Visite guidée . prof . TV . Editos . Bio/chro/info . FDlivres . Articles/docs . Blabla . Lu . Lettres . Forum .
Abonnement
Rechercher
Plan
Accueil
Contact
Liens


Bienvenue sur www.delpla.org, le site de l'historien François Delpla.

EDITORIAL, publié le mardi 2 juin 2009

Pour une histoire de la Milice


NOUVELLE ADRESSE E-MAIL : francoisdelplaNOSPAM@sfr.fr (dysfonctionnement grave de fdelpla@club-internet.fr)

à propos de l’auteur (in english also)

édito précédent

 :

Village du Livre fête de l’Humanité 14 septembre 2008 / Photo Isabelle Langerome - 154.4 ko

 :

L’histoire de Vichy a fait de gros progrès depuis une quarantaine d’années mais celle de la Milice n’a pas suivi. Il n’y a toujours que deux livres, qui ont le mérite d’exister mais restent bien partiels et approximatifs, de Delperrié de Bayac dans les années 60 et de Pierre Giolitto dans les années 90.

Les Allemands avaient bien des raisons de trouver la collaboration, de la part des Français, fort peu naturelle. Venus en intrus et en pillards sur le territoire de l’ennemi héréditaire, ils devaient s’attendre à ce que celui-ci résiste, et toute offre de services avait de quoi éveiller leur méfiance. Mais en même temps, ils en avaient grand besoin ! Au début de l’Occupation, parce qu’ils ne voulaient pas quadriller le pays avec beaucoup de troupes. A la fin, parce qu’ils ne le pouvaient pas.

La perspective du débarquement, fin 1943, chauffe au rouge les contradictions. Pour encadrer la police française, les Allemands obtiennent le départ de Bousquet, certes servile, mais encore un peu distant, au profit du chef milicien Darnand qui, lui, s’est engagé dans les Waffen-SS et a prêté en conséquence serment d’allégeance au Führer. Pour autant, la Milice reste peu présente en zone nord et peu armée : elle est toujours tenue à distance. Jusqu’au bout, Hitler ne veut pas d’un Vichy trop fort qui, pense-t-il, ne pourrait que se retourner contre lui en pleine bataille si celle-ci tournait mal, comme les Saxons contre Napoléon à Leipzig.

Une fois l’occupant chassé et le milicien pourchassé, l’heure n’est pas à l’histoire ! On va avoir d’un côté une vision subjective, attachée à montrer que ces gens croyaient bien faire et n’étaient pas des traîtres ni des pro-allemands, avaient seulement peur des communistes, pensaient que de Gaulle ne saurait pas les contenir etc. ; et de l’autre une vision objective, ce qui ne veut pas dire équitable, qui sous couleur de s’en tenir aux faits s’attache aux apparences : ils ont agi avec l’ennemi et ont lutté, fût-ce de façon impuissante, contre la libération du pays.

Il n’y a d’histoire que quand on dépasse un tel débat binaire : il importe de tresser ensemble le subjectif et l’objectif. Il ne faut donc pas avoir peur de compliquer les choses et de reconnaître que la Milice oscillait entre deux pôles (une attitude résolument tricolore, pro-allemande par opportunisme, et une vision "européenne", voyant les Français comme des Aryens et reconnaissant sincèrement le Führer comme le chef d’une Europe assiégée de toutes parts), avec une infinité de nuances suivant les endroits et les moments (sans parler des purs truands éloignés de toute préoccupation nationale ou politique).

Surtout -et là-dessus toute l’histoire de Vichy est à la traîne- il faut faire une place importante au maître allemand et à ses manoeuvres.

La mort de Georges Mandel est un cas d’école : cet homme politique d’origine juive est détenu en Allemagne par les SS et ce pays le tient pour un de ses adversaires les plus irréductibles. Il ne peut certes franchir la frontière sans escorte ni visa, et celui-ci ne peut guère être décerné que par le chef du Reich en personne. Mais en même temps sa mort, présentée comme une réaction virile du gouvernement de Vichy aux exécutions de la Résistance et notamment à celle du ministre milicien Philippe Henriot, n’est pas l’unique but des nazis, sans quoi ils le trucideraient chez eux. Il s’agit donc bien de compromettre Pétain, de le montrer soumis et de renforcer cette soumission. Pour cela, on imagine (à quel niveau on ne sait pas, on ne voit que le résultat) d’obliger Vichy à incarcérer Mandel quelques heures à la Santé, de l’en faire extraire par le bras droit de Darnand en zone nord (Knipping) puis de le reprendre aussitôt en mains miliciennes en apparence, mais bel et bien allemandes : le commando dirigé nominalement par Frechou et comportant le tueur Mansuy est dirigé en fait, jusqu’à quelques mètres de la scène du crime, par le chef adjoint du Sipo-SD en France, Julius Schmidt.

Peu auparavant, Abetz avait annoncé à Laval la "remise à la France" non pas d’un homme politique détenu en Allemagne, mais de trois, Mandel, Reynaud et Blum : l’assassinat de Mandel prétendument par la Milice (et Darnand laisse dire, sans quoi il se dresserait contre l’occupant et ne serait plus milicien...) est aussi une façon de pousser Pétain au bord de la démission, sans pour autant qu’il passe à l’acte, ce qui serait très mauvais pour l’occupant après un mois d’implantation des libérateurs en Normandie. Il est prévenu que sa démission signerait l’arrêt de mort de Reynaud et de Blum alors qu’en restant un pseudo-chef d’Etat il s’imagine, une fois de plus, dans un rôle de sauveur.

A l’heure où ces lignes sont écrites, le premier livre jamais paru sur la mort de Mandel fait l’objet, à côté de critiques élogieuses, de deux rejets hystériques, malheureusement représentatifs, d’un ancien enseignant de Sciences-Po Paris qui n’hésite pas à se réclamer de cette institution et surtout du critique de la FNDIRP dans son mensuel Le Patriote résistant.

Ces blocages sont des symptômes. Leur prolongation serait une agonie !

Montigny, le 2 juin 2009

PS (10 juin) .- L’ambiance de la Libération devrait faire elle-même, et fait encore trop rarement, l’objet d’un regard historique, montrant qu’on ne pouvait pas ne pas entreprendre de poursuites, mais que leur résultat n’engage pas l’historien, qu’il soit -ce résultat- sévère ou indulgent. Or cette ambiance n’a pas seulement produit, outre des jugements motivés de façon convaincante, un certain nombre condamnations pour simple appartenance à la Milice sans examen des actes commis -ou non commis- ni des motivations. Cette ambiance a également fait de la Milice un fourre-tout explicatif : on lui a mis automatiquement sur le dos un certain nombre de violences mal élucidées, émanant par exemple des doriotistes -tout comme on a exempté ceux-ci de l’assassinat de Marx Dormoy en chargeant la Cagoule pour une fois innocente, ainsi que je le montre dans le livre.

 

Le dernier livre de l’auteur
en librairie le 3 septembre 2008

UNE CRITIQUE DESESPEREMENT ARRIMEE AU PASSE

Le fonctionnalisme fait de la résistance !

la même sur le présent site

"Qui a tué Georges Mandel ?"

La réponse classique est : la Milice, pour venger Philippe Henriot exécuté dix jours plus tôt par la Résistance. Or Mandel, ancien ministre de premier plan, juif, patriote et antinazi, était prisonnier en Allemagne et Hitler ou Himmler ne passent pas pour avoir été aux ordres du chef milicien Darnand. Il est clair, en outre, non seulement que Darnand n’a rien demandé, mais qu’il n’a nullement dirigé les opérations, pas plus qu’aucun notable de la Milice.

Il faut donc reprendre l’enquête à zéro. Elle nous mène non seulement dans les hautes sphères du pouvoir nazi et au coeur de l’antisémitisme exterminateur de Hitler, mais nous ramène aux jours terribles de l’été 1940 et des premiers pas du régime de Vichy. Mandel est un otage dont la direction nazie règle le sort au jour le jour pour s’assurer de la docilité de Pétain, son assassinat (gros de la menace de ceux de Blum et de Reynaud) étant à cet égard d’un rendement maximum, au lendemain du débarquement de Normandie. Le diagnostic repose sur une moisson de pièces inédites.

 :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: ::

DE PLUS AMPLES DéTAILS





une traduction et une préface en vente depuis le 8 avril 2009

 

du nouveau sur la "liste de Schindler"





. . . .

Lignes directrices et principaux résultats à ce jour de mon travail :


-  le nazisme, une entreprise inhumaine et folle, a failli connaître à la fin de mai 1940 un succès durable, par une paix anglo-franco-allemande qui aurait laissé au Reich les mains libres pour la colonisation de l’Ukraine et la satellisation de toute l’Europe de l’est.

-  pour arriver à ce quasi-triomphe, Hitler a principalement joué de la sous-estimation de lui-même par les dirigeants politiques des autres pays.

-  comme certains d’entre eux, et non des moindres, étaient encore au pouvoir à la fin du conflit ou à l’approche immédiate de celle-ci (notamment Staline et Roosevelt, ainsi que Pie XII), peu de gens et de régimes avaient intérêt à une histoire sincère et scientifique des années 1930 et du déclenchement de la guerre. On préféra s’accuser mutuellement de lâcheté et de noirs desseins plutôt que de reconnaître qu’un maître illusionniste avait roulé presque tout le monde.

-  jouait dans le même sens l’arrivée de Churchill à la barre de l’Angleterre, par hasard, le jour même de l’offensive que Hitler espérait finale (10 mai 1940). Niant alors, pour rester au pouvoir et en guerre, l’existence d’un fort courant favorable à la paix, il n’allait pas lâcher en 1945, ou un peu plus tard dans ses mémoires, des informations propres à déstabiliser le parti conservateur et à brouiller l’image de la nation qui avait montré le chemin de la résistance.

-  l’empreinte énorme du régime hitlérien sur le monde actuel rend urgente une meilleure compréhension de ces questions.

pages du site en relation avec ces différents points

principales affirmations réfutées

(liste adressée aux abonnés sous une forme piscicole le 1er avril 2009)

J’abjure tout et je reconnais (entre autres)

*que Hitler était un imbécile sauf quand il traitait Churchill d’ivrogne après Mers el-Kébir ;

*qu’il avait pour toute passion la destruction, voulait conquérir le monde et ne savait pas s’arrêter ;

*que Paul Reynaud était de la trempe de Clemenceau mais choisissait mal son entourage et était malencontreusement tombé dans les griffes d’une sirène fascisante ;

*que l’appel du 18 juin était passé à la BBC comme une lettre à la poste sans même une discussion sur son contenu ;

*que les Aubrac détestaient non pas les historiens flemmards mais les historiens tout court ;

*que Geli Raubal avait été tuée par un oncle jaloux qui ne pouvait l’honorer qu’en dessinant ses charmes, et qu’Eva Braun était réduite au plaisir solitaire ;

*que Georges Mandel avait été tué par la Milice qui n’avait qu’à claquer des doigts pour que Hitler lui fournît des otages ;

*que le 25 août 1944 Hitler était pendu au téléphone en demandant si Paris brûlait ;

*que le procès de Nuremberg s’était peu attardé sur les massacres de Juifs ;

*que les morts de la nuit des Longs couteaux étaient des milliers et ceux de la nuit de Cristal, ce vulgaire pogrom, des centaines, sans même compter les suicides ni la mortalité dans les camps au cours des années suivantes ;

*que le statut vichyssois des Juifs datait bien du 3 octobre 1940, la date du 18 sur le Journal officiel étant une grossière faute de frappe ;

*que Hitler avait tremblé devant Pétain à Montoire, cette trépidation ayant, il est vrai, été déclenchée par Franco la veille à Hendaye ;

*que la surprise de Pearl Harbor ne devait rien à la division des gouvernements concernés, ni à Tokyo ni à Washington ;

*que Roosevelt se serait dressé, tout seul comme un grand, pour châtier l’Allemagne et le Japon si l’Angleterre avait signé un armistice en 1940 ;

*que Himmler avait longuement répété son éventuel suicide pour le cas où son arrestation n’aurait pas les suites escomptées, en s’entraînant à parler et à manger pendant des heures avec une fiole mortifère en bouche, sous la surveillance du meilleur flic SS et jusqu’à ce qu’il ne remarque plus rien ;

*que les archives anglaises sur l’épisode sont transparentes et que celles qui par hasard resteraient sous clé y sont en vertu d’une loi contraignante, les sieurs Blair et Brown étant comme chacun sait de sourcilleux légalistes ;

*que Hitler, persuadé de la nullité et de la lâcheté de Chamberlain comme de Daladier, ne s’attendait pas à une réaction de leur part, sinon verbale, lorsqu’il envahit la Tchécoslovaquie en mars 1939 ou la Pologne en septembre ;

*que l’arrêt devant Dunkerque était le fait d’un fantassin de 14 qui se souvenait d’un paysage marécageux propre à noyer les chars -les restrictions budgétaires et le blocus, sans parler de la certitude que l’entrée en Pologne n’allait pas déclencher de guerre, ayant empêché l’Allemagne d’acquérir les cartes Michelin de la région ;

*que de Gaulle avait conclu l’abandon de l’Algérie au FLN dès le mois de mai 1958 ;

*que Barbarossa était programmé dès avant la chute de la France et n’avait rien à voir ni avec le maintien de l’Angleterre en guerre, ni avec Mers el-Kébir ;

*que les SS, prenant force libertés avec les desiderata de Hitler dès 1942, étaient un Etat dans l’Etat, lui-même divisé en principautés mortellement rivales ;

*qu’Otto Abetz menait à Paris dès juin 1940 une politique toute personnelle, prenant à l’occasion l’avis de Hitler mais le trompant régulièrement sur les positions de Pétain ;

*que le procès de Riom était d’emblée programmé comme il s’est déroulé, son retard d’un an et demi n’étant pas dû à des tractations multiformes mais à l’encombrement bien connu des tribunaux...



Devise en forme de citation

"A la différence de tant d’autres, vous n’avez pas permis que votre développement intellectuel, qui vous a soustrait de plus en plus à mon influence, détruise aussi nos relations personnelles, et vous ne pouvez pas savoir le bien qu’une telle finesse procure à l’âme."

(Sigmund Freud, lettre à Ludwig Binswanger, 11 janvier 1929)

Pour lire les nouveautés du site

---------------------
Tous droits réservés © Copyright 2004 F. Delpla
Site
sous Spip - TZR-Créations