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Qui a tué Georges Mandel ?



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Biographie de David Valence, auteur de la critique

Agrégé d’histoire et diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, David Valence prépare une thèse sur "Les hauts fonctionnaires et de Gaulle d’une République à l’autre (1946-1962)" sous la direction du professeur Marc Lazar. Il participe à l’équipe de recherche du programme ANR "Gaulhore (le gaullisme : hommes et réseaux)" depuis sa fondation en novembre 2007. Ancien allocataire-moniteur à Sciences-Po Paris (2005-2008), il est, depuis septembre 2008, attaché temporaire d’enseignement et de recherche (ATER) à l’université de Paris-Ouest Nanterre-La Défense où il enseigne notamment l’histoire du genre et des femmes.

Il participe au pôle Histoire de nonfiction.fr depuis avril 2008 et en est le co-responsable depuis février 2009.



Mandel, un martyr républicain

[vendredi 10 avril 2009 - 15:00]

Titre du livre : Georges Mandel. L’homme qu’on attendait Auteur : Jean-Noël Jeanneney Éditeur : Tallandier Collection : Texto Date de publication : 22/01/09 N° ISBN : 2847345213

Titre du livre : Qui a tué Georges Mandel ? Auteur : François Delpla Éditeur : L’Archipel Date de publication : 03/09/08 N° ISBN : 2809800758

A la IIIe République s’attache, dans la mémoire collective, l’image d’un régime faible, qui conduisit la France vers le traumatisme d’une défaite sans appel au printemps 1940. Ce désamour n’est pas uniforme. Il affecte peu les acteurs des temps glorieux où la culture républicaine cherchait encore les moyens de conquérir les masses. Les noms de Gambetta et de Ferry -malgré la colonisation- continuent de figurer dans la litanie des héros nationaux que récitent les façades d’établissements scolaires ou les grandes artères des villes de France. Le personnel politique de l’entre-deux-guerres s’enfonce en revanche dans un oubli que ne compensent pas des mémoires « particulières ». Léon Blum reste célébré par la gauche et Aristide Briand par les mystiques de la construction européenne, mais ils n’ont pas rejoint Jean Jaurès et Georges Clemenceau dans le Panthéon imaginaire des Républicains. Que dire, dès lors, de l’indifférence qu’éveillent les noms de Jean Zay, de Max Dormoy ou de Georges Mandel dans le grand public ? L’élite administrative formée à l’Ecole nationale d’Administration ne fait pas preuve de plus de mémoire, qui honore certes un Blum ou un Briand mais oublie que la République eut aussi ses martyrs entre 1940 et 1944. On saluera donc comme heureuses la publication d’un livre sur l’assassinat de Georges Mandel et la réédition de l’essai que Jean-Noël Jeanneney consacra en 1991 à cet ancien collaborateur de Georges Clemenceau.

Les deux ouvrages diffèrent sensiblement par leurs ambitions comme par leurs qualités. Celui de François Delpla se présente, ainsi que l’annonce son titre « sensationnel », comme une enquête sur les responsabilités dans la mort de Georges Mandel. Dès l’introduction, la thèse s’en dessine. L’ancien ministre de Paul Reynaud n’aurait pas été « vraiment » assassiné par la Milice. Les responsabilités allemandes pèseraient d’un poids décisif dans le crime du 7 juillet 1944, qui vit des Français abattre un ancien ministre d’une rafale de mitraillette en forêt de Fontainebleau. Pour en apporter la preuve, l’auteur reprend le fil des événements depuis la déclaration de guerre de septembre 1939. L’admiration qu’il ressent pour son sujet le pousse négliger les failles et les contradictions qui font de Georges Mandel un personnage complexe, irréductible aux instrumentalisations de la mémoire officielle. A telle enseigne que Nicolas Sarkozy, qui lui consacra un ouvrage en 1994 , ne s’est guère référé aux mânes de son prédécesseur au ministère de l’Intérieur dans ses discours. Tout à son œuvre de mémoire, François Delpla procède donc par recoupements, glissements et surinterprétations pour défendre sa thèse. La mort de Georges Mandel aurait été, sinon décidée, du moins voulue par Hitler lui-même. Faire de l’auteur de Mein Kampf le véritable assassin de Mandel rehausse symboliquement la victime...

La démonstration de François Delpla pèche toutefois par manque de rigueur. Elle surestime la cohérence de l’appareil d’Etat nazi, alors que les travaux les plus récents insistent sur les tendances centrifuges qui le parcouraient, sans aller jusqu’à parler d’ « anarchie autoritaire » . La tendance à l’autonomie vis-à-vis du parti et de l’Etat qui s’observait dans de nombreux services administratifs ou forces armées, jusque dans la SS des années de guerre, ne freina pas du reste la mise en œuvre de la Solution finale : elle en fut peut-être une condition . Pour justifier l’intérêt de son travail, François Delpla n’avance d’autres sources nouvelles que les papiers personnels d’un commissaire de police affecté à la garde de Georges Mandel en 1940-1941 à Vals-les-Bains, dans l’Ardèche. C’est un peu mince. Comment ces documents pourraient-ils informer les circonstances d’un crime commis trois ans plus tard, alors que la France commençait à être libérée ? A moins d’estimer que dès 1941, la liquidation de Mandel était décidée...

On l’aura compris, Qui a tué Georges Mandel ? repose sur une lecture strictement intentionnaliste des discours nazis. La mort de Georges Mandel, comme l’extermination des Juifs d’Europe, aurait été envisagée très tôt, puis différée jusqu’à l’été 1944 pour des raisons tactiques. Cette lecture des faits disculpe la Milice de sa responsabilité, pour n’en faire qu’un instrument docile de la volonté nazie ; elle dérange le lecteur par son manque de nuance .

Le style de cette enquête sur la mort de Georges Mandel achève de dérouter par ses approximations. Est-il opportun d’écrire d’Hitler qu’il « n’a pas dit son dernier mot » en juillet 1944 , des chefs des SS qu’ils forment un « noyau (...) très concentré de nazis fanatiques et néanmoins capables » ou de comparer Hitler et Goebbels à « des gamins en train de jouer un bon tour » ? On s’en veut de sourire lorsque Camille Chautemps est qualifié par François Delpla de « radical mollasson » , Pétain d’ « octogénaire dynamique » ou Charles Maurras de « militant royaliste très particulier » ... L’ouvrage se referme avec un mélange de respect pour le travail effectué et de sentiment de gâchis à constater que ce labeur a été mis au service d’une argumentation insuffisamment rigoureuse.

C’est au contraire à une méditation sur les lois du hasard et du caractère, qui rendent possible (ou pas) la rencontre d’un homme et d’un « moment » historique que Jean-Noël Jeanneney s’était livré en 1991. Issu d’une vieille famille d’amoureux de la chose publique , l’auteur a partagé lui-même son existence entre enseignement, écriture de l’histoire, service de l’Etat et engagement politique. Spécialiste de l’histoire des media, il insiste sur la façon dont Georges Mandel chercha peut-être à se construire en « personnage » dont les vertus feraient contraste avec les caractéristiques du personnel politique de la IIIe République. L’impassibilité, la solitude, l’énergie et le goût de l’autorité forment les plans successifs du kaléidoscope que propose Jean-Noël Jeanneney pour comprendre Georges Mandel. L’historien fournit une explication convaincante aux rendez-vous manqués de l’homme avec l’histoire.

Formé par Georges Clemenceau, Georges Mandel aurait intériorisé certains des reproches du Tigre quant à son manque de charisme et d’étoffe, jusqu’à hésiter trop longtemps à l’heure de se penser en homme du destin. Sa judéité, qui le désignait aux attaques des pacifistes de droite depuis la fin des années 1930, offrirait une autre clef de son comportement au moment de la débâcle de juin 1940. Georges Mandel aurait en effet choisi de quitter la métropole pour le Maroc, territoire français en Afrique du nord, plutôt que pour la Grande-Bretagne, afin de ne pas prêter le flanc aux caricatures sur le thème du « Juif apatride ». Nourri au lait d’une culture républicaine, il se serait aussi rappelé ce mot de Danton selon lequel « on n’emporte pas la patrie à la semelle de ses souliers ». Jean-Noël Jeanneney ajoute que l’isolement de Georges Mandel au sein du monde politique français l’aurait paradoxalement dissuadé de rompre ave la solidarité ministérielle quand sa raison lui dictait pourtant de le faire. Au moment de la remilitarisation de la Rhénanie (février 1936) ou de la conférence de Munich (septembre 1938) par exemple, Mandel, qui a peut-être douté de pouvoir exercer le pouvoir en son propre nom, ne paraît plus souhaiter l’abandonner. On rappellera enfin qu’à celui que Churchill lui-même appelait « Mandel le Grand » manquait le sens des larges horizons. Pour savoir identifier le kairos, ce temps de l’opportunité, une culture et des intérêts étendus à d’autres « vies » que la politique ne sont pas de trop. L’érudition de Mandel s’en tenait, elle, à la seule chose publique...

Un grand destin passa près de Mandel, le frôla, l’enlaça, puis lui échappa. Et l’esprit du lecteur de revenir à cette heure où le fanatisme de ceux qui se savaient vaincus exigea le sang du « Juif Mandel ». Les voitures des miliciens se garèrent devant la Santé, ce 7 juillet 1944. L’ancien ministre, comme l’écrit son compagnon d’infortune Léon Blum, devina ce qui l’attendait. Le piège se refermait, le sort se décidait. On rapproche alors en pensée Georges Mandel du Jérémie des Lamentations. Avec lui, l’ancien ministre pouvait se redire ces mots terribles : « L’Eternel a été pour moi comme un ours en embuscade, comme un lion aux aguets. Il m’a emporté loin du chemin pour me déchirer. Il m’a laissé dans l’abandon » .



Commentaires

fdelpla

27/04/09 06:18

Merci de cet intérêt !

Mes livres ont été, au total, peu commentés... et là gît peut-être une partie de l’explication de votre sévérité. Il semble que ma démarche vous déroute, aussi vais-je tenter de mieux la faire comprendre, à vous-même comme au visiteur de passage sur ce site.

Seul biographe français de Hitler à ce jour (et impatient de ne plus l’être), je ne me dis pas intentionnaliste, pour la bonne raison qu’il n’y a pas là une école mais une nébuleuse d’auteurs, dont les plus connus, comme A. Hillgruber ou L. Dawidowicz, me paraissent dans l’erreur sur des points essentiels. Le fonctionnalisme, en revanche, est une école, avec ses fondateurs, Broszat et Mommsen, et leurs continuateurs comme Burrin, Kershaw, Browning... et là je m’inscris clairement en faux. Leur façon de voir le nazisme comme un "processus cumulatif" lié aux besoins divers de la société allemande passe par une sous-estimation constante de la position de Hitler comme de ses capacités, même si la deuxième génération a mis un peu d’eau dans ce vin. Kershaw, par exemple, cerne nettement mieux le personnage de Hitler mais trouve encore le moyen de le dire, on ne peut plus inexactement, paresseux, et d’étudier chaque crise en elle-même, ignorant des traits permanents et essentiels présents dans presque toutes.

Vous êtes, consciemment ou non, nourri à ce lait. Que cela vous rende sceptique sur mon analyse est normal et sain, tant que votre scepticisme ne vous pousse pas à me lire en diagonale. Car il est très étonnant que vous réduisiez ma documentation originale aux dossiers du commissaire Courrier et au témoignage de son fils -dont vous méconnaissez d’ailleurs, et l’apport essentiel, et la place dans ma thèse. Ayant perdu de vue Mandel le 16 novembre 41, Courrier n’a évidemment rien à voir dans son assassinat, qui n’était nullement prévu à l’époque. En revanche, cette surprenante documentation est essentielle pour comprendre de façon nouvelle et beaucoup plus logique la genèse du procès de Riom, pendant laquelle le Reich faisait semblant d’exiger et la comparution de Reynaud et de Mandel, et leur exécution.

Vous semblez avoir survolé de très haut les trois derniers chapitres qui, à coup d’archives gravement vierges, pénètrent dans les arcanes de la Milice d’une part, du système de défense de ses membres après la guerre, d’autre part.

La culpabilité directe de Hitler n’est pas une fantaisie intentionnaliste, mais un fait documenté.

S’il découvre ceci à une heure, même en Sarkozye, non ouvrable, le lecteur peut en apprendre plus, avant de courir acheter l’ouvrage, en cliquant sur ce lien : http://www.delpla.org .


Daniel

27/04/09 07:30

Je vous trouve la bien dur pour cet auteur. Le régime de Vichy, pour néfaste qu’il fut, ne fonctionnait pas aussi indépendamment que vous semblez le croire, comme d’ailleurs la totalité des régimes qui ont collaboré avec Hitler. Le nazisme fonctionne un peu comme la Mafia et, comme elle, il y a en haut de la pyramide criminelle un Parrain. Et si un petit malfrat commet un assassinat, c’est que le Parrain l’a voulu.

A l’issue de la Seconde Guerre Mondiale et devant l’ampleur des révélations faites au monde quant à l’étendue des crimes nazis, tous ceux qui, de près ou de loin, en avaient été complices ont travaillé d’arrache-pied à nous expliquer qu’ils n’avaient rien à voir avec le Führer, les généraux allemands en tête. Pendant des décades, les hagiographes du Marechal Pétain ont travaillé dans ce sens et, à vous lire, ils ont bien travaillé !

Fort heureusement, les tendances historiographiques dites fonctionnalistes qui nous montraient un Hitler fou à lier et dont les complices se battaient entre eux pour des parcelles de pouvoir vivent leurs derniers jours grâce aux travaux d’historiens contemporains « défricheurs » dont François Delpla fait partie. Sous la houlette du chef suprême et incontournable, le nazisme a corrompu tous ceux qu’il a approchés, dont les gens de Vichy, consciemment ou pas, petit à petit et avec une très grande habileté.

La découverte que Georges Mandel fut assassiné dans le cadre de l’ultime manipulation de Vichy par les nazis qui faisaient face au débarquement ne fut donc pas pour moi une surprise. Et cela ne réduit en rien les responsabilités de la Milice. Pour reprendre mon exemple mafieux, le petit malfrat qui assassine reste un tueur qu’il ait agi de son propre chef ou sur ordre du Parrain !

Réaliser que le régime de Vichy a été manipulé par Hitler ne fait qu’accroitre le mépris que l’on peut, et doit, avoir envers lui.


fdelpla

27/04/09 08:45

Je profite de cette occasion pour signaler qu’une critique convergente avec celle de David Valence est parue en janvier dans le mensuel de la principale fédération française de déportés, la FNDIRP, et qu’elle pose un problème très intéressant. Si, chez Valence, je pense avoir affaire à une routine fonctionnaliste marquée au coin de Sciences Po, donc à quelque chose d’assez secondaire même s’il s’agit d’enseignement dit supérieur, dans le "Patriote résistant" nous arrivons à une véritable croisée des chemins.

Tous les résistants de France et de Navarre croyaient avant la parution de mon livre, et moi-même avant de commencer il y a deux ans à l’écrire, que Georges Mandel avait été "tué par la Milice en représailles du meurtre de Philippe Henriot", pour la raison très simple que des miliciens eux-mêmes l’avaient fait croire, préférant cacher la présence sur le terrain du numéro 3 des SS en France, Julius Schmidt (absent, comme il se doit, de l’index du livre de Giolitto, bible de David Valence sur la Milice).

J’ai le dangereux privilège d’être le premier historien à regarder cela de plus près, et à tirer toute une pelote de ce fil.

En vingt ans de publications sur le nazisme, il m’est arrivé de remplacer des idées reçues par d’autres qui restaient entachées d’incertitudes. Là, non : Schmidt est présent, le donneur d’ordre local ne peut être que lui, Hitler suit l’affaire de près comme plusieurs télégrammes de Ribbentrop à Abetz en témoignent (Mandel est tout de même l’ancien bras droite de Clemenceau, juif de surcroît !) et on ne voit personne, dans la hiérarchie SS, qui dans de telles conditions prenne une initiative sans lui en référer.

Qu’une organisation résistante ayant pignon sur rue décide que cette vérité est irrecevable, parce qu’elle empêcherait de détester tout son soûl Pétain ou la Milice, voilà qui est palpitant.

Et à des années-lumière, par exemple, du beau manifeste de Geneviève de Gaulle, Germaine Tillion et consorts au moment des calomnies de Chauvy contre les Aubrac : nous ne demandons pas la préservation des légendes, mais une histoire honnête.

Affaire à suivre !


François Delpla

01/05/09 09:57

et une fois de plus les critiques sont laissées sans réponse !

pourquoi venir sur le Net si on déteste l’interactivité ?


François Delpla

05/05/09 10:38

Toujours aussi courageux, le patron de la rubrique ! A moins qu’il ne soit devenu méticuleux et ne mitonne une réponse fondée, cette fois, sur une lecture intelligente, complète et attentive.

En attendant que nous en ayons tous le coeur net, il m’incombe de parler des autres réactions à mon livre, car il y en a. Ainsi celle de Pierre Assouline en sa République :

"Après son ancien ministre de l’intérieur Marx Dormoy déchiqueté par une bombe posée par des cagoulards proches du PPF, c’est au tour de Georges Mandel, brusquement rapatrié en France, d’être exécuté de dix huit balles dans le dos en forêt de Fontainebleau par des éléments de la Milice contrôlés par les SS, ainsi que le raconte l’historien François Delpla dans Qui a tué Georges Mandel ? (L’Archipel)."

(précision : je pourfends aussi complètement, au moyen de documents nouveaux et de leur contexte revisité, l’idée que Dormoy ait été victime des cagoulards, donc d’une vengeance spécifiquement française : Doriot était alors dans la main d’Abetz et ne se serait pas amusé à envoyer un commando de tueurs à un ancien ministre sans une solide et germanique raison).


ENFIN !

David Valence

05/05/09 11:21

A Monsieur Delpla :

Je n’avais pas souhaité répondreà votre premier billet en considération des attaques purement gratuites qu’il contenait. Vous me faites un procès d’intention en mettant en avant la marque, à vos yeux diffamante, de Sciences-Po Paris et n’adoptez pas dans vos critiques le ton qui convient à une discussion scientifique.

Je ne vous ai pas lu en diagonale, et vous le savez très bien. L’aspect systématique de votre livre correspond, il est vrai, à la rigueur de votre intentionnalisme. Votre thèse se devine dès les premières pages et vous lisez les documents que vous recueillez (y compris les sources auxquelles vous accordez trop d’importance sans les faire dialoguer avec d’autres) toujours dans le même sens, en disqualifiant a priori ce qui n’entre pas dans vos vues.

Cette démarche n’est pas celle d’un historien sérieux, je le dis comme je le pense, car vous n’acceptez pas d’être tant soit peu "détrompé" par ce que vous trouvez. Ce qui est le propre d’un chercheur sérieux, qui se méfie de ses intuitions.

Dernière remarque : ne vous plaignez pas trop de ce que j’ai parlé de votre livre. Il ne me semble pas en avoir lu tant d’échos dans la presse.


François Delpla

06/05/09 16:05 "... François Delpla n’avance d’autres sources nouvelles que les papiers personnels d’un commissaire de police affecté à la garde de Georges Mandel en 1940-1941 à Vals-les-Bains, dans l’Ardèche. C’est un peu mince. Comment ces documents pourraient-ils informer les circonstances d’un crime commis trois ans plus tard, alors que la France commençait à être libérée ? A moins d’estimer que dès 1941, la liquidation de Mandel était décidée..."

L’historien scrupuleux que, ne vous en déplaise, je suis et même, tenez-vous bien, qui est généralement reconnu comme tel, pense que cette citation démontre l’insuffisance quantitative, et pas seulement qualitative, de votre lecture.

Et je le prouve par le fait même que ma citation ci-dessus est tronquée. En début de phrase, à la place des points de suspension, on trouve les mots : "Pour justifier l’intérêt de son travail,". Cela indique que vous avez lu de plus près l’introduction que le reste. C’est elle, en effet, qui à tort ou à raison ne fait état, comme documentation nouvelle, que de l’apport du commissaire Courrier et de son fils. Pour les épaisses archives de la Milice, communiquées par le premier chercheur qui prépare une thèse sur elle, il aurait fallu lire les remerciements... ou les trois chapitres qui en font longuement état.

Mais vous dites vouloir une discussion scientifique ? Chiche ! Je vous prépare de ce pas une contre-critique du livre de Jeanneney.

PS.- N’étalez pas votre péché sur les autres et ne cherchez pas leur couverture ! Je n’ai rien contre Sciences Po Paris et ne l’ai pas critiqué en général. Mais dans mon deuxième post (ET NON DANS LE PREMIER, censé par son ton justifier votre silence ! il n’y a pas que les livres que vous lisez en diagonale...), je me permets d’indiquer qu’il règne dans cette maison un climat fonctionnaliste (et vous laisse la responsabilité de trouver cela diffamant !) qui me paraît moins grave, et non davantage, que le refus pur et simple de l’histoire, du moins quand elle démolit de commodes légendes, qu’affiche à l’endroit de mon dernier livre la principale organisation de déportés.


François Delpla

06/05/09 17:03

Tout d’abord, ce Mandel / L’homme qu’on attendait de Jean-Noël Jeanneney est une fausse nouveauté : c’est la pure et simple édition en poche d’un ouvrage qui va sur ses vingt ans, publié au Seuil en 1991. David Valence l’indique à juste titre.

Cependant, il le traite comme une nouveauté, en ne se demandant pas une seconde si certains de ses passages n’ont pas été rendus caducs par les recherches ultérieures. Or c’est le cas, notamment (désolé de devoir en faire état mais ce devoir prime sur ma modestie) dans les domaines communs à cet ouvrage et au mien et, puisqu’ils sont chroniqués ensemble, il serait élémentaire de le faire remarquer.

Deux décennies de recherche ont permis d’en savoir un peu plus long sur la persistance de l’appeasement britannique pendant la première année de guerre, et les difficulté subséquentes de Churchill pour que l’Angleterre prît un chemin différent de la France quand celle-ci se résigna à signer avec Hitler. Une résignation qui se fit jour tout d’abord en la personne de Paul Reynaud qui, plutôt que de remanier son gouvernement en le débarrassant des apaiseurs français, s’effaça devant Pétain... et non, précisément, devant Mandel.

C’est bien pourquoi, comme le rappelle Jeanneney, Churchill, qui avait pour Reynaud un mépris à peine dissimulé, parlait du "grand Mandel".

Il en ressort que l’idée reçue d’une opposition tranchée entre la faiblesse française et la résolution britannique -souvent accompagnée de cet autre préjugé que Roosevelt piaffait d’impatience dans ses starting-blocks d’en découdre avec le nazisme quand il en aurait fini avec le corps électoral étatsunien- doit être fortement nuancée. L’Angleterre aussi a bien failli plier et les Etats-Unis, l’auraient-ils voulu, n’auraient guère été en position de dicter militairement leur loi à un Hitler triomphant.

Dans ces conditions, il faut réévaluer la performance d’un de Gaulle -qui se jette instinctivement dans le sillage de Churchill, tout en ayant eu plus que Mandel l’occasion de l’approcher au moment décisif. Et il faut donc cesser de prétendre que Mandel a souffert d’une défaillance quelconque. Qu’en se sentant un peu moins juif, ou en étant un peu moins complexé par la grande ombre de Clemenceau, il aurait cédé aux instances de Spears et pris le même avion que de Gaulle.

En fait, il était dérouté par les initiatives du jeune général et entendait lui-même, en tout cas, jouer la carte coloniale plutôt que, directement, la carte anglaise. C’est en toute logique qu’il prend, au lieu d’un avion pour Londres, le Massilia. Si défaillance il y a, elle est informative et intellectuelle, nullement énergétique ou morale. Mandel fait son devoir d’état tel qu’il le conçoit : aller créer aux colonies, dont il connaît bien les gouverneurs pour avoir été leur ministre encore un mois plus tôt, pour créer un môle de résistance AVANT l’armistice. La faute est là : il n’imagine pas que les événements vont se précipiter d’une manière telle que le cessez-le feu sera conclu pendant la traversée de Bordeaux à Calablanca. A l’arrivée il est coincé et ne tente quasiment rien... contrairement, là aussi, à des légendes auxquelles Jeanneney, l’un des premiers, n’adhère pas (contrairement à Sarkozy !) mais qu’il omet de présenter dans leur contexte, alors qu’elles ne manquent pas d’intérêt historique.


François Delpla

09/05/09 10:02

***vous lisez les documents que vous recueillez (y compris les sources auxquelles vous accordez trop d’importance sans les faire dialoguer avec d’autres) toujours dans le même sens, en disqualifiant a priori ce qui n’entre pas dans vos vues.

Cette démarche n’est pas celle d’un historien sérieux, je le dis comme je le pense, car vous n’acceptez pas d’être tant soit peu "détrompé" par ce que vous trouvez. Ce qui est le propre d’un chercheur sérieux, qui se méfie de ses intuitions. ***

Voilà, cher intermittent du dialogue, une tirade qui demanderait à être illustrée, fût-ce dans un premier temps d’un seul exemple, pour éviter que des promeneurs distraits n’y voient que diffamation pure et simple.


François Delpla

11/05/09 08:45

Allons bon, vous seriez-vous acquitté a minima, une seule fois et pour solde de tout compte, du devoir d’interactivité inscrit dans la charte de ce site ?

Eh bien débattons à présent sans David Valence. J’invite nos lecteurs à dire leurs sentiments sur Mandel prisonnier, et sur l’utilité de travaux nouveaux à ce sujet.

De mon côté, il ne s’agit précisément pas, mais alors pas du tout, d’intentionnalisme (au sens où un programme hitlérien ou nazi aurait arrêté d’avance le meurtre de Mandel à une date et d’une façon précises). Il s’agit de stratégie ou, pour employer un anglicisme récent dont je ne comprends pas bien ce qu’il apporte, de "gouvernance".

L’essentiel n’est précisément pas la mort de cette personne -un fétu dans l’hécatombe planétaire en général et le meurtre des Juifs en particulier. L’essentiel est dans la façon de l’annoncer au pouvoir vichyste ou à ce qu’il en reste. Abetz dit à Laval, au lendemain de la mort d’Henriot, que l’Allemagne va "rendre à la France", pour qu’elle venge diverses personnes exécutées par la Résistance ou par le gouvernement provisoire d’Alger, Mandel, Blum et Reynaud.

Le meurtre du seul Mandel, par des soudards parisiens complètement pris en main par les SS mais encartés à la Milice, donc dépendant théoriquement de Pétain et de Laval via Darnand, a pour vertu d’une part de compromettre (un peu plus) Vichy, mais aussi de le faire se sentir utile jusqu’au bout. Ce gouvernement proteste énergiquement et annonce à l’occupant qu’il refuse mordicus la "livraison" de Blum et de Reynaud.

Or en quoi Vichy peut-il encore bien servir les Allemands ? En rien, sinon par son existence même, qui permet de capitaliser jusqu’au bout le légalisme de millions de Français en les convainquant de n’aider en rien à leur libération. Et Pétain comme Laval, qui menacent souvent de démissionner, n’en feront finalement rien, notamment parce que cela leur apparaîtrait comme la signature de l’arrêt de mort de deux anciens présidents du conseil qu’ils avaient mission de protéger. Car Berlin agite aussi en permanence son souhait d’un gouvernement plus collaborateur, dirigé par l’amiral Platon.

Cette thèse, ici beaucoup trop résumée et réduite à son ressort principal, est, je le répète, parfaitement documentée, alors que la phrase "Mandel est assassiné par la Milice pour venger Philippe Henriot" n’a strictement aucun répondant documentaire et que Darnand a, de toute évidence, été complètement tenu à l’écart -du moins avant le meurtre, car ensuite il est bien obligé, lui-même, de l’endosser -par son silence- ou de démissionner.

A vous maintenant !


Daniel

11/05/09 09:51

Il est effectivement regrettable que Monsieur Valence conserve le silence devant l’avalanche d’arguments ma foi pertinents dont Monsieur Delpla l’inonde. Faut-il y voir une retraite, un repli élastique de sa part ?

J’ai lu, et pas en diagonale, le « Qui a tué Georges Mandel ? ». Ce qui m’a le plus frappé, c’est l’incontestable présence du SS-Hauptsrumführer Dr Schmidt lors de la remise de Mandel aux miliciens à la prison de la Santé mais aussi dans une seconde voiture qui suivait à distance celle ou ce dernier se trouvait et ce jusque sur les lieux de l’assassinat. Pourquoi était-il la, si ce n’est pour vérifier que les ordres donnés aux miliciens par la SS étaient bien exécutés ?


François Delpla

12/05/09 08:54

O Daniel, s’il n’y avait que cela !

Le livre s’inscrit aussi dans un courant historique qui tend à examiner de plus près le mélange d’habileté manoeuvrière et de mystique à quatre sous qui caractérise la manière hitlérienne de gouverner. Ainsi Edouard Husson a attiré l’attention sur le fétichisme des dates : ce qui a marché un jour devrait aussi marcher l’anniversaire de ce jour ! A cet égard se distingue le 9 novembre, jour faste et néfaste à la fois. C’est le jour des pires coups de la "Juiverie" contre l’Allemagne (1918 avec la demande d’armistice, 1923 avec l’échec du putsch) mais aussi la date à laquelle on fixe les festivités réparatrices, y compris lorsqu’il s’agit de sanglants sacrifices : nuit de Cristal (1938), Solution finale (1941), cérémonie d’intronisation des nouveaux SS...

Or Georges Mandel se dresse, en tant que député, pour stigmatiser le réarmement clandestin allemand, et il est le premier parlementaire au monde à le faire, Churchill n’étant pas encore allé jusque là : cela se passe le 9 novembre 1933, et il est juif, et il avait été le bras droit de Clemenceau en 1918 !

Voilà une toute petite partie des apports nouveaux du livre...


François Delpla

12/05/09 08:58

... mais pour les prendre en compte il faut un minimum de bienveillance : il faut se laisser faire, accorder un préjugé favorable au moins au début. Attention, je ne suis pas en train de dire qu’il faut abdiquer son esprit critique et considérer que tout est

D’AVANCE VALIDE !!!


Daniel

12/05/09 12:14

J’ai pris le soin d’écrire, Monsieur Delpla, que cette présence SS sur les lieux du crime était ce qui m’avait le plus frappé au sujet, justement, de savoir qui a tué Georges Mandel, et c’est ce qui a généré en moi de l’étonnement au sujet des critiques de notre hôte dont l’assourdissant silence me laisse perplexe. Ne m’en veuillez donc pas de m’être centré uniquement là-dessus ici.

Certes, votre livre apporte de nombreuses autres découvertes, entre autre au sujet de ce que fut réellement l’action et les fonctions de l’appareil SS en France, des façons de faire assez éloignées de ce qu’elles furent ailleurs mais poursuivant les mêmes buts. Une fois de plus nous découvrons la le nazisme en action, adaptant subtilement ses manipulations et son degré de violence au « terrain » mais je ne m’étalerais pas davantage, après tout les lecteurs de ce blog n’ont qu’à lire ce livre pour en savoir plus (ou le webmestre le relire pour argumenter sa thèse de manière plus convaincante).

J’aurais juste, au sujet de ces SS en France une question, sans doute d’amateur, mais qui me turlupine : Il semblerait que nombre de vos découvertes à ce niveau proviennent d’archives d’interrogatoires britanniques de SS prisonniers non encore exploitées à l’époque de vos recherches. Comment diable ces documents n’ont pas été exploités avant ?


François Delpla

12/05/09 13:09

Cher lecteur, moi qui ne voulais plus parler à ce mauvais joueur ni de lui, tant qu’il nous boude, voilà que vous m’y obligez.

Regardez un peu la bibliographie de D. Valence : Burrin (1989), Giolitto (1997), Jeanneney (1991). Cela ne fait pas très "branché" ! L’histoire de l’Occupation en France a été épluchée tant et plus du côté français (même s’il reste beaucoup à dire) dans la foulée de Paxton, et aussi, quoi que de manière très différente, de Serge Klarsfeld. Le point commun de ces deux phares, et leur limite, est qu’ils cherchent à dégager des responsabilités françaises. La marge de manoeuvre de Vichy est posée en principe, et jamais véritablement scrutée.

C’est dans les années 2000 qu’on a vraiment commencé à fouiller le côté allemand. Après tout c’est eux qui commandent, alors qu’est-ce qu’ils veulent, quelles impulsions donnent-ils ? Là-dessus il y a des travaux allemands (Regina Delacor, Ahlrich Meyer), et français (Laurent Joly et surtout Tal Bruttmann), une franco-autrichienne, Barbara Lambauer, ayant aussi apporté une pierre non négligeable avec son décryptage, très neuf, du jeu d’Abetz, essentiellement à partir d’archives berlinoises non encore publiées ni exploitées.

Je suis en train de découvrir le dernier livre de Meyer, Täter im Verhör, qui date de 2005 et reste parfaitement inconnu en France ; mais il ne porte que sur le pilotage allemand de la déportation des Juifs de France, à partir essentiellement d’interrogatoires effectués en Allemagne juste après la guerre, d’une part, dans les années 60 d’autre part.

Les riches sources anglaises n’ont donc pas été exploitées encore pour des raisons complexes. Celles que je viens de dire : une histoire de Vichy longtemps "franco-française". Celle dont il a été question ici depuis le début : la mode au long cours du fonctionnalisme, qui n’incite pas à chercher les tenants et aboutissants des processus dès lors qu’ils sont un peu lointains dans le temps ou l’espace. Ajoutez à cela le fait que ces interrogatoires de l’armée britannique ou américaine ont été exploités prioritairement lorsqu’il s’agissait de célébrités, ou de questions suscitant la curiosité d’un large public, comme celle des savants atomistes allemands.

Mais par dessus tout, il me semble qu’il y a une histoire qui reste à écrire et c’est, excusez du peu, celle du mouvement SS. On l’a beaucoup laissée à des amateurs de sensationnel, journalistes pour la plupart, et elle fait l’objet de bien peu de travaux universitaires... sauf depuis quelques années. Il y a là une toile d’araignée tissée dès le début des années 30 aux fins d’investir l’appareil d’Etat le plus discrètement possible et bien sûr, quand il y eut des pays occupés, le phénomène n’allait pas s’arrêter à leurs frontières.

Mon livre s’inscrit dans ce mouvement. Par exemple, j’ai découvert en lisant le livre de 2007 de Christian Destremau "Ce que savaient les Alliés" que Himmler avait un correspondant secret à Vichy, Hans Reiche, et c’est en suivant sa piste que j’ai découvert le gisement londonien.

Mais je m’arrête ici car, les lecteurs ayant été "informés" que je n’avais utilisé d’autre source nouvelle que les dossiers du commissaire Courrier, je ne voudrais pas mettre en danger les cardiaques !


Francois Delpla

12/05/09 15:35

***La mort de Georges Mandel, comme l’extermination des Juifs d’Europe, aurait été envisagée très tôt, puis différée jusqu’à l’été 1944 pour des raisons tactiques. Cette lecture des faits disculpe la Milice de sa responsabilité, pour n’en faire qu’un instrument docile de la volonté nazie ; elle dérange le lecteur par son manque de nuance***

eh bien il n’a qu’à réfléchir, ce lecteur-là, un peu spécial, et il recouvrera peut-être sa sérénité !

Jamais je n’ai écrit que la mort de Mandel avait été envisagée puis différée. Tout au contraire, l’Allemagne, qui aurait tous les moyens de le faire disparaître, d’abord en exigeant de Pétain sa tête, puis en l’abattant elle-même une fois qu’elle l’a saisi, s’en garde bien. Cela illustre une constante : le nazisme ne tue pas pour le plaisir mais toujours pour une fin précise. Notamment les Juifs : c’est bien pourquoi la Solution finale... ne l’est guère, car le régime a un besoin permanent de Juifs vivants pour tirer des effets de ses propres menaces contre leurs vies. Sur un plan général, cela donne la survie en avril 1945 de nombreux Juifs des camps, dont l’errance lors des "marches de la mort" donne une dernière monnaie d’échange à Himmler dans ses tentatives de tractations avec les Alliés de l’ouest.

Sur un plan individuel, cela donne l’envie proclamée par le Reich dès l’offensive contre la France (donc dès avant l’armistice) de voir les Français se venger sur "le Juif Mandel" de leurs malheurs, puis une longue utilisation de sa survie, de son non-jugement à Riom etc. pour faire honte à Vichy et lui expliquer que décidément l’Allemagne ne peut avoir "confiance", libérer des prisonniers etc, pour finir par le trucider avec la menace d’en faire autant de Reynaud et de Blum, afin que Vichy soit "raisonnable" jusqu’au bout.

Bref, une suite de chantages plus immondes les uns que les autres... et le fait d’être aujourd’hui surpris, par une analyse historique, dans des postures aussi désavantageuse, ne revalorise guère Pétain ni la Milice !


quand Valence ne rime plus du tout avec décence...

David Valence

13/05/09 17:06

Certaines réactions reçues par mail (M. Le Goarant de Tromelin notamment) m’ont confirmé dans l’idée que votre présentation des faits relevait plus de construction intellectuelle que de la démarche scientifique.

Je n’entrerai pas dans le détail d’une argumentation que j’ai développée dans le corps de ma critique. Mais je vous invite à vous interroger vous-même sur la réception de votre ouvrage : pas ou peu de recensions ou de critiques. Vous me répondrez par le complot universitaire, j’imagine. Le silence n’affecte pas cependant que des génies méconnus...

Quant à écrire, comme vous le faites partout, que vous êtes le seul biographe en français d’Hitler, pardonnez-moi de me réjouir que les traductions existent et que Ian Kershaw ait pu éclairer le lecteur français avec autrement de modestie et de bonne foi que vous...

Note insérée le 15 mai au moment de la transcription sur ce site : il va de soi

-  que François Le Goarant de Tromelin, qui a été d’une aide précieuse dans la rédaction du livre à la fois par l’apport de sa documentation et par celui de nos échanges, n’a pu vouloir prêter la main à une démolition du livre, et ne le tient ni pour une oeuvre de mauvaise foi, ni pour une immodeste boursouflure , pour ne reprendre que deux des amabilités dont David Valence gratifie l’oeuvre ou l’auteur ; il n’y a donc pas seulement ici une divulgation de courrier privé, mais une utilisation déformante de celui-ci, expliquable seulement par une grande détresse argumentative ;

-  qu’il converge avec moi dans l’idée que la phrase "Mandel a été tué par la Milice pour venger Henriot" doit désormais rejoindre, mieux vaut tard que jamais, le cimetière des idées reçues.


François Delpla

14/05/09 10:17

Modeste, moi ?

Peut-être bien, après tout, si David Valence dit le contraire.

Cependant, j’aurai l’immodestie de souhaiter la continuation d’attaques propres à piquer la curiosité du lecteur intelligent, auquel, s’il est également désargenté, je rappelle les coordonnées d’un accès gratuit à mon travail : http://www.delpla.org .

Sur le fond, une seule question. Dans l’hypothèse où ma construction serait branlante, ce qu’elle remplace est-il pour autant en béton armé ? En d’autres termes : pensez-vous toujours que Mandel ait été "tué par la Milice pour venger Henriot" ?


Daniel

14/05/09 11:50

Relisant les derniers messages, je réalise que Monsieur Valence, non content de déformer les propos de Monsieur Delpla (Biographe de nationalité française / biographie en langue française) se permet de citer ici une correspondance privée avec Monsieur François le Goarant de Tromelin, ce qui est absolument contraire à la Netiquette.

Décidément, tout est bon, même le pire, pour s’accrocher à une critique de livre de toute évidence bâclée.


François Delpla

15/05/09 06:42

Winston Churchill disait un jour à ses chefs d’état-major, pour argumenter sa proposition d’achever le Reich par des attaques chimiques ou bactériologiques s’il se révélait par trop coriace :

"Je ne vois pas pourquoi nous devrions avoir toujours tous les handicaps du gentleman tandis qu’eux auraient tous les avantages du malfaiteur. Il y a des cas où il doit en être ainsi, mais pas dans celui-ci. "

cf. http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=48

Eh bien je vais en user ainsi avec David Valence.

Pour l’instant, il a cherché à discréditer mon travail uniquement à coups d’arguments d’autorité : il ne dit rien de mon livre, sinon qu’il est innovant, d’un air de dire que puisque je dis des choses différentes de mes devanciers c’est que je suis un insupportable vantard qui croit avoir touché la Lune alors qu’elle est juste au bout de son doigt.

L’une des affirmations qu’il répète en boucle est la rareté des critiques -au nom de laquelle je devrais le remercier de l’existence de la sienne, et tendre la joue gauche !- et leur caractère entièrement négatif.

Manque de chance : qu’il aille un peu ouvrir "Historiens et géographes" qui vient de paraître et lire ce que dit Ralph Schor, qui n’est pas absolument incompétent sur la période !

Le complot universitaire que, dans une impatience vaticinante, Valence prétend que je vais certainement invoquer, serait-il en train de tourner, non pas en ma faveur, mais en faveur de Clio et de son très dévoué serviteur ?

PS.- Qu’il soit bien entendu que je n’ai évoqué une critique favorable qu’à titre exceptionnel, pour des raisons de légitime défense, et que ce ne soit pas le prétexte d’un nouveau déferlement d’arguments d’autorité !


François Delpla

15/05/09 10:45

"Quant à écrire, comme vous le faites partout, que vous êtes le seul biographe en français d’Hitler, pardonnez-moi de me réjouir que les traductions existent et que Ian Kershaw ait pu éclairer le lecteur français avec autrement de modestie et de bonne foi que vous..."

Je ne lis certes pas, quant à moi, les critiques négative ou positives de ce "Mandel" en diagonale, car je trouve que toutes autant qu’elles sont elles posent des questions passionnantes.

Cependant je dois avouer que la portée du passage ci-dessus m’avait jusqu’ici échappé et qu’une nouvelle lecture, faite à l’occasion de la transcription de notre débat sur mon site http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=409 , m’en a fait goûter tout le sel.

Ainsi, la qualité première de l’historien ne serait plus la justesse, mais la modestie !


François Delpla

18/05/09 18:16

POUR les lecteurs qui n’auront plus la patience de tout lire, et on les comprend, voici un

RESUME CHRONOLOGIQUE

• 7 juillet 1944 : Georges Mandel, saisi par les Allemands en zone sud en 1942, est ramené en France et livré en forêt de Fontainebleau à des tueurs membres de la Milice, sous le contrôle étroit du haut dirigeant SS Julius Schmidt.

• second semestre 1944 : se met en place la légende suivant laquelle Mandel a été « assassiné par la Milice pour venger Philippe Henriot », mollement démentie par les intéressés qui sont surtout soucieux de ne pas faire apparaître une commande allemande, qui pourrait aggraver leur cas.

• 1944-2008 : quiconque écrit sur le sujet, même les historiens les mieux formés, répercute cette explication.

• 3 septembre 2008 : parution du livre « Qui a tué Georges Mandel ? », première étude historique. Mettant en lumière l’absence totale de fondement documentaire de la version jusque là admise, et son grand illogisme (la Milice n’ayant rien à demander aux Allemands, ni à se mêler à leur place de haute politique française), il documente en revanche l’implication de Hitler et de Himmler, et esquisse une explication de leur gestion du prisonnier Mandel par Vichy interposé, puis directement.

• janvier 2009 : parution dans le mensuel de la FNDIRP d’une critique réactionnaire de Frank Schwab.

• avril 2009 : parution sur nonfiction.fr d’une critique réactionnaire de David Valence ; comportement décevant du critique dans la rubrique « commentaires », face aux remarques de l’auteur du livre.

• Mai 2009 : parution dans "Historiens et géographes" d’une critique favorable de Ralph Schor, qui conclut à un « faisceau de présomptions concordantes et convaincantes ».

Ce sera tout en ce qui me concerne, sauf réplique.

la suite sur passion-histoire



David Valence

12/06/10 13:09

En relisant le commentaire d’un certain "Daniel" sur le caractère "bâclé" de mon article -je vous laisse la responsabilité de ce jugement, quand tout l’article montre que le livre de M. Delpla a été lu par moi avec attention, au contraire- et d’autres, je réalise que le débat que j’initie dès le début du compte-rendu, sur la cohérence de l’appareil d’Etat nazi, n’est jamais évoqué.

Or, et en l’occurrence François Delpla pourrait le reconnaître, les historiens sont largement revenus sur l’idée d’un Hitler "seul aux commandes", ou plutôt d’une politique nazie dont l’ensemble des déterminants, sur le terrain, s’expliqueraient par les humeurs, rognes et haines du Führer.

On peut même distinguer 3 moments de l’historiographie : un moment très concentré sur le rôle d’Hitler lui-même dans la prise de précision, correspondant à l’histoire à l’ancienne, usant parfois avec maladresse de la psychologie et de l’anecdote "signifiante" ; un moment de "critique", où il fut insisté sur l’ "anarchie totalitaire" de l’appareil d’Etat nazi, en Allemagne et plus encore dans les territoires occupés après 1939 ; un moment de retour à l’individu (heureux à mon sens), sans brûler pour autant les acquis de la seconde "phase".

Le principal point de désaccord que j’ai avec M. Delpla tient surtout à cela, qu’il représente sans cesse Mandel comme un insecte pris dans la toile hitlérienne, et que le Führer pouvait dès lors choisir d’exécuter "selon son bon plaisir". Cette vision me semble simpliste et néglige, encore une fois, toute la "machinerie totalitaire" et ses éventuels "ratés" : une décision exécutée à la base n’y a pas toujours été décidée au faîte du pouvoir. C’est un travers bien connu que de surestimer la cohérence de l’appareil d’Etat des régimes totalitaires et François Delpla, auquel ne m’oppose aucune animosité personnelle puisque nous ne nous connaissons pas, n’y prend pas assez garde à mon sens.

Cette écriture de l’histoire est, à mon sens, datée, d’autant que François Delpla, contrairement à ce qu’il affirme, n’apporte pas beaucoup de renseignements neufs sur l’exécution de Mandel lui-même. L’essentiel des nouvelles sources qu’il produit datent de 1941 ou 1942. Or, il n’est pas de bonne méthode en histoire d’utiliser toujours l’amont pour informer l’aval, comme s’il existait une "détermination" systématique de l’événement. Produire les mémoires d’un geôlier de Mandel ne montre en rien que l’exécution de celui-ci a été décidée par Hitler.



rançois Delpla

28/01/11 16:13

Une fois encore hélas je n’ai pu répondre plus tôt faute d’être au courant.

Si vous m’avez lu de près, le problème ne fait que se déplacer. Car mon enquête sur les mobiles du meurtre remonte loin, certes (jusqu’en 1933 en fait), mais ce n’est pas pour autant que je négligerais sa genèse immédiate, à laquelle sont consacrés les trois derniers chapitres. Ils sont pleins à la fois de documents inédits et d’aperçus nouveaux sur ce qu’on croyait connaître.

Si donc vous sous-estimez cet apport, au point d’écrire comme s’il n’existait pas, c’est que vous me lisez avec un préjugé : je serais intentionnaliste donc ringard, figé au premier des trois stades de l’évolution que vous mentionnez. Le parti que je tire des souvenirs et des archives familiales de Robert Courrier, qui a perdu de vue Mandel fin 41, est donc rapporté à ce présumé défaut, par un présupposé qui guide la lecture et surtout oriente le commentaire.

On pourrait d’ailleurs discuter votre vision de la "première phase". On lisait alors beaucoup de documents et de témoignages au premier degré, pour décrire un Hitler tiraillé entre des tendances contradictoires de son entourage. La deuxième phase, dite fonctionnaliste, a souvent consisté en un approfondissement de ce mauvais sillon, par des auteurs qui s’efforçaient de relier ces prétendues "tendances" dirigées ou incarnées par Röhm, Strasser, Ribbentrop, Göring, Bormann etc., à des clivages de la société allemande.

Dans la troisième phase, la critique du fonctionnalisme au profit d’une meilleure prise en compte du rôle du chef, s’est faite a minima chez un grand nombre d’auteurs (Kershaw et Burrin notamment), cependant que quelques autres dont je suis, dans le sillage d’un précurseur nommé John Lukacs, ont trouvé et, sur un nombre croissant d’exemples, démontré que Hitler menait sa barque avec maîtrise, subtilité, sens de la direction d’acteurs -qu’il s’agît de partenaires nazis ou d’ennemis nationaux ou étrangers.

Ce livre est un moment de cette découverte. Il a à présent un successeur, portant sur Mers el-Kébir, qui n’a pas encore je crois été chroniqué ici.

Il n’est jamais trop tard pour bien faire !

le 28 janvier 2011



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