> homme. La période 1929-1933, celle où Goebbels (en tant<br /> que chef régional &#8211; Gauleiter &#8211; du parti nazi à Berlin et surtout<br /> en tant que responsable de la propagande du mouvement<br /> au plan national) consolide sa place dans le groupe dirigeant<br /> nazi et commence à rencontrer plus souvent son chef, est un<br /> bon point de départ.<br /> <br /> Ce texte entre, dans cette étude, en résonance avec beaucoup<br /> d&#8217;autres. Pêle-mêle : la remarquable édition des articles<br /> et des discours de Hitler entre 1925 et 1933, publiée en six<br /> volumes de 1991 à 2000 par l&#8217;Institut d&#8217;histoire du temps<br /> présent de Munich, le toujours mystérieux Journal d&#8217;un<br /> général de la Reichswehr édité par des exilés en 1934, le<br /> journal (1930-1934) enfin paru en 2010 de Carl Schmitt, le<br /> plus célèbre des juristes allemands, spécialisé dans le droit<br /> constitutionnel et mêlé aux tribulations de l&#8217;année 1932, les<br /> mémoires d&#8217;Ernst Hanfstaengl, d&#8217;Otto Strasser, d&#8217;Alfred<br /> Rosenberg, d&#8217;Otto Dietrich, de Heinrich Brüning, de Leni<br /> Riefenstahl, de Heinrich Hoffmann, de Baldur von Schirach,<br /> d&#8217;Otto Meissner, de Brigid Hitler, de Hjalmar Schacht, les<br /> travaux récents sur ce même Schacht, sur Heinrich Himmler,<br /> sur Hermann Göring, sur William Patrick Hitler, neveu<br /> anglais d&#8217;Adolf, sur Reinhard Heydrich et Wilhelm Canaris,<br /> sur les généraux von Schleicher et von Hammerstein, sur le<br /> dirigeant SS Werner Best, sur l&#8217;agronome Walther Darré et<br /> bien d&#8217;autres.<br /> <br /> Mais la source qui éclaire le mieux le journal de Goebbels,<br /> et réciproquement, est un livre paru en 1978. Il s&#8217;agit<br /> des mémoires d&#8217;Otto Wagener (1888-1971), déposés par<br /> l&#8217;auteur à l&#8217;Institut für Zeitgeschichte de Munich en 1958<br /> et découverts dans les années 1970 par l&#8217;historien américain<br /> Henry Turner (1932-2008). Wagener, patron d&#8217;industrie et<br /> économiste, est l&#8217;un des plus proches confidents que Hitler<br /> ait jamais eus, doublé d&#8217;un fin connaisseur des comédies<br /> humaines. Turner était un spécialiste de l&#8217;économie du Troisième<br /> Reich et du financement du parti nazi. Tombant sur les<br /> mémoires de Wagener alors qu&#8217;il cherchait des documents<br /> sur les conceptions des nazis en matière économique, il comprit<br /> suffisamment la valeur de cette source pour la publier,<br /> en allemand d&#8217;abord puis en anglais (en 1985), la traduction<br /> française se faisant toujours attendre. Mais il ignora<br /> suffisamment cette valeur pour faire précéder le texte d&#8217;une<br /> préface réductrice, où il affirmait par exemple que Wagener<br /> mélangeait son idéologie avec celle de Hitler de façon inextricable,<br /> ou que son admiration persistante pour le dictateur<br /> nazi, bien qu&#8217;il écrivît après sa chute (en 1946), rendait son<br /> témoignage suspect.<br /> <br /> Dans les deux cas, le contraire peut être affirmé. Wagener<br /> est un nazi de la vieille école : un de ceux qui prennent<br /> au sérieux les deux termes de l&#8217;expression « national-socialisme<br /> ». Or la période 1929-1932 est justement celle où le<br /> nationalisme, non seulement prend le pas sur le socialisme,<br /> mais occupe tout l&#8217;horizon. Ce socialisme était, on le sait,<br /> assez particulier, et peu prometteur pour une partie, au moins,<br /> du corps social. Il entendait réduire les inégalités de fortune<br /> par de profondes réformes (consistant notamment à favoriser<br /> les entrepreneurs par rapport aux banquiers et autres<br /> spéculateurs), pour créer une véritable « communauté nationale<br /> » excluant les Juifs. Ces intentions se perdent corps et<br /> biens pendant les années qui nous occupent. Si le socialisme<br /> subsiste dans la terminologie du mouvement c&#8217;est comme un<br /> simple supplément d&#8217;âme, un habillage pour laisser entendre<br /> qu&#8217;on n&#8217;oublie pas complètement les classes inférieures. Inversement,<br /> les riches, quels qu&#8217;ils soient, sont de plus en plus rassurés<br /> sur le maintien, en régime national-socialiste, de leurs<br /> prérogatives et des profits qu&#8217;elles engendrent, pourvu que<br /> leur puissance soit mise au service de la nation.<br /> <br /> Deux exemples suffiront :<br /> <br /> &#8226; après 1933, si la condition des ouvriers ne s&#8217;améliore pas<br /> sur les lieux de travail, en revanche le régime se soucie de<br /> leurs vacances, par le biais de la fameuse administration,<br /> créée par Robert Ley, « La force par la joie ». Il offre à<br /> tous l&#8217;espoir, largement entretenu par les médias, de faire<br /> une fois dans leur vie une croisière sur un paquebot ;<br /> <br /> &#8226; le principe selon lequel ceux qui fabriquent les automobiles<br /> devraient pouvoir les conduire se matérialise, si l&#8217;on<br /> peut dire, dans la promesse d&#8217;une « voiture du peuple »<br /> (Volkswagen), dessinée, dit-on, par le Führer en personne<br /> et donnant lieu à des souscriptions, puis la guerre remet<br /> sine die la livraison des véhicules et l&#8217;argent est détourné<br /> pour fabriquer des armes, en une parfaite illustration de<br /> la résorption du socialisme dans le nationalisme. Et aussi<br /> de la ruse nazie qui fait passer la pilule (entre beaucoup<br /> d&#8217;autres du même acabit).<br /> <br /> C&#8217;est justement parce qu&#8217;il fait souvent preuve de candeur<br /> devant les stratagèmes hitlériens que le témoignage de<br /> Wagener est crédible&#8230; et qu&#8217;il faut recouper ce qu&#8217;il écrit,<br /> notamment par les notes de Goebbels. Car les comptes<br /> rendus des entretiens entre Hitler et Wagener, ou de leurs<br /> conversations avec d&#8217;autres personnes, sont tout à fait fiables<br /> et le mémorialiste n&#8217;est en rien suspect de mélanger ses idées<br /> à celles de son idole : il se conduit avec elle comme un scrupuleux<br /> évangéliste. Il considère Hitler, à la lettre, comme un<br /> prophète envoyé à l&#8217;Allemagne et aux hommes par la Providence,<br /> consigne pieusement ses paroles et se les remémore<br /> avec dévotion.<br /> <br /> On se demandera comment un homme intelligent, doté<br /> d&#8217;une solide culture, peut encore, après la débâcle de 1945<br /> et les révélations qui l&#8217;avaient accompagnée, défendre Hitler<br /> et lui conserver son estime. La réponse est simple : Wagener<br /> considère que, tant qu&#8217;il était auprès de lui, Hitler pouvait<br /> accomplir une oeuvre salutaire pour son pays et pour le<br /> monde entier, mais que son propre départ, au moment de la<br /> prise du pouvoir, a coïncidé avec le triomphe d&#8217;une brochette<br /> de mauvais conseillers, à l&#8217;origine des crimes et des catastrophes<br /> ultérieurs. Sa bête noire est Göring, avec lequel il<br /> entre en rivalité dès 1930 et dont il conte avec un grand luxe<br /> de détails l&#8217;ascension, concomitante avec son propre déclin.<br /> Himmler est peu nommé, par honnêteté sans doute, puisque<br /> Wagener ne l&#8217;a guère rencontré, mais il tient probablement<br /> dans son esprit le premier rang parmi les mauvais conseillers,<br /> concurremment avec son adjoint Heydrich. Wagener ne doit<br /> pas avoir non plus une grande estime pour Martin Bormann,<br /> qui a hérité des fonctions de Rudolf Hess après son envol<br /> pour l&#8217;Angleterre, le 10 mai 1941. Voilà encore une bonne<br /> façon de trouver des excuses à Hitler puisque Hess, cité en<br /> maints endroits du livre, n&#8217;y est jamais dévalorisé ; il apparaît<br /> comme le dernier vestige de la vieille garde, celui dont la<br /> disparition a achevé de donner le champ libre aux intrigants<br /> inhumains.<br /> <br /> Wagener, depuis 1978, peine à trouver sa place dans<br /> l&#8217;historiographie du nazisme, qui ne semblait plus attendre<br /> des révélations aussi précises sur la préparation du futur<br /> chancelier à ses fonctions, et tarde à les intégrer dans ses<br /> analyses. Le biographe qui le cite le plus, et de loin, est Ian<br /> Kershaw (qui est aussi, avec l&#8217;auteur de ces lignes1, l&#8217;un des<br /> plus récents). Il y cherche surtout une confirmation de sa<br /> thèse sur la paresse de Hitler, qui aurait désespéré ses collaborateurs<br /> en étant incapable de s&#8217;astreindre à un horaire<br /> et en les laissant le plus souvent tâtonner sans directives. Or<br /> le livre de Wagener donne, dans l&#8217;ensemble, une impression<br /> exactement inverse. Hitler exploite à fond ses compétences en<br /> matière économique pour bâtir des projets dans ce domaine,<br /> par de fréquentes conférences dont il fixe la date et l&#8217;ordre<br /> du jour avec méthode, et dont il ne laisse à personne le soin<br /> de dresser la liste des participants : on y trouve notamment<br /> Gottfried Feder et Gregor Strasser, qui incarnent les idées<br /> « socialistes » en voie d&#8217;abandon, et on peut suivre cet abandon<br /> (entouré d&#8217;une consigne de secret) pas à pas au cours<br /> des années 1930-1931. Outre Göring, l&#8217;étoile montante est<br /> Walter Funk, qui finira ministre de l&#8217;Economie du Troisième<br /> Reich, président de la Reichsbank&#8230; et, comme Göring,<br /> accusé à Nuremberg. Funk est au départ un journaliste<br /> d&#8217;idées libérales, que Wagener échoue à convertir au « socialisme<br /> » et dont il décrit cruellement l&#8217;ivrognerie publique. Et<br /> Wagener subit, avec abnégation, une nouvelle déconvenue<br /> lorsque, ayant fondé un journal économique dont le rédacteur<br /> en chef adjoint s&#8217;appelle Otto Dietrich, il voit celui-ci<br /> happé par Hitler pour diriger sa propagande personnelle (on<br /> dirait aujourd&#8217;hui sa « communication »), avec une grande<br /> souplesse d&#8217;échine &#8211; alors que Wagener se targue d&#8217;avoir toujours<br /> conservé ses propres idées et son franc parler.<br /> <br /> S&#8217;il est un mystère que son livre dissipe, et qui reste<br /> opaque dans les études qui l&#8217;ignorent (c&#8217;est-à-dire, en l&#8217;occurrence,<br /> toutes !), c&#8217;est bien la genèse de la nuit des Longs couteaux<br /> (30 juin-2 juillet 1934). Elle voit mourir, sous les coups<br /> des hommes de Himmler et la direction apparente de Göring,<br /> à la fois Gregor Strasser et le chef d&#8217;état-major des SA, Ernst<br /> Röhm, ainsi qu&#8217;une petite centaine de personnes (dont le<br /> général von Schleicher) à Berlin, Munich et quelques autres<br /> endroits. Or Röhm était un homosexuel notoire&#8230; dont le<br /> vice (comme on disait à l&#8217;époque) interférait avec le service :<br /> il recrutait ses amants dans le mouvement qu&#8217;il dirigeait.<br /> Nombre de conseillers, dont Wagener, avaient averti Hitler<br /> des effets délétères de ce comportement sur la réputation du<br /> parti. Il avait un jour répondu à Wagener que « ne rien faire »<br /> était souvent, en politique, la meilleure recette. Or lui-même,<br /> le 13 juillet 1934, s&#8217;évertuant à présenter sous son meilleur<br /> profil la nuit des Longs couteaux dans un grand discours<br /> au Reichstag, prétend qu&#8217;il a dû agir dans l&#8217;urgence, sous la<br /> menace d&#8217;un coup d&#8217;État qui se voulait le point de départ<br /> d&#8217;une « seconde révolution » : elle n&#8217;aurait pas pris pour<br /> cible, comme celle de 1933, les marxistes, mais la bourgeoisie.<br /> Il ajoute des considérations, propres elles aussi à rassurer<br /> le bourgeois, sur le dégoût que l&#8217;homosexualité lui inspire.<br /> L&#8217;historien (ou le citoyen) doit ici faire un choix : soit il croit<br /> Hitler sur parole, soit il observe ses actes, qui démentent clairement<br /> ses propos. Il avait fait semblant, de toute évidence,<br /> de laisser aller les choses, tout en ourdissant un piège.<br /> Il laissait se développer, de la part des SA, une violence<br /> contrôlée, et nous retrouvons ici le journal de Goebbels. En<br /> 1930-31 le Gauleiter de Berlin ne rencontre pas encore très<br /> souvent Hitler, qui séjourne ordinairement à Munich, alors<br /> qu&#8217;il est aux prises, dans la capitale, avec la turbulence des<br /> SA, par deux fois en révolte ouverte contre le parti. Il trouve<br /> Hitler trop mou et indécis, mais se réjouit que dans les<br /> moments décisifs il rétablisse l&#8217;ordre en le confirmant dans<br /> ses fonctions de Gauleiter et en le complimentant d&#8217;avoir tenu<br /> bon devant les mutins. Hitler l&#8217;oblige aussi à coopérer avec<br /> Göring, tout en attisant un certain degré de rivalité entre eux.<br /> Ces constatations mettent en cause une tradition historique,<br /> dite « fonctionnaliste », que Kershaw, avec l&#8217;autorité<br /> que lui confèrent son oeuvre d&#8217;historien, son érudition et son<br /> monumental ouvrage, a consolidée tout en assurant qu&#8217;il corrigeait<br /> ce qu&#8217;elle avait d&#8217;excessif. Elle consiste à prétendre que<br /> Hitler était trop paresseux et perdu dans ses rêves pour diriger<br /> au jour le jour son parti puis son État et que ses interventions<br /> consistaient principalement à attendre la fin des luttes<br /> de clans pour couronner les vainqueurs, en une démarche<br /> que l&#8217;historien anglais baptise « darwinisme social ». En<br /> combinant les apports de Goebbels et de Wagener, on voit<br /> bien que Hitler est constamment sur le qui-vive, réfléchit en<br /> permanence à ce qui peut faire progresser sa cause et agit en<br /> conséquence, tout en jouant souvent l&#8217;indifférence et l&#8217;indécision.<br /> Bref, il est feignant sans doute, mais fainéant, pas le<br /> moins du monde !<br /> <br /> Pour ma part, j&#8217;applique au nazisme depuis quelques<br /> années une grille de lecture qui, s&#8217;agissant de ces années<br /> fondatrices, me paraît particulièrement féconde : la folie<br /> personnelle de Hitler, déclarée à la fin de la Grande Guerre.<br /> Elle consiste avant tout en deux idées fixes : celle d&#8217;une lutte<br /> finale pour la domination du monde entre Aryens et Juifs<br /> (ceux-ci ayant mis en péril, par « leur » victoire de 1918, la<br /> continuation même de la vie sur terre !), et celle d&#8217;une « mission<br /> », confiée au sujet par une « Providence », de conduire<br /> le camp aryen vers une revanche ou, tout au moins, de jouer<br /> dans celle-ci un rôle d&#8217;initiateur. Il développe en particulier<br /> une forme d&#8217;antisémitisme tout à fait inédite, obsédée par un<br /> sentiment d&#8217;urgence. Toutes les violences sont dès lors légitimes,<br /> puisque la main du Juif est censée animer tout ce qui<br /> s&#8217;oppose au redressement de l&#8217;Allemagne en général, et à son<br /> guide en particulier.<br /> <br /> Les écrits de Wagener, de Goebbels et de bien d&#8217;autres<br /> montrent que Hitler s&#8217;entoure de gens qui, si divers soient-ils,<br /> ont tous en commun de l&#8217;écouter divaguer avec dévotion &#8211; et<br /> Gregor Strasser n&#8217;échappe pas à la règle. On le prend pour un<br /> prophète dont on interprète les oracles : ce point a été bien<br /> mis en lumière par Kershaw. Ce que le présent livre apporte,<br /> c&#8217;est d&#8217;une part l&#8217;idée que Hitler guide au jour le jour cette<br /> interprétation en fonction d&#8217;une stratégie précise et constamment<br /> adaptée aux circonstances ; d&#8217;autre part, le constat d&#8217;un<br /> renouvellement presque complet du groupe dirigeant par<br /> l&#8217;élimination, moins des « socialistes », que des naïfs qui le<br /> croient porteur d&#8217;une doctrine suffisamment attractive pour<br /> assurer la victoire et la réalisation des objectifs. Les hommes<br /> qui montent sont moins, comme le croit Wagener, des bourgeois<br /> âpres au gain ou de vulgaires arrivistes, que des gens<br /> plus soucieux d&#8217;efficacité que d&#8217;orthodoxie doctrinale, et<br /> capables de faire taire tout scrupule pour aller à marches forcées<br /> vers lesdits objectifs. Car Wagener ne cesse de prêcher<br /> à Hitler la patience, en lui disant que la transformation en<br /> profondeur de la société allemande qu&#8217;il prône prendra du<br /> temps, et on voit Hitler s&#8217;écarter graduellement d&#8217;une telle<br /> philosophie pour finir par la répudier tout à fait, en prétendant<br /> que le temps est compté à l&#8217;Allemagne &#8211; et en pensant<br /> probablement (nombre de propos, dès cette époque, en<br /> témoignent) qu&#8217;il est surtout compté à sa personne, laquelle<br /> est indispensable et irremplaçable pour réorganiser le monde<br /> sur de saines bases raciales. On le voit décider de prendre<br /> l&#8217;Allemagne et la planète par surprise. L&#8217;image du viol est ici<br /> appropriée, pourvu qu&#8217;on fasse aussi une place à la séduction<br /> et à la patience : Hitler sait prendre son temps, mais dans<br /> une échelle de quelques années. Il s&#8217;agit de créer au plus vite<br /> un mouvement irréversible vers la dictature totale et vers des<br /> conquêtes expéditives.<br /> <br /> Le point de départ de cette étude est le congrès de Nuremberg<br /> de 1929, qui a lieu au début d&#8217;août. Hitler et son parti<br /> ont surmonté la déception des élections de mai 1928 qui ont<br /> vu à la fois une poussée de la gauche socialiste et un score<br /> nazi bien maigre : 2,6 %. Mais il s&#8217;agissait du baptême du feu<br /> d&#8217;un mouvement « refondé » en février 1925. Hitler a particulièrement<br /> soigné la préparation de ce rassemblement. C&#8217;est<br /> aussi un triomphe pour Goebbels, qui a fait venir de Berlin<br /> par train des dizaines de milliers de nazis enthousiastes. Et<br /> c&#8217;est une illumination pour Wagener, jusque là un homme<br /> d&#8217;extrême droite sans parti qui va être, c&#8217;est le cas de le dire,<br /> conquis. Sun, 11 Dec 2016 12:10:01 +0100 Propos intimes et politiques http://www.delpla.org/site/articles/articles-8-102+propos-intimes-et-politiques.php http://www.delpla.org/site/articles/articles-8-102+propos-intimes-et-politiques.php Un livre à paraître au tout début de 2016 chez Nouveau Monde Editions<br /> <br /> <br /> <img src="http://www.delpla.org/site/upload/couv_hitlerred.jpg" alt="" class="valign_" /><br /> <br /> Si l'on excepte une version allemande abrégée de 1951, avec un classement par thèmes au mépris de l'ordre chronologique, la première parution de ces propos est due, en 1952 et 1953, à l'homme d'affaires suisse romand François Genoud, qui avait assuré lui-même la traduction (sous le titre <em>Libres propos sur la guerre et la paix</em>; l'ouvrage est désigné couramment par l'expression "propos de table"). Jamais rééditée, elle a cependant essaimé dans le monde anglo-saxon, avec une édition de 1953 qui a été, elle, rééditée encore récemment sans la moindre révision... alors que le texte allemand que Genoud avait acheté à un collectionneur italien vers 1950 avait enfin fait surface, et été publié en 1980 avec une introduction de Werner Jochmann.<br /> <br /> Genoud était depuis son adolescence un sympathisant du nazisme... mais les très lourdes déformations de sa traduction, passées inaperçues jusqu'ici (1), doivent moins à son idéologie qu'à son métier d'homme d'affaires. Le souci du tiroir-caisse prend le pas sur celui de présenter le chef nazi sous un profil avantageux.<br /> <br /> Il se permet d&#8217;arranger le texte quand, pour des raisons qui tiennent sans doute aux conditions acrobatiques de la prise de notes ou au caractère improvisé du discours, il n&#8217;est pas logique. Ainsi, dans la nuit du 1er au 2 décembre 1941, pour illustrer l&#8217;affirmation que la préservation de la vie individuelle a beaucoup moins d&#8217;importance que celle de l&#8217;espèce, Hitler aurait dit : « Eine Fliege legt Millionen Eier, die alle vergehen, aber : Die Fliegen bleiben ! », ce qui signifie littéralement : « Une mouche pond des millions d&#8217;&#339;ufs, qui tous périssent, mais : Les mouches restent ! ». Le raisonnement serait plus cohérent si le « tous » était nuancé d&#8217;un « presque ». Le mot « fast » s&#8217;est perdu quelque part : soit il n&#8217;a pas été prononcé, ou trop bas, soit le scribe l&#8217;a omis au moment de la prise de notes, ou encore il a été oublié lors de la dactylographie. Qu&#8217;à cela ne tienne, Genoud comble le trou : « Parmi les millions d&#8217;&#339;ufs que pond une mouche, bien peu arrivent à terme &#8211;et pourtant la race des mouches est florissante». <br /> On peut remarquer qu&#8217;en sus de l&#8217;ajout réparateur il donne à la phrase une tournure élégante, moyennant un supplément de mots et d&#8217;idées. Non seulement il s&#8217;éloigne de la simplicité avec laquelle l&#8217;orateur martèle une vérité pour lui essentielle, mais il introduit fâcheusement un mot clé du nazisme là où il n&#8217;a rien à faire. Les mouches ne forment pas une race mais une espèce et Hitler, qui se pique de biologie , est le dernier à confondre les deux termes. En définitive, je prends le parti de conserver la traduction littérale, en signalant par une note l&#8217;omission probable d&#8217;un mot.<br /> Souvent, comme un conteur en mal de pittoresque, Genoud brode. Ainsi écrit-il « La nuit au Berghof je reste souvent des heures les yeux ouverts à contempler de mon lit les montagnes éclairées par la lune. C&#8217;est à ces moments-là que la clarté se fait dans mon esprit. », alors que Hitler a simplement dit : « La nuit je regarde souvent les montagnes depuis ma chambre, et la clarté se fait. » Outre l&#8217;inconvénient du délayage, ce passage a celui de répercuter le préjugé d&#8217;un Hitler passant des heures au lit sans trouver le sommeil. Or le texte allemand ne dit pas qu&#8217;il est couché, le lit présumé pourrait être un meuble sur lequel il est assis et c&#8217;est même l&#8217;interprétation la plus plausible, puisque, lorsque Hitler se couchait pour dormir, un rideau ou un volet lui cachaient probablement le paysage. Surtout s&#8217;il y avait un puissant clair de lune.<br /> Par moments Genoud, en explicitant le texte, commet un lourd contresens, faute de connaître suffisamment l&#8217;histoire du nazisme ou de la comprendre. Ainsi, revenant sur l&#8217;importante cérémonie du 21 mars 1933 à Potsdam au beau milieu d&#8217;une tirade contre le christianisme , Hitler dit : « Wir sind an die Gräber gegangen, während die Männer des Staates in der Kirche waren. », ce qui signifie : « Nous sommes allés aux tombes pendant que les hommes de l&#8217;Etat étaient dans l&#8217;église. » Genoud complète sans vergogne : « Nous sommes allés directement aux tombeaux des rois alors que les autres se rendaient aux services religieux. » S&#8217;il avait pris la peine de se renseigner &#8211;ne serait-ce qu&#8217;en relisant la presse de l&#8217;époque ou les pages de son journal que Goebbels avait fait paraître en 1934-, il aurait compris que « les hommes de l&#8217;Etat » (que Genoud appelle « les autres » avec un souci de précision tout relatif), c&#8217;est-à-dire le président von Hindenburg et les ministres non nazis, alors fortement majoritaires, étaient bien rassemblés dans l&#8217;église protestante de la Garnison &#8230; mais les nazis également ! Toutes les autorités y étaient entrées ensemble au début de la cérémonie, Hitler et Göring marchant en tête avec Hindenburg. Le président et le chancelier ont alors prononcé chacun un discours. Quant aux offices religieux, ils avaient eu lieu avant, le matin. C&#8217;est sur les tombes de leurs propres martyrs (les SA berlinois tombés dans des bagarres) que Hitler et Goebbels s'étaient alors rendus. Les nazis, lors de la cérémonie officielle, inscrivent leur dictature dans le prolongement de la tradition prussienne et du Deuxième Reich bismarckien; lors du moment religieux, ils s&#8217;affichent « révolutionnaires » par le culte de leurs propres saints. Ici encore j&#8217;opte pour une traduction littérale, quitte à l&#8217;éclairer d&#8217;une courte note. <br /> Un autre contresens survient dans l&#8217;entrée du 25 janvier 1942, lorsque « Altreich », qui signifie l&#8217;Allemagne d&#8217;avant- guerre, est traduit par « Deuxième Reich ». Une erreur plus dommageable encore, défavorable à Hitler bien que Genoud par ailleurs l&#8217;admire, est commise dans l&#8217;entrée du 6 février 1942 lorsque il est dit que « chaque coup à l&#8217;Est » rapproche la reconnaissance par l&#8217;Angleterre de sa défaite. Genoud pense que l&#8217;expression désigne les coups allemands dans la campagne de Russie (alors bien peu efficaces !), et le précise dans le corps du texte, sans signaler cette interpolation. Hélas il s&#8217;agit, deux mois après Pearl Harbor, des croupières que le Japon taille à la puissance britannique en Asie. <br /> Un dernier exemple d&#8217;erreur flagrante nous est fourni le 4 puis le 28 février. Genoud, s&#8217;il révère Hitler, connaît beaucoup moins bien que lui Richard Wagner et sa famille : la « Frau Wagner » qui apporte des fleurs à son révéré Führer dans une villa de Bayreuth en 1925 est bien entendu Winifred, la bru du compositeur, et non sa veuve Cosima, bientôt nonagénaire, qui ne quitte plus la demeure familiale. Or le traduttore, moltissimo traditore, a sans état d&#8217;âme rendu « Frau » par « Cosima ».<br /> Au chapitre des contresens encore, un propos de la nuit du 21 au 22 juillet 1941, caractéristique de la religion raciste de l&#8217;orateur et de son caractère profondément irrationnel, se mue quasiment en son contraire. « Les tribus à l&#8217;époque des grandes migrations, écrit Genoud, furent le produit de brassages incessants » alors que précisément pour Hitler les « sangs » ne se mélangeaient pas ! « Il faut voir ces tribus comme des superpositions (Überlagerungen) », dit-il, et la substitution de l&#8217;idée d&#8217;un « brassage » à celle d&#8217;une juxtaposition dénature gravement le propos.<br /> Le 18 décembre 1941, Genoud brode et se trompe à la fois au sujet d&#8217;une autre question fondamentale, l&#8217;attitude de Hitler par rapport à la Grande-Bretagne. Il dit qu&#8217;il avait coutume d&#8217;avertir, pendant les années trente, ses interlocuteurs anglais du risque qu&#8217;une guerre en Europe leur coûte leurs possessions d&#8217;Asie orientale, et se heurtait à une attitude arrogante : « Da waren die Herren ganz hochnäsig » (Ces messieurs se montraient alors tout à fait arrogants). Chez Genoud cela donne : « Ils ne répondaient pas mais ils prenaient des airs supérieurs. Ils s&#8217;y entendent dans l&#8217;art d&#8217;être arrogants ! » On se représente malaisément une arrogance manifestée par une absence de réponse, et on voit mal un représentant britannique, tel l&#8217;ambassadeur Henderson, se murer dans un silence méprisant quand un chef d&#8217;Etat étranger exprime un avis. Un diplomate reçu par un dirigeant politique, lorsqu&#8217;il ne juge opportun ni de le contredire, ni d&#8217;abonder dans son sens, déclare qu&#8217;il va rendre compte à son gouvernement. Genoud a beau être un nostalgique du nazisme, il alimente ici la légende d&#8217;un Hitler antibritannique, et primaire dans sa façon de l&#8217;être. Mais surtout on perd, par le délayage et la banalisation de la pensée, l&#8217;indignation contenue et l&#8217;angoisse naissante de celui qui, dix jours après la surprise de Pearl Harbor et au lendemain de l&#8217;écrasante victoire japonaise contre les cuirassés britanniques Repulse et Prince of Wales, voit s&#8217;éloigner plus encore son rêve d&#8217;une alliance « aryenne » millénaire avec la Grande-Bretagne et se trouve contraint de jouer contre elle la carte japonaise. Il tente par ce propos de faire croire qu&#8217;il n&#8217;y est pour rien et que la faute en incombe tout entière à la partie britannique dominée par la « Juiverie », provisoirement espère-t-il. <br /> Quand Genoud ne brode pas, souvent il raccourcit. Nombre de passages un peu compliqués sont survolés et beaucoup de détails gommés. Il est vrai que, de propos certainement délibéré, il évite toute note de bas de page, par deux recettes originales : certaines précisions sont intégrées dans le corps du texte sans que rien ne signale ces interpolations, tandis que des faits ou des personnages qu&#8217;il juge secondaires, ou sur lesquels il n&#8217;a pas envie de chercher des éclaircissements, passent à la trappe.<br /> Autre entorse aux règles universellement admises, Genoud est loin de traduire les mêmes mots de la même façon. Ainsi, le 6 février 1942, Hitler dit pareillement à quelques lignes d&#8217;intervalle que la France et l&#8217;Angleterre ont été entraînées vers la guerre par « une toute petite bande » (ein ganz kleiner Haufen). Le « tout petit gang » de Genoud dans la phrase sur la France est simplement omis dans celle sur l&#8217;Angleterre, sans doute par un souci de légèreté. La perte est importante : Hitler, lui, ne craint pas de marteler sous une forme identique ses idées de base. Je rends au texte son caractère oral en respectant, et les incohérences normales résultant de l&#8217;improvisation, et les lourdeurs induites par les obsessions hitlériennes.<br /> Il est parfois difficile de déterminer dans quelle mesure les raccourcis de Genoud et ses ajouts ont pour but de présenter au public francophone un texte fluide, et dans quelle mesure ils visent à polir la statue d&#8217;un auteur qui est pour lui un héros. C&#8217;est ainsi que, le 28 décembre 1941, Hitler se mêle de physique nucléaire en confondant les noyaux des atomes avec leurs électrons : c&#8217;est le nombre des noyaux qui différencierait les éléments. Genoud, consciemment ou non, gomme la faute en fondant les deux termes dans un troisième, celui de molécule ! Pour nous au contraire il importe de traduire exactement, de relever l&#8217;erreur et d&#8217;en tirer éventuellement des conséquences.<br /> Parfois aussi on trouve des fantaisies gratuites, ainsi le 17 janvier 1942, quand Hitler résume un article américain : une phrase se retrouve tout à coup entre guillemets comme s&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;une citation littérale, alors qu&#8217;il n&#8217;y a aucun guillemet dans l&#8217;original . Une autre fois (dans la nuit du 3 au 4 février 1942), il situe à Berneck (à 13 km de Bayreuth) un restaurant proche du palais des festivals, comme tout le contexte invite à le penser. <br /> Mais parfois les ajouts embellissent l&#8217;orateur sur des points fondamentaux, et peu importe si la tromperie est consciente ou si elle procède seulement d&#8217;un aveuglement dû à l&#8217;admiration. Le 22 janvier 1942 par exemple, Hitler parle du chien qu&#8217;il avait adopté pendant la guerre. On sait que dans Mein Kampf, sans mentir à proprement parler, il laissait entendre qu&#8217;il avait servi en première ligne, dans les tranchées&#8230; alors qu&#8217;il était estafette régimentaire et, à ce titre, s&#8217;approchait rarement à moins de trois kilomètres du front. Ce qui était d&#8217;ailleurs plus pratique pour se charger d&#8217;un chien. Ici encore, il recourt à des termes vagues comme « se porter en avant »&#8230; et Genoud parle de « première ligne » ; mieux : « tout le monde l&#8217;aimait », dit Hitler de son animal, et Genoud complète : « dans la tranchée » !<br /> Il aime le nazisme, sans doute, mais le comprend assez mal. Il n&#8217;y voit semble-t-il qu&#8217;une dictature anticommuniste rigide et musclée, certes d&#8217;une efficacité hors pair mais bâtie suivant les mêmes principes que ses consoeurs. On ne s&#8217;en rend nulle part mieux compte que dans sa traduction d&#8217;une phrase sur la SS, disant (le 3 janvier 1941) qu&#8217;elle doit attirer « wie ein Magnet alle, die zu ihr gehören » : comme un aimant tous ceux qui lui appartiennent. En écrivant « tous les hommes d&#8217;élite », Genoud fait de Hitler et du chef SS Himmler de banals chasseurs de têtes. Or la phrase a une portée tout autre : les SS, avant d&#8217;entrer dans l&#8217;organisation, en sont déjà virtuellement membres. C&#8217;est une élite prédestinée : la couche naturellement dominante de la race naturellement supérieure, qu&#8217;il s&#8217;agit moins de former que de dépister, de rassembler et d&#8217;organiser.<br /> Ailleurs, notre Romand semble à court d&#8217;argot, français et allemand : ainsi (entrée du 15 janvier 1942), le mot « Protektion », qui désigne le favoritisme et pourrait se traduire par « piston » ou « copinage », devient frileusement « protections », au pluriel.<br /> <br /> Dans tous les cas ci-dessus, la traduction anglaise de 1953 , signée « Norman Cameron and R.H. Stevens », est d&#8217;un faible secours car elle épouse fidèlement les travers de l&#8217;édition française, parue l&#8217;année précédente. Elle va jusqu&#8217;à reproduire de grossières fautes de frappe ou de transcription . On comprend pourquoi en lisant la biographie de Genoud publiée en 1997 par Pierre Péan. Il nous dit que Stevens était venu en Suisse pour travailler avec Genoud, et que ce dernier avait des démêlés judiciaires avec l&#8217;éditeur, allemand, des notes conservées par Henry Picker, d&#8217;où deux conséquences particulièrement dommageables : pour conserver en tout état de cause les bénéfices de l&#8217;édition anglaise et la part de ceux-ci revenant à Genoud, elle se présentait officiellement comme une traduction de l&#8217;édition française, dont elle ne pouvait donc trop s&#8217;écarter ; le travail avait été mené rapidement, des deux côtés de la Manche , pour couper l&#8217;herbe sous le pied d&#8217;une traduction française ou anglaise (qui finalement ne vit pas le jour) de l&#8217;édition Picker.<br /> En définitive, quelles que soient les préoccupations exactes de Genoud, il apparaît que son travail<br /> -est plus soucieux de lisibilité que d&#8217;exactitude ;<br /> -se dispense de notes explicatives mais les remplace en partie par des gloses insérées dans le corps du texte sans être signalées, à moins qu&#8217;il ne saute purement et simplement des passages compliqués ;<br /> -est passé quasiment tel quel dans la version anglaise.<br /> <br /> <br /> <br /> ________________<br /> <br /> (1) A la lecture de ceci, Gilles Karmasyn signale sur Facebook <a href="https://www.facebook.com/groups/StudyOfNS/">https://www.facebook.com/groups/StudyOfNS/</a> une exception : <br /> German Studies Association<br /> "Hitler's Table Talk": Troubling Finds<br /> Author(s): <br /> Richard C. Carrier<br /> Reviewed work(s):<br /> Source: <br /> German Studies Review, <br /> Vol. 26, No. 3 (Oct., 2003), pp. 561-576<br /> En ligne : <a href="https://media.8ch.net/pdfs/src/1429265963793.pdf">https://media.8ch.net/pdfs/src/1429265963793.pdf</a><br /> <br /> Gilles lui-même a répercuté certaines données de cet article, effectivement centré sur les carences de Genoud et leurs métastases anglo-saxonnes, dans son site anti-négationniste PHDN : <a href="http://phdn.org/histgen/hitler/declarations.html#note20">http://phdn.org/histgen/hitler/declarations.html#note20</a> .<br /> <br /> L'article de Carrier comporte des imperfections que j'ai ainsi résumées sur Facebook :<br /> <br /> <br /> -il ignore que Genoud a publié un deuxième tome, qui comme le livre de Jochmann se termine en 1944;<br /> <br /> - il n'a pas compris que les différentes éditions Picker ne contenaient, des notes de Heim, qu'une sélection, ce qui explique des omissions auxquelles il cherche des explications tarabiscotées.<br /> <br /> Contrairement à Carrier, je pense que Genoud est surtout léger et, pour des raisons plus commerciales qu'idéologiques, abusivement simplificateur. Je ne crois pas du tout qu'il cherche à faire passer Hitler pour un athée (au lieu d'un mixte d'agnostique et de providentialiste). Inversement, contrairement à Carrier, je constate chez Hitler une sévérité extrême (et non partielle) à l'égard du christianisme.<br /> <br /> _______________________________________________________________<br /> <br /> <br /> En résumé : Genoud, qui de Jochmann n'arrive pas à la cheville, se détourne pudiquement des mots laids, incite à se taper sur les cuisses et ne mérite qu'une bonne fessée.<br /> <br /> <strong><span style="text-decoration: underline;"><br /> =======================================================================================================================</span></strong><br /> <br /> <strong><span style="text-decoration: underline;"><br /> <span style="font-size: 17px;">Un dossier de la revue <em>L'Histoire</em></span></span></strong><br /> <br /> <a href="http://www.delpla.org/site/upload/2016_01_26_1206_l_histoire.pdf">2016-01-26~1206@L_HISTOIRE.pdf</a><br /> <br /> <br /> <br /> <strong><span style="text-decoration: underline;"><span style="font-size: 14px;">Commentaire </span></span></strong><br /> <br /> le présent livre est, compte tenu de la place allouée au rédacteur, très convenablement résumé :<br /> <br /> <em>Cette année 2016 est aussi celle de la publication en français, aux éditions du Nouveau Monde, du premier tome des Propos intimes et politiques. Il s'agit de notes prises au quartier général d'Adolf Hitler entre 1941 et 1944 qui rendent compte des propos d'un homme en perpétuel représentation. François Delpla, historien spécialiste du nazisme et notamment auteur d'Une histoire du IIIe Reich (Perrin, 2014), en a assuré la nouvelle traduction et l'édition critique. Il y prend au sérieux et contextualise ce qui a longtemps été perçu comme des divagations. </em><br /> <br /> La très longue interview de Christian Ingrao vaut également la lecture, tant elle est indulgente pour les rares historiens qui ont pris fait et cause contre la réédition de <em>Mein Kampf</em> et tant elle embrasse une portion réduite de la matière de ce livre de fou. Au fond, qui craint le grand méchant loup ? Avant tout une école historiographique, qui s'est baptisée elle-même fonctionnaliste et s'est construit un punching-ball sur mesures,qu'elle a nommé intentionnalisme.<br /> <br /> Le fonctionnalisme a pour principe de faire découler au maximum les décisions du gouvernement allemand, entre 1933 et 1945, des nécessités créées au jour le jour par la situation. Et si d'aventure des lubies de dirigeants sont mises à contribution, il devra s'agir le moins possible du premier d'entre eux. Il y a dans ce dossier un fait révélateur : d'ordinaire, depuis une vingtaine d'années, toute tentative de critiquer le fonctionnalisme se heurte à l'affirmation que "la querelle est dépassée" car une génération nouvelle (celle de Kershaw, Burrin et Browning notamment) est arrivée à une vision plus équilibrée de l'intention et de la fonction. Or ici, pas du tout ! Tandis que le fonctionnalisme retrouve tout son lustre, le prétendu intentionnalisme redevient le mal absolu. Ingrao instruit l'affaire à partir du débat soulevé en France, en octobre dernier, par une tribune de Jean-Luc Mélenchon :<br /> <em><br /> Ce que cette réaction nous montre, c'est qu'une grande partie des élites cultivées françaises et européennes projettent encore sur le livre de Hitler une aura sombre de subversivité tres caractéristique de I école intentionnaliste aujourd'hui complètement dépassée (cf p 16).</em><br /> <br /> La page 16 en question abrite un encadré péremptoire :<br /> <br /> <em><strong><span style="text-decoration: underline;">Fonctionnalistes vs intentionnalistes</span></strong><br /> Ces termes désignent les deux grands courants historiographiques nés dans les années 1970 pour expliquer le nazisme Pour les intentionnalistes, Hitler est a l'origine de toutes les décisions,<br /> sans exception, qui permettent la mise en application du programme qu'il a lui-même conçu Pour les fonctionnalistes, au contraire, Hitler ne fait que fixer des objectifs encore relativement imprécis,<br /> même s'ils sont radicaux. Les réseaux de pouvoir qui, au sein de l'État et du parti, se disputent la faveur de Hitler pratiquent une surenchère de plus en plus exterminatrice et réalisent ainsi « la volonté<br /> du Führer ». Cela pose aussi la question de la Shoah, prévue dès le début, ou « improvisée » en fonction des circonstances de la guerre.</em><br /> <br /> Ainsi, si le fonctionnalisme n'est pas directement encensé, il l'est par contraste, n'étant pas, lui, dépassé, fût-ce incomplètement.<br /> <br /> LES PEURS DE CHRISTIAN INGRAO SONT DONC COUSINES DE CELLES DE JOHANN CHAPOUTOT même si leurs conclusions diffèrent sur le point en débat (la réédition de MK, que Chapoutot voudraitcirconscrire à Internet). Dans les deux cas, c'est bien une régression vers l'"hitléro-centrisme"qui est crainte.<br /> <br /> Or, à supposer que quelqu'un ait un jour exagéré le poids de Hitler dans son propre régime, en quoi une attention renouvelée à ses écrits serait-elle de nature à ressusciter une telle erreur ? Ne permet-elle pas bien plutôt, si vraiment il y a un écart entre les intentions proclamées et les actes, de le constater ? Un fonctionnaliste allemand nommé Norbert Frei, interviewé le 11 janvier par la<em> Süddeutsche Zeitung</em> <a href="http://www.sueddeutsche.de/politik/erforschung-des-nationalsozialismus-hitler-biografien-haben-wir-genug-1.2813818">http://www.sueddeutsche.de/politik/erforschung-des-nationalsozialismus-hitler-biografien-haben-wir-genug-1.2813818</a> , n'es pas du tout de cet avis :<br /> <br /> <em><strong>Skeptiker hatten ja befürchtet, ein solches Projekt könne einen "Hitler-Zentrismus" fördern, also den Blick auf Strukturen und Mittäter des NS-Regimes vernachlässigen.</strong><br /> <br /> Diese Gefahr sehe ich nicht. Mit der längst überfälligen kommentierten Ausgabe von "Mein Kampf" hat die kritische Edition der Reden, Schriften und Anordnungen Hitlers, mit der das IfZ ja schon in den 1980er-Jahren begonnen hatte, ihren Abschluss gefunden. Jetzt gibt es einen ebenso erstaunlichen wie sicherlich vorübergehenden Hype um das Buch, aber das wird unseren Blick ganz gewiss nicht wieder verengen - etwa zurück zu den Fünfzigerjahren, als der "Führer" und sein engstes Umfeld für alle Schrecken verantwortlich gemacht wurden und sich alle übrigen für unschuldig erklärten.</em><br /> <br /> (Des sceptiques se sont inquiétés qu'un tel projet puisse favoriser un "hitléro-centrisme", au détriment de l'attention aux structures du régime nazi et à ses collaborateurs / Je ne vois pas un tel danger. L'édition commentée longtemps attendue de Mein Kampf n'est que le point final de l'édition critique des "Discours, écrits et directives de Hitler" à laquelle l'Institut d'histoire contemporaine avait commencé à travailler dès les années 1980. Il y a aujourd'hui un engouement aussi étonnant que provisoire autour du livre, mais cela ne va certainement pas rendre notre regard de nouveau plus étroit -comme si on en revenait aux années 1950, lorsque le Führer et son entourage immédiat étaient rendus responsables de toutes les terreurs et que tous les autres se déclaraient innocents.)<br /> <br /> Conclusion provisoire<br /> <br /> <br /> Il convient hélas de rappeler :<br /> <br /> -que si on trouve l'histoire trop pleine de bruit et de fureur, il existe des passe-temps moins perturbants;<br /> <br /> -que plus on trouve un personnage inquiétant, plus il serait logique de chercher à le comprendre à travers ses écrits;<br /> <br /> -que si de surcroît il est fourbe et secret, à la passion de comprendre le lien entre les paroles et les actes s'ajoute la joie de dépister, par la lecture minutieuse de ses proses et l'écoute attentive de ses paroles, les moments où il cesse d'être sincère pour commencer à tromper son monde. Wed, 27 Jan 2016 21:46:01 +0100 Présentation générale http://www.delpla.org/site/articles/articles-8-81+presentation-generale.php http://www.delpla.org/site/articles/articles-8-81+presentation-generale.php <span style="font-size: 17px;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Ma bibliographie par ordre chronologique des sujets</span></strong></span><br /> <br /> <a href="http://www.idref.fr/02998369X">Notice IdRef</a><br /> <br /> <br /> <br /> 1889<br /> <br /> <em>Hitler</em> (champ couvert : 1889 à nos jours)<br /> <em>Dictionnaire du monde germanique</em> (deux articles sur Hitler)<br /> <br /> <br /> 1907<br /> <em><br /> Les Tentatrices du diable / Hitler, la part des femmes</em> (champ couvert : 1907 à 1945)<br /> <br /> <br /> 1919<br /> <br /> <em>L'individu dans l'histoire du nazisme / Variations sur l'arbre et la forêt </em>(champ couvert : 1919 à nos jours)<br /> <br /> <br /> 1930<br /> <br /> <em>Churchill et Hitler</em>(champ couvert : 1930 à 1945)<br /> <br /> <br /> 1929<br /> <br /> <em>Hitler 30 janvier 1933 / La véritable histoire</em> (champ couvert : 1929 à 1933)<br /> <br /> <br /> 1933<br /> <br /> <em>Une histoire du Troisième Reich</em> (champ couvert : 1933 à 1945)<br /> <em>Qui a tué Georges Mandel ?</em> (champ couvert : 1933 à 1944)<br /> <br /> <br /> 1939<br /> <br /> <em>Les Papiers secrets du général Doumenc</em> (champ couvert : 1939 à 1940)<br /> <em>Churchill et les Français</em> (champ couvert : 1939 à 1940)<br /> <br /> <br /> 1940<br /> <em><br /> La Face cachée de 1940 / Comment Churchill réussit à prolonger la partie</em> (champ couvert : mars à novembre 1940)<br /> <em>La Ruse nazie</em> (champ couvert : mai 1940)<br /> <em>L'Appel du 18 juin 1940</em> (champ couvert : juin-juillet 1940)<br /> <em>Mers el-Kébir </em>(champ couvert : juin-juillet 1940)<br /> <em>Montoire </em>(champ couvert : juin à novembre 1940)<br /> <br /> <br /> 1943<br /> <br /> <em>La Libération de la France</em> (champ couvert : 1943 à 1946)<br /> <em>Ils ont libéré la France</em> (champ couvert : 1943 à nos jours)<br /> <br /> <br /> 1954<br /> <br /> <em>Un tragique malentendu / De Gaulle et l'Algérie</em> (champ couvert : 1954 à 1962) Sat, 07 Mar 2015 18:43:01 +0100 Petit dictionnaire énervé de la SGM http://www.delpla.org/site/articles/articles-8-60+petit-dictionnaire-enerve-de-la-sgm.php http://www.delpla.org/site/articles/articles-8-60+petit-dictionnaire-enerve-de-la-sgm.php <strong><span style="text-decoration: underline;">Une écriture à rebrousse-poil</span></strong><br /> <br /> Recension parue dans <br /> <em> L'Express de Toronto</em><br /> <br /> Par Paul-François Sylvestre &#8211; Semaine du 12 avril au 18 avril 2011<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> Sujet de passion par excellence, la Seconde Guerre mondiale cultive les mythes, les polémiques et les affrontements entre historiens réputés et simples passionnés d&#8217;histoire. François Delpla figure dans le premier groupe et il vient de publier un Petit dictionnaire énervé de la Seconde Guerre mondiale où il passe en revue les acteurs clés et les moments charnières de cette période. Son regard intransigeant et sa capacité d&#8217;écrire à rebrousse-poil donnent une relief particulier à son ouvrage.<br /> <br /> Les articles de ce dictionnaire ont, en moyenne, entre une et trois pages. En prenant la forme de programmes de recherche, ils rappellent les acquis, dissipent les préjugés et balisent le probable comme le possible. Parmi les entrées: Appel, Débarquement, Hitler, Gestapo, Kamikaze, Nuremberg, Pétain, Reich, Schindler, De Gaulle, Churchill, Auschwitz, Eva Braun, Pearl Harbor, Suisse, Staline, Pie XII, Richard Wagner&#8230;<br /> <br /> Pour vous donner une idée du ton qui anime ce Petit dictionnaire énervé, j&#8217;ai choisi une dizaine de noms et pour chacun d&#8217;eux j&#8217;ai extrait une ou deux phrases. Vous constaterez que, avec la force des mots et la précision des faits, la Seconde Guerre mondiale devient un sujet de rêve pour la collection des petits dictionnaires énervés&#8230;<br /> <br /> Churchill, Winston &#8211; L&#8217;immense majorité des proses le concernant réduisent son mérite au fait d&#8217;avoir maintenu l&#8217;Angleterre en guerre après la chute de la France. Mais c&#8217;est jusqu&#8217;au bout qu&#8217;il montra le chemin, parce que les voies de garage restaient nombreuses et tentatrices.<br /> <br /> Hiroshima et Nagasaki &#8211; Deux villes qui sont un bluff: les Américains font mine de pouvoir détruire une à une les métropoles japonaises, y compris Tokyo, alors que la quatrième bombe ne pourrait être produite avant plusieurs mois. Mais l&#8217;effet recherché est atteint: après avoir dénoncé la barbaries d&#8217;Hiroshima, le gouvernement japonais cède au lendemain de la destruction de Nagasaki et l&#8217;empereur parle à la radio, chose inédite, pour engager ses sujets à supporter l&#8217;insupportable.<br /> <br /> Hitler, Adolf &#8211; Cet Autrichien de modeste extraction, exilé à Munich et entré en politique au cours de l&#8217;année 1919, qui était sa trentième, a dû ses succès pour une part à son talent et pour une autre, sans doute plus importante, à la cécité du monde devant ce talent.<br /> <br /> Japon &#8211; Une question passionnante, et encore dans l&#8217;enfance, est celle du degré d&#8217;influence du nazisme sur le régime japonais. Une criminalité de type raciste s&#8217;installe, et un mépris de la vie humaine qui n&#8217;a rien à envier à celui du gouvernement allemand, débouchant même sur une guerre bactériologique inconnus en Europe.<br /> <br /> Jeux olympiques &#8211; Le parcours de la flamme olympique est une invention nazie, et probablement hitlérienne, tant elle coïncide avec les goûts du Führer pour le feu d&#8217;une part, omniprésent dans les cérémonies, pour la Grèce antique d&#8217;autre part, symbole de l&#8217;humanité virile et esclavagiste qu&#8217;il entendait promouvoir sur les ruines de deux milles ans de christianisme.<br /> <br /> Procès de Nuremberg &#8211; Curieusement, un grand nombre de gens qui avaient pris une part déterminante à la défaite du nazisme furent soit indifférent (de Gaulle), soit activement hostiles (Churchill) à ce procès, qui n&#8217;aurait jamais eu lieu sans la persévérance d&#8217;un clan américain.<br /> <br /> Société des Nations (faillite de la) &#8211; Il est de bon ton de railler l&#8217;institution de Genève. Elle n&#8217;aurait accouché dans les années 20 que d&#8217;idéalistes palabres et ensuite, quand on avait besoin d&#8217;elle pour faire face aux conséquences de la crise de 1929 et de la nazification, elle aurait étalé son impuissance.<br /> <br /> Staline, Joseph &#8211; Comme chef de guerre, une fois que Hitler l&#8217;a contraint à entrer dans l&#8217;arène, Staline est à mi-chemin entre Roosevelt et Churchill: le premier nommé ne se pique pas de stratégie et laisse faire ses généraux, tandis que le second se mêle constamment des opérations. Staline laisse aux siens la direction stratégique, mais les assiste de vigilants commissaires politiques pour éviter qu&#8217;au jour de la victoire leur prestige éclipse le sien.<br /> <br /> Historien spécialisé de la Seconde Guerre mondiale, François Delpla est l&#8217;auteur d&#8217;une quinzaine d&#8217;ouvrages, dont la seule biographie française d&#8217;Hitler. Il a depuis de nombreuses années pris à bras le corps un certain nombre de points obscurs ou faussement considérés comme clairs de cette période clé de notre histoire contemporaine. On lui doit, entre autres, Churchill et les Français, La Ruse nazie et Nuremberg face à l&#8217;Histoire.<br /> <br /> François Delpla, Petit dictionnaire énervé de la Seconde Guerre mondiale, Paris, Éditions de l&#8217;Opportun, 2010, 224 pages, 24,95 $. Thu, 13 Nov 2014 20:13:06 +0100