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Débats

Les buts de guerre de Hitler




sur Histoforums (octobre 2005)

Hitler et Churchill

de François Delpla

(15/10/2005 11:39:52)

Les considérations sur mon travail que Nicolas distille depuis quelque temps au fil de nos échanges me trottent dans la tête.

Si on peut parler d’originalité, elle ne se situe pas seulement dans une insistance plus grande que celle de mes confrères sur l’aptitude de Hitler à la manipulation, mais bien sur une attention constante, depuis maintenant une quinzaine d’années, à la dialectique entre son action et celle de Churchill.

De ce point de vue je me reconnais un maître et un seul, John Lukacs. J’ai plein de désaccords petits et grands avec lui, mais je lui sais gré de dire avec constance que Hitler a failli gagner en mai-juin 1940. C’est la base de tout. Et ce n’est clair chez personne d’autre.

Corollaire : l’honneur perdu en juin 1940 par Pétain et quelques autres l’aurait été par beaucoup de monde, et pas seulement en France, si Churchill ne s’était trouvé, largement par hasard, à la barre de l’Angleterre. Les "raisonnables" du monde entier pensaient alors que le nazisme avait partie gagnée sur le plan militaire et que la seule façon de l’arrêter était la paix !

Cela reste assez tabou, et inaudible, de nos jours.



Re :Hitler et Churchill

de Eric DENIS

(16/10/2005 18:16:02)

Indépendamment des débats d’opposition que l’on peut lire ici, je souhaiterais apporter une contribution sur l’idée de fond, concernant la période de mai juin 1940.

En se replaçant dans le contexte de cette époque, j’imagine très bien la crainte que l’Allemagne projeta sur le monde. Le courage de Churchill, à maintenir sa position de fermeté vis à vis de Hitler, alors qu’il n’a presque pas d’armée, alors que la France est vaincue, alors que nombreux sont les partisans de la paix dans le gouvernement et l’entourage de sa Gracieuse Majesté, me paraît héroïque, voir irréaliste. Je suis de ceux qui pensent que sans lui, le monde aurait été très différent de ce qu’il est.

Sans la Grande Bretagne en conflit avec le Reich, qu’en aurait il été de l’inévitable conflit germano-soviétique. A la juste opposition des faibles moyens que représentait l’armée de terre anglaise à cette époque, j’opposerais la position géographique, qui par sa simple existence, maintien une attaque possible sur toute la côte de l’Europe, et donc le maintien à l’Ouest d’un nombre considérable de moyens allemands. De plus, sans les Anglais, plus de France libre ni de support à la Résistance française. Pas de défaite italienne en Afrique, et le maintien probable de l’Armée Française d’Afrique sous autorité vichyste. Que dire aussi des capacités industrielles et économiques d’une Allemagne à l’abri des bombardements stratégiques. Je suis, en revanche, peu optimiste sur le sort de juifs des zones sous influence allemande.

Quand à la victoire d’Hitler, elle me paraît presque totale à cette époque, si ce n’est ce fil que le premier ministre britannique préserve contre vents et marées. Du reste, des vents et des marées, il y en aura encore beaucoup dans les mois qui suivront.

Certains disent qu’Hitler perdit la guerre le 22 juin 41. J’irais jusqu’à proposer qu’il la perdit le 10 mai 40 lorsque Winston Churchill fût nommé Premier Ministre.



Enfoncement de clou

de François Delpla

(16/10/2005 19:07:24)

Pour ma part j’insisterai sur ce qui dans votre message n’est qu’implicite : si Churchill sauve le monde, c’est que bien d’autres étaient prêts à le laisser se perdre. Vous citez les milieux dirigeants britanniques, mais quid de ceux des Etats-Unis, de l’URSS, du Vatican ?

Staline, qu’on a tort de traiter, souvent, d’allié de Hitler, est neutralisé par lui. Si on peut hélas comprendre le pacte qu’il a signé le 23 août précédent, Chamberlain ne lui laissant guère d’autre choix, en revanche il perd cette excuse quand l’Angleterre est dirigée par Churchill. Cependant il en a une nouvelle : la France est par terre et la planète entière croit que Churchill lui-même va se coucher ou être renversé. N’empêche : il pourrait au moins faire ce qui dépend de lui pour qu’il ne le soit pas, c’est-à-dire un rapprochement secret, par l’intermédiaire du nouvel ambassadeur Cripps, qui permettrait à Churchill d’améliorer sa position au sein de son propre cabinet, en esquissant une perspective d’alliance et de victoire (laquelle manque très, très fort, très, très dangereusement).

Staline ne va pas se départir, tout au long de l’année qui sépare, jour pour jour, l’armistice français de Barbarossa, d’une attitude de méfiance, comme s’il voyait en Churchill avant tout le conservateur jusqu’auboutiste de l’intervention contre la révolution d’Octobre, ne croyait nullement en son antinazisme et pensait que tôt ou tard il allait laisser les mains libres à Hitler pour écraser le bolchevisme -ce qu’il croit d’ailleurs lorsqu’il est attaqué, soupçonnant quelque accord passé par Rudolf Hess.

Du côté de Washington ce n’est guère mieux, témoin les difficultés homériques de Churchill, pendant tout l’été, pour obtenir un geste de soutien à sa politique.

Quant au Vatican, en juin-juillet 1940, il se bagarre ouvertement pour le rétablissement de la paix.

L’exploit de Churchill en ce début d’été 40, c’est non seulement d’obtenir que l’Angleterre reste en guerre, mais qu’à part Pie XII aucun chef d’Etat influent ne propose sa médiation. Roosevelt n’en a probablement pas été très loin (Kennedy père poussait très fort à la roue et n’était pas aussi isolé qu’il est de bon ton de le dire aujourd’hui) et l’attaque de Mers el-Kébir a joué là un rôle indémontrable, mais plus que plausible.

Cependant, puisque vous abordez aussi la question du sort des Juifs, je voudrais faire remarquer que Hitler avait alors le triomphe modeste. Avec sa prudence invétérée, il me semble qu’il aurait cherché, dans un premier temps, à rassurer et à se faire oublier. Tout dépend aussi de la façon dont se serait passée l’explication finale avec Staline au sujet de l’Ukraine.



Cercueil ukrainien

de Nicolas Bernard

(16/10/2005 20:45:02)

Si je suis assez d’accord avec l’ensemble de ton message, une question me vient : tu ne cesses de faire référence, s’agissant des projets de conquête hitlériens, à l’Ukraine. Comment sais-tu qu’il se serait limité à ce territoire ?



Reprenons les bases

de François Delpla

(17/10/2005 05:19:59)

(...)

Le grand dessein géopolitique de Hitler est un nouvel équilibre où la France est effacée, l’Allemagne maîtresse du continent mais modeste sur les mers, les Anglo-Saxons résignés à la perte de la puissance française et à une augmentation considérable de l’allemande. L’idée est développée dans Mein Kampf mais non point bien sûr comme dans un mémorandum diplomatique. Disons de manière un peu volcanique, fulgurante et nécessairement incomplète. Le devenir précis de la Russie soviétique, une fois amputée de quelques terres essentielles, n’est pas évoqué.

Et pour cause, à mon avis : c’est un problème final, qu’on ne peut même pas poser avant d’avoir entamé la besogne. La Russie, à partir de 1914, et pour le reste du siècle, c’est un enjeu. Un régime pourri et instable (tsariste puis communiste) va tôt ou tard céder la place, libérant des dizaines de peuples qu’il tenait "en prison", quid du successeur en termes de puissance et d’alliances ? On verra quand on y sera ! Mais beaucoup sont à l’affût, témoin les 14 nations qui viennent "aider" les armées blanches en 1918-19. Et comme tout le monde est toujours en retard d’une guerre, y compris Hitler, c’est cette image qu’il a en tête quand il essaye de se représenter l’avenir.

Tous les efforts qu’il fait pour rassurer l’Angleterre et les Etats-Unis sur son absence d’ambition maritime et coloniale, il les ruinerait sottement en prétendant digérer le colosse russe à lui tout seul ?

Alors bien sûr il y a, en 40-41, le discours relativement nouveau : "détruire l’Etat communiste", l’occuper jusqu’à Arkhangelsk, etc. Mais il faut faire la part de la guerre : on doit donner des buts clairs et martiaux aux soldats agresseurs et ne pas avoir l’air de compter sur le renfort des Anglo-Saxons présentement ennemis ou (Etats-Unis) fronceurs de sourcil.

En tout cas, chez un tel bonhomme, systématique et répétitif, il n’y a aucune raison de penser qu’une action conquérante qui suit d’aussi près un patron dessiné en 1925 se fasse soudain sur d’autres bases et avec d’autres buts. Et c’est pour démontrer cela qu’il faudrait des archives révolutionnaires. L’autre version coule de source.



Entre 1925 et 1941, il y a Staline

de Nicolas Bernard

(17/10/2005 13:26:53)

Et ce type là va bouleverser les prophéties de Mein Kampf.

(...)

Hitler va jusqu’à prophétiser la chose suivante :

"Le destin même semble vouloir nous le montrer du doigt : en livrant la Russie au bolchévisme, il a ravi au peuple russe cette couche d’intellectuels, qui fonda et assuma jusqu’à ce jour son existence comme Etat. Car l’organisation de l’Etat russe ne fut point le résultat des aptitudes politiques du slavisme en Russie, mais bien plutôt un exemple remarquable de l’action, créatrice d’Etats, de l’élément germanique. au milieu d’une race de moindre valeur. Bien des Etats puissants de cette terre ont été ainsi créés. Des peuples inférieurs, ayant à leur tête des organisateurs et des maîtres de race germanique, se sont souvent enflés jusqu’à devenir, à un moment donné, des Etats puissants, et ils le sont restés aussi longtemps que se conserva inaltéré le noyau de la race créatrice d’Etat. Ainsi, depuis des siècles, la Russie vivait aux dépens du noyau germanique de ses couches supérieures dirigeantes qu’on peut considérer actuellement comme extirpé et anéanti. Le Juif a pris sa place. Et tout comme le Russe est incapable de secouer le joug des Juifs par ses propres moyens, de même le Juif ne saurait, à la longue, maintenir le puissant Etat. Lui-même n’est pas un élément organisateur, il n’est qu’un ferment de décomposition. L’Etat gigantesque de l’Est est mûr pour l’effondrement. Et la fin de la domination juive en Russie sera aussi la fin de la Russie en tant qu’Etat. Nous avons été élus par le destin pour assister à une catastrophe, qui sera la preuve la plus solide de la justesse des théories racistes au sujet des races humaines."

Certes, il n’écrit pas qu’il détruira ce régime. Il pense que ledit régime s’effondrera tout seul. Mais il s’en réjouit, non ?

Et voyant, dans les années trente, que le régime se maintient sous la poigne de Staline - qu’il ne pouvait s’empêcher d’admirer quelque peu -, il conclut qu’il devra le détruire. D’où le plan Barbarossa.

***Et pour cause, à mon avis : c’est un problème final, qu’on ne peut même pas poser avant d’avoir entamé la besogne. La Russie, à partir de 1914, et pour le reste du siècle, c’est un enjeu. Un régime pourri et instable (tsariste puis communiste)***

... judéo-communiste, dans la mentalité de Hitler - et la prétendue judéité du régime bolchevique est un élément essentiel à ses yeux.

***va tôt ou tard céder la place, libérant des dizaines de peuples qu’il tenait "en prison", quid du successeur en termes de puissance et d’alliances ? On verra quand on y sera ! Mais beaucoup sont à l’affût, témoin les 14 nations qui viennent "aider" les armées blanches en 1918-19. Et comme tout le monde est toujours en retard d’une guerre, y compris Hitler, c’est cette image qu’il a en tête quand il essaye de se représenter l’avenir.***

Mais Hitler exclut toute coexistence avec l’Union soviétique ! Il l’écrit noir sur blanc dans Mein Kampf :

"Il ne faut jamais oublier que les gouvernants de la Russie actuelle ne sont que de vulgaires criminels tout souillés de sang ; il s’agit là d’une lie de l’humanité, qui, à la faveur d’une heure tragique, assaillit un grand Etat, abattit et extermina par millions, avec une sauvagerie sanguinaire, les intellectuels de ses classes dirigeantes et qui exerce depuis bientôt dix ans la plus cruelle tyrannie de tous les temps. Il ne faut pas oublier non plus que ces gouvernants appartiennent à un peuple qui unit, à un rare degré, une cruauté bestiale avec un art incroyable du mensonge et qui, maintenant plus que jamais, se croit prédestiné pour imposer son oppression sanglante au monde entier. Il ne faut pas oublier que le Juif international, qui exerce actuellement une domination absolue sur la Russie, voit dans l’Allemagne non pas un allié, mais un Etat voué au même sort. On ne traite pas avec un partenaire dont le seul intérêt est la destruction de l’autre partie. On ne traite surtout pas avec des individus pour qui aucun accord ne serait sacré, car, dans ce monde, ils sont non pas les représentants de l’honneur et de la vérité, mais bien ceux du mensonge, de la duperie, du vol, du brigandage, du pillage. L’homme qui croit pouvoir se lier par traités à des parasites ressemble à l’arbre qui essaierait de conclure à son profit un compromis avec le gui."

C’est bien qu’il exclut toute cohabitation avec l’URSS ! Et la guerre qu’il déclenchera en 1941 vise trois objectifs : conquérir des terres pour la colonisation, anéantir le bolchevisme, et surtout anéantir les Juifs.

***Tous les efforts qu’il fait pour rassurer l’Angleterre et les Etats-Unis sur son absence d’ambition maritime et coloniale, il les ruinerait sottement en prétendant digérer le colosse russe à lui tout seul ?***

Et alors ? Qu’a-t-il à craindre de l’Angleterre et des Etats-Unis, s’il écrase la Russie ? Son objectif est de redonner à l’Allemagne sa puissance, pas de se soumettre à la gouvernante anglaise.

Je note au passage que je t’ai souvent posé la question, et tu n’y as jamais répondu.

***Alors bien sûr il y a, en 40-41, le discours relativement nouveau : "détruire l’Etat communiste", l’occuper jusqu’à Arkhangelsk, etc.***

Le discours n’est pas si neuf. Il s’est plutôt adapté aux circonstances. Dans les années vingt, il attendait l’effondrement du système "judéo-bolchevique", qui faciliterait la ruée vers l’Est. A cause ou grâce à Staline, ce système tient debout : en conséquence, c’est à l’Allemagne de mettre en oeuvre la destruction de cette pourriture, pour à la fois porter un coup fatal aux Juifs, entamer la colonisation, et sécuriser les arrières du Reich.

***Mais il faut faire la part de la guerre : on doit donner des buts clairs et martiaux aux soldats agresseurs et ne pas avoir l’air de compter sur le renfort des Anglo-Saxons présentement ennemis ou (Etats-Unis) fronceurs de sourcil.***

Ces buts ne sont pas si clairs, car Hitler laisse de côté celui touchant aux Juifs soviétiques.

***En tout cas, chez un tel bonhomme, systématique et répétitif, il n’y a aucune raison de penser qu’une action conquérante qui suit d’aussi près un patron dessiné en 1925 se fasse soudain sur d’autres bases et avec d’autres buts. Et c’est pour démontrer cela qu’il faudrait des archives révolutionnaires. L’autre version coule de source.***

Eh non. Tout simplement parce que dans les années vingt, Staline n’est pas encore là pour raffermir le régime judéo-bolchevique... Donc, ce régime ne s’effondrera pas tout seul. Donc, il faudra que l’Allemagne sorte le glaive et règle le problème par elle-même.



Parlons-nous la même langue ?

de François Delpla

(17/10/2005 14:26:40)

tu ne réponds pas à ma question de départ. Tu ne cesses de faire référence, s’agissant des projets de conquête hitlériens, à l’Ukraine. Comment sais-tu qu’il se serait limité à ce territoire ? **************************************************

c’est un peu ennuyeux, à la longue, de se voir seriner qu’on ne répond pas aux questions alors qu’on se décarcasse pour ça.

Le plan de Hitler, suivant lequel il faut, disais-je,

***un nouvel équilibre où la France est effacée, l’Allemagne maîtresse du continent mais modeste sur les mers, les Anglo-Saxons résignés à la perte de la puissance française et à une augmentation considérable de l’allemande***

est développé dans Mein Kampf. J’ai déjà rappelé maintes fois ici même ou là ( http://www.delpla.org - cliquer "rechercher" puis "Ukraine"-) que la Biélorussie et l’Ukraine sont les parties de l’URSS qu’il dit, dans ce livre, nécessaires pour rendre le Reich inexpugnable à tout blocus et désigne comme l’"espace vital" que la Providence destine à des Allemands suffisamment nazis pour aller le chercher à la pointe de l’épée ?

Je ne crois pas que l’avènement de Staline et l’affermissement de son pouvoir soient de nature à y changer quoi que ce soit, bien au contraire. Lorsqu’il lui arrive, ce que tu signales, d’exprimer de l’admiration pour ce collègue, par là même il montre qu’il le considère comme le moins juif des Soviétiques.

Quant au fait qu’il n’exclut nullement de traiter avec lui, le voilà noir sur blanc dans un propos de table dont tu cites la référence via ma bio (p. 360) :

Staline, ce Caucasien rusé, semble prêt à abandonner la Russie d’Europe dans le cas où le fait de ne point s’y résigner lui ferait tout perdre. Qu’on ne dise pas que de l’Oural il pourrait reconquérir l’Europe ! C’est comme si j’étais installé en Slovaquie et que de là je dusse reconquérir le Reich.

Pour moi (on n’est pas obligé de partager ce point de vue), le nazisme est d’une audace éternellement prudente. Frapper fort pour obtenir une paix rapide, c’est sa nature profonde. Il est friand d’accords et de traités, avec tout le monde. Et d’ailleurs, avec Staline, n’en a-t-il donc pas signé ?



(...)



Fil conducteur

de Nicolas Bernard

(20/10/2005 13:09:00)

en réponse à résumé sur le pouce de François Delpla (20/10/2005 09:48:53)

Le fil conducteur, pour moi, c’est dans tous les domaines le redressement (durable, définitif, du moins à l’échelle d’un millénaire) de l’Allemagne par rapport à sa défaite de 1918 et la haine des Juifs elle-même ne monte à ce degré que parce qu’ils sont ressentis comme la quintessence de ce qui s’oppose à un tel redressement.

Pas trop d’accord. J’ai plutôt tendance à penser que sa haine est indépendante d’une telle idéologie, qu’elle prime avant toute considération - et que si Hitler s’efforce d’en dissimuler les finalités, voire de la contrôler en certaines occasions, c’est pour mieux préparer ce que sera la "Solution finale".

Ce que je veux dire, c’est qu’il était probablement conscient que son antisémitisme, sa conception du complot juif, ne reposaient sur rien. Il savait que le génocide était profondément immoral, gratuit, injustifié, même dans une optique purement raciste ou germanolâtre. La preuve ? Il s’efforce de camoufler ses responsabilités, et en même temps le justifie par la guerre mondiale. Il ne laissera pas d’ordre écrit.

Une victoire sur la France qui mette un point final ridicule à la tradition militaire de ce pays, sur l’URSS qui lui arrache quelques provinces essentielles (et économiquement précieuses pour qui les possède) tout en discréditant le communisme, le tout avec la bénédiction au moins finale des deux grandes puissances anglo-saxonnes, et en application du programme, qui avait fait rigoler tout le monde à sa publication, de Mein Kampf, il me semble que ce n’est pas le genre de succès qu’on pourrait qualifier de précaire, ni de restreint.

En 1918, le Reich est vaincu, discrédité, et amputé de quelques territoires. Il ne s’en relèvera pas moins. Et Hitler est fort bien placé pour le savoir.

Dans ces conditions, comment imaginer qu’il se contenterait de la Biélorussie et de l’Ukraine (je ne sais si tu inclus l’Ostland dans ses annexions) ? Et en quoi Staline apparaîtrait-il discrédité ? D’une part, il a été pris en traître, le 22 juin 1941, après avoir tout fait pour sauver la paix. D’autre part, libre à lui de renforcer son pouvoir et la répression (interne et internationale) en invoquant l’existence d’une conspiration trotsko-zinovieviste pour expliquer la débâcle. Il reste qu’il s’en sort en conservant Leningrad, Moscou, Stalingrad, et le pétrole du Caucase - et il n’a rien à craindre du Japon parti en guerre en Asie du Sud-Est et prochainement soumis à la furia americana.

Quant aux Juifs, ils survivent. Les persécutions sont certes atroces (ghettos polonais, exterminations en URSS, ségrégation totale à l’Ouest), mais ils survivent. Et les persécutions peuvent n’avoir qu’un temps. La ségrégation américaine s’est effondrée, de même que l’Apartheid. La mort de Hitler dans les années cinquante aurait abouti aux mêmes effets, à plus ou moins long terme (au pire : un demi-siècle).



Clarification

de François Delpla

(20/10/2005 20:28:57)

toujours en allant très vite à l’essentiel (je dois écouter l’émission de France-Cu de ce matin sur Nuremberg et dévore le Hannah Arendt de Laure Adler) :

Hitler me paraît sincère, et dans le vrai, quand au premier semestre de 1919 il professe que l’Allemagne doit faire appel très vite de sa défaite, ou renoncer à ses ambitions.

La paix à l’automne de 1941 n’instaurerait pas un Reich de mille ans de mon point de vue, mais, crois-je, du sien !



(...)



(Une contestation de la présente transcription)

Rapidement, et en bref

de Nicolas Bernard

(06/11/2005 12:03:22)

en réponse à en gros et rapidement de François Delpla (06/11/2005 10:59:46)

Le fil a été retranscrit sur le site de François Delpla : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=194

Mais il n’y a pas inclus tous les messages, et notamment pas ceux-là : http://www.histoforum.org/histoforums/5/aff.php ?nummsg=3548 http://www.histoforum.org/histoforums/5/aff.php ?nummsg=3555

Peut-être parce qu’ils révèlent que François a quelque peu fait dire aux fameux "propos de table" de Hitler ce qu’ils ne disaient pas ?

D’où la nécessité de consulter les posts encore en ligne, à partir de celui-ci : http://www.histoforum.org/histoforums/5/aff.php ?nummsg=3506



Note du 20 novembre 2005

Un message répondant au précédent a été malencontreusement égaré. Si un lecteur l’a recopié ici même ou sur Histoforums, je le prie d’avoir l’amabilité de me le renvoyer par e-mail (fdelpla@club-internet.fr).

Pour résumer en allant à l’essentiel : Nicolas Bernard est un jeune juriste passionné d’histoire qui, très impressionné au départ par mes recherches, essaye depuis quelque temps de se déprendre de cette admiration. Il développe quatre angles d’attaque : je me serais trompé (assez gravement) sur la préparation du raid japonais de Pearl Harbor, l’interprétation du protocole de la conférence de Wannsee, celle des propos de table de Hitler à propos de ses buts de guerre en URSS (le présent fil) et (last but not least, qu’on en juge ; ce point a déclenché une poussée d’agressivité maximale, probablement due à une gêne croissante devant les arguments et documents produits) la façon dont Himmler est passé de vie à trépas.

La vocation du présent site n’est pas de reproduire intégralement les échanges du Net, mais seulement un florilège, destiné à faire connaître les débats suscités par mes recherches.

Nicolas a autorisé la publication de ses contributions mais il a, ces temps-ci, tendance à se plaindre qu’elle ne soit pas intégrale, et à voir systématiquement dans une non-publication une censure. Tout ce que je puis répondre est que ce n’est pas, en tout cas, conscient, que rien ne me gêne dans ce qui n’est pas publié et que je crois sincèrement (sans me livrer à un examen minutieux et systématique du dossier, ayant quelques autres tâches urgentes) qu’il n’y a aucun point important de son argumentation qui n’ait été reproduit, et souvent plusieurs fois.

Comme hitlérologue, à présent, il préfère Ron Rosenbaum à votre serviteur. Ce journaliste américain s’inscrit dans une tradition ouverte par Sebastian Haffner, consistant à prétendre que Hitler éprouvait dans le meurtre une jouissance. C’est, effectivement, aux antipodes de mes analyses, suivant lesquelles il poursuivait avec rationalité un but à la fois racial et territorial : l’agrandissement de l’Allemagne au sein d’un nouvel équilibre des puissances, et sa "déjudaïsation". L’analyse à laquelle se rallie Nicolas manque de netteté, et lui fait à mon avis côtoyer dangereusement la cohorte de ceux pour qui le nazisme n’était pas une entreprise d’une redoutable efficacité, mais un mouvement d’une brutalité brouillonne et impulsive.

Il va sans dire, mais il peut n’être pas inutile de préciser, que ce faisant il ne commet aucun délit ni aucune faute morale, et qu’en conséquence les présentes remarques n’ont pas le moindre caractère diffamatoire.

PS. (26 novembre)- Lors d’un échange récent sur Pearl Harbor, Nicolas a brusquement déclaré que "le meilleur livre" sur cette attaque était celui de Gordon Prange At Dawn we slept (1981 ; édition révisée 1991). Je suis tombé de mon haut ! Non seulement parce que l’ouvrage, sans être nul, présente de gros défauts, mais parce que la discussion portait précisément sur les Pearl Harbor Papers publiés par ses collaborateurs après la mort de Prange et fâcheusement négligés par lui. Ils comportent notamment l’ordre de retour de la flotte au cas (assez probable) d’un répérage plus d’un jour avant l’attaque prévue de la base de Hawai (un texte à la base de mon intuition suivant laquelle l’amiral Yamamoto espérait sourdement se faire repérer et, ainsi, empêcher la guerre). Prange avait ce texte capital, il ne l’a pas utilisé dans son gros ouvrage, et cependant celui-ci livrerait la bonne analyse ?!

Cette brusque profession de foi est ce que j’appelle une régression. Elle m’a fait exactement le même effet que quand une autre personne, qui pendant quelques années n’avait pas tari sur mon travail d’éloges que je ne lui demandais pas, s’est mise brusquement à déclarer que le meilleur livre sur l’arrêt devant Dunkerque était celui de Vanwelkenhuyzen !

Mais tous les goûts sont dans la nature.

Rappel : il existe sur ce site un forum.

le 26 novembre 2005



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