Visite guidée . prof . TV . Invectives . Editos . Bio/chro/info . FDlivres . Articles/docs . Débats . Dialogue avec les oeuvres . Lettres . Forum .
Abonnement
Rechercher
Plan
Accueil
Contact
Liens

 

FDlivres

Churchill et les Français



annexes



début du livre

dernier chapitre

Annexe 1

Conversation entre Halifax et Bastianini

Télégramme de Halifax à Percy Lorraine, 25 mai 1940 n° 413, Cab 65/13, p. 159, annexé au folio 140 (26 mai, 2 heures de l’après-midi). Cependant un cachet indique : received in cabinet registry, 10 june 1940.

1. - J’ai demandé à l’ambassadeur d’Italie de passer cet après-midi.

2. - J’ai dit à son Excellence que je souhaitais lui parler parce que j’avais des raisons de penser qu’un malentendu s’était introduit sur la possibilité que le gouvernement de Sa Majesté adhère à une formule qui permette un accord politique entre nos deux pays. En réalité, nous avions bien l’intention d’ouvrir une discussion, dans les formes appropriées, à propos de certaines questions politiques, en prenant modèle sur des discussions qui avaient eu lieu à propos du contrôle de la contrebande ; et dans une telle discussion, nous aurions souhaité exposer notre désir que l’Italie prenne naturellement sa place propre à la conférence de la paix, aux côtés des belligérants. J’ai cependant hésité à ouvrir cette discussion, à cause du caractère décourageant de la réponse envoyée par Monsieur Mussolini, par l’intermédiaire du comte Ciano, à une communication personnelle du Premier Ministre ; réponse qui m’a fait douter de l’utilité de nos efforts pour définir une position plus ouverte à l’égard du gouvernement italien.

En considérant, cependant, le malentendu qui semble s’être produit, j’ai souhaité saisir l’occasion de dire que, étant donné que nous reconnaissons pleinement les relations spéciales de l’Italie avec l’Allemagne, nous avions toujours été tout à fait prêts à discuter de certaines questions concernant nos deux pays et de nous efforcer d’arriver à des solutions satisfaisantes pour les deux parties. Le gouvernement de Sa Majesté aurait été de tout temps désireux de proposer de telles discussions au gouvernement italien, si nous avions pu avoir la certitude de n’être pas repoussés. Si nous recevons et quand nous recevrons une indication montrant que notre proposition rencontrera la considération qu’elle mérite, nous serons prêts à pousser les choses plus loin et à entrer dans les détails. Personnellement je souhaiterais, et je suis sûr que ce serait l’avis du gouvernement de Sa Majesté, que l’ampleur de la réussite de nos pourparlers sur le contrôle de la contrebande, en dépits des difficultés rencontrées, puisse servir à ouvrir la voie au règlement d’autres questions, pourvu toujours que nous puissions aborder ces questions sur la base de la plus sincère reconnaissance des droits et des besoins des deux parties.

3. - J’ai dit à Son Excellence que j’avais pensé devoir lui remettre ce message afin d’être en mesure d’estimer, ainsi que Son Excellence peut-être, que rien n’avait été négligé, en ce qui nous concernait, pour aider à éviter un malentendu, voire quelque chose de pire, entre nos deux pays.

4. - Monsieur Bastianini m’a fait part de ses vifs remerciements pour ma communication. Il a dit ignorer l’échange de lettres entre Monsieur Mussolini et le premier Ministre, mais être bien sûr disposé à transmettre immédiatement ma communication à son gouvernement. Cependant, la conception de Monsieur Mussolini avait toujours été de considérer les problèmes entre l’Italie et tout autre pays comme partie intégrante d’un règlement général des questions européennes, et il me demanda s’il pouvait informer son gouvernement que le nôtre jugeait opportun d’examiner maintenant les litiges entre nos deux pays dans le cadre plus large d’un règlement européen général.

5. - J’ai dit que j’avais toujours pensé que, si des discussions devaient s’ouvrir en vue de résoudre les questions européennes et de construire une Europe pacifique, les sujets qui causaient des inquiétudes à l’Italie devraient certainement être discutés comme une partie d’un règlement européen général.

6. - Le fait qu’il soit ou non possible de porter remède aux problèmes qui préoccupaient l’Italie pendant que la guerre se poursuivait dépendrait sans aucun doute de la nature des solutions retenues, ainsi que du cours des discussions.

7. - Monsieur Bastianini dit qu’il souhaiterait avoir si le gouvernement de Sa Majesté considérait comme possible l’ouverture d’une discussion sur les questions générales, non seulement entre la Grande-Bretagne et l’Italie, mais aussi avec d’autres pays. À ma remarque qu’il était difficile d’envisager un aussi large échange tant que la guerre se poursuivrait, l’ambassadeur a répondu que, dès l’instant où une telle discussion s’ouvrait, la guerre devenait sans objet.

8. - Monsieur Mussolini, dit l’ambassadeur, s’intéressait aux questions européennes - il mentionna la Pologne - et était sans cesse préoccupé qu’on arrive à un règlement général, qui ne fût pas seulement un armistice, mais une paix assurée pour un siècle. J’ai dit que l’objectif du gouvernement de Sa Majesté était identique, et qu’il ne refuserait jamais d’examiner une proposition autorisée qui aille dans le sens d’une Europe sûre et pacifique. J’ai ajouté que je pensais pouvoir dire que le gouvernement français partageait cette attitude.

9. - L’ambassadeur a chaudement approuvé ma remarque suivant laquelle, quand nous en viendrons à de telles discussions, Monsieur Mussolini aurait un rôle absolument vital à jouer. Monsieur Mussolini était toujours disposé à favoriser un règlement plus large en Europe parce qu’il concevait la solution des problèmes italiens seulement dans le cadre de la solution de tous les problèmes européens.

10. - Son excellence a dit qu’elle serait désireuse de pouvoir informer monsieur Mussolini que le gouvernement de Sa Majesté n’excluait pas la possibilité d’une telle discussion sur les problèmes européens d’ensemble, si l’occasion s’en présentait. Il pourrait certainement le faire, ai-je répondu, car de toute évidence la paix européenne solide à laquelle Monsieur Mussolini et nous souhaitions parvenir ne pourrait se produire que par la mise au point, au travers d’une franche discussion, de solutions acceptables par tous et par la détermination commune des grandes puissances à les faire respecter.

Annexe 2

Note du général de Gaulle

(8 juin 1940)

(AN, fonds Reynaud, 74 AP/22)

(En italiques : écriture de Paul Reynaud)

7 juin / discussion avec de G. sur le réduit breton.

Note du Général de G.

I. - Dans le cas où la bataille actuellement en cours n’arrêterait pas l’avance allemande, il y a lieu de prévoir que les forces ennemies, après avoir franchi la Basse Seine et occupé Paris, chercheraient à réaliser la désorganisation complète de la résistance nationale, soit en « enroulant » nos forces de l’Est, soit en exploitant rapidement en direction des ports de l’Atlantique. En tout cas, la volonté du Gouvernement est de poursuivre la lutte sur le territoire métropolitain et éventuellement en Afrique du Nord, puis dans le reste de l’Empire, de manière à gagner le temps nécessaire pour que des secours extérieurs nous permettent de reprendre l’initiative.

II. - Il y a donc lieu, dès aujourd’hui, de définir les zones successives du terrain sur lesquelles devrait être accrochée la résistance nationale.

a) - Sans préjudice des bretelles ou positions intermédiaires que le commandement jugerait à-propos d’utiliser pour le regroupement des forces, le première position nationale à envisager et à préparer en arrière du champ de bataille a, pour limite avant, la ligne définie comme suit :

cours du COUESNON, de l’ERNÉE, de la MAYENNE, de la LOIRE en aval de TOURS, du CHER, Canal du BERRY, Cours de la LOIRE en aval de DIGOIN, Canal du CENTRE, cours du DOUBS.

Dans l’hypothèse de la violation et de la conquête de la SUISSE par les forces germano-italiennes, cette position pourrait se raccorder aux Alpes de Savoie, à partir de DIGOIN, par la LOIRE Supérieure, ROANNE, LYON et CHAMBÉRY.

b) - En arrière, seront préparés :

-  une 2e position de résistance couvrant l’Ouest et le Sud-Ouest de la FRANCE, jalonnée par la CHARENTE, la VIENNE Supérieure, le Massif du PUY-de-DÔME, les Monts de la Madeleine, LYON, le RHÔNE Inférieur et reliée avec la 1re position par une bretelle suivant le cours de la CREUSE.

-  un réduit de BRETAGNE jalonné par le cours du COUESNON, les avancées de RENNES et le cours de la VILAINE.

-  un réduit du SUD-OUEST dont le front sera marqué par le Canal du Midi, de BORDEAUX à NARBONNE.

III. - L’expérience a montré qu’il était très aléatoire, étant donné les moyens dont dispose l’ennemi et la façon dont il les emploie, d’espérer établir à temps une résistance cohérente sur une zone de terrain déterminée si celle-ci n’était pas organisée et occuper à l’avance par d’autres unités que celles qui ont à se battre en avant. En conséquence :

1°/ - l’organisation du terrain et les positions de résistance définies ci-dessus, et en particulier la préparation des destructions, seront entreprises immédiatement.

2°/ - les Unités nécessaires pour assurer la sécurité de la première position seront mises en place dès maintenant.

Le plan d’ensemble des travaux à exécuter sera arrêté immédiatement par le Sous-Secrétaire d’État à la défense nationale et à la guerre. La désignation des unités à mettre en place sera faite également par lui au moyen de prélèvements sur les Unités en cours de constitution à l’Intérieur.

L’exécution des travaux incombe aux commandants de régions intéressés, disposant non seulement de leurs moyens propres mais de la plus grande quantité possible de main-d’œuvre à fournir par d’autres départements (Intérieur, Travail, Colonies) suivant devis à établir par le sous-secrétaire d’État à la défense et à la guerre.

IV. - En fonction de l’organisation prévue ci-dessus, pour la défense en profondeur du territoire, le personnel (mobilisables, affectés spéciaux, main d’œuvre, etc.) et les moyens industriels de toute sorte contribuant à la défense nationale, en particulier de l’agglomération parisien, seront repliés d’urgence en arrière de la ligne générale RENNES, ANGERS, CLERMONT-FERRAND, LYON. Tous arbitrages nécessaires entre les départements ministériels intéressés incombent au sous-secrétaire d’État à la défense nationale et à la guerre.

V. - Le repli des Administrations et le déplacement éventuel du Gouvernement seront réalisés par échelon, étant entendu qu’à la limite, le siège des pouvoirs publics dans la métropole pourrait être établi dans la région de QUIMPER.

Annexe 3

Note manuscrite du colonel de Villelume

(8 juin 1940)

(AN, fonds Reynaud, 74 AP/22)

Il a été décidé il y a quelques mois que les différents ministères se replieraient, le cas échéant, en Indre-et-Loire et en Loir-et-cher. On ne songeait à ce moment-là qu’à la protection contre les bombardements aériens.

Les circonstances font qu’on ne peut plus ne pas envisager l’hypothèse d’un danger beaucoup plus grave. Il est possible en effet que, si la bataille actuellement en cours est perdue, nous ne puissions plus opposer à l’ennemi, sur une autre ligne éventuelle, qu’une résistance de courte durée. Tout le territoire serait alors ouvert à l’invasion.

Il conviendrait, dans ce cas, que le gouvernement se réfugiât en Afrique du Nord.

Toutefois, l’application immédiate d’une solution aussi radicale ne maquerait pas d’avoir de graves répercussions sur le moral des armées, celui du pays, le maintien de l’ordre intérieur, l’attitude des gouvernements étrangers. Il faudrait donc envisager un premier repli sur un point du territoire métropolitain.

Ce point devrait être choisi près de la mer, seule voie d’évacuation sûrement utilisable.

Brest ne présenterait un avantage certain que si la Bretagne, organisée en réduit national, pouvait être défendue un certain temps. Mais on ne peut guère pouvoir disposer des 25 à 30 divisions nécessaires à cet effet.

Il vaut donc mieux choisir une ville plus proche de l’Afrique du Nord, par exemple Bordeaux. On peut de là gagner facilement le Maroc, soit par voie maritime (convoi escorté), soit par voie aérienne, avec escale possible au Portugal, pays allié de l’Angleterre.

La possibilité d’une rupture du front ou d’un emploi massif de l’infanterie de l’air allemande impose qu’une solution soit adoptée aujourd’hui même, et que les préparatifs indispensables soient faits dès maintenant, tant à Paris que dans la ville qui sera choisie comme siège provisoire du gouvernement.

Il est peut-être trop tard pour songer à évacuer les ministères dans leur totalité. Il faut préparer en 1re urgence, pour chacun d’eux, le repliement immédiat le cas échéant de certains représentants des principaux services, avec les archives indispensables. - à moins qu’on ne décide d’évacuer dès aujourd’hui les échelons lourds, après avoir pesé les conséquences qu’une opération aussi voyante pourrait avoir sur le moral.

Annexe 4

Note manuscrite du colonel de Villelume

(12 juin 1940)

(AN, fonds Reynaud, 74 AP/22)

L’alternative (la paralysie (pas de traité de paix) (l’amputation (traité de paix)

I La paralysie (pas de paix)

C’est la mise en veilleuse de la France continentale, occupée toute entière par les armées allemandes, le gouvernement s’étant réfugié en Afrique et refusant de signer la paix.

La paralysie est-elle guérissable ?

En d’autres termes :

1°) Y a-t-il des chances de victoire ultérieure ?

= la lutte entre l’Amérique et l’Europe soumise à l’Allemagne est-elle concevable ? Tournera-t-elle à l’avantage de l’Amérique ?

2°) La France occupée restera-t-elle semblable à elle-même et pourra-t-elle se retrouver plus tard avec sa civilisation traditionnelle ?

En d’autres termes :

-  l’Allemagne cherchera-t-elle et arrivera-t-elle à nazifier le pays (destruction des élites, etc.) ?

-  le pays se bolchevisera-t-il ? (y a-t-il dès maintenant des indices dans ce sens : bruits de pillages à Paris ; cadres et troupes communistes encore existants ; mécontentement des réfugiés etc.)

-  le gouvernement réfugié en Afrique conservera-t-il dans l’avenir, sans finances etc. etc. une autorité morale sur le pays (où un autre gouvernement aura été vraisemblablement installé) ?

-  ce même gouvernement d’Afrique conservera-t-il une autorité internationale ?

II L’amputation (paix)

pertes de territoires

(coloniaux et métropolitains)

ses formes possibles

désarmement de la France (armée, flotte, aviation, interdiction de construire des fortifications)

le gouvernement de la France amputée aura-t-il assez de force pour conserver la civilisation française traditionnelle ?

Prague suivra-t-il fatalement Munich ?

Vaut-il mieux attendre l’intervention de l’Amérique dans la situation « amputation » ou dans la situation « paralysie » ? Même question dans le cas où Prague suivrait Munich (= un semblant d’autonomie permettra-t-il de mieux conserver la civilisation française que l’occupation militaire intégrale avec un gouvernement en Afrique du Nord ?)

Cette intervention américaine se produira-t-elle même si nous avons signé la paix ?

Dans l’affirmative, l’existence d’un territoire métropolitain français, amputé mais indépendant, ne la facilitera-t-elle pas techniquement beaucoup plus que l’absence d’une tête de pont sur le continent ?

Annexe 5

Note de J.B. Clark

rédacteur en chef de la BBC

(cité par la Revue historique et archéologique du Maine, traduction de Jürgen Klötgen)

19 juin 1940

Wellington me téléphona juste avant 8 heures hier soir pour me dire qu’il y avait une décision du cabinet de Guerre se prononçant en faveur d’un discours que le Général de Gaulle devait radiodiffuser la nuit même en français, et dont Wellington avait encore le papier. Quelques aspects de la question étaient encore en discussion entre le Ministre et le Foreign Office, mais je dis que nous pourrions mettre sur pied un arrangement provisoire et ce fut confirmé par une autre conversation téléphonique quelques minutes plus tard, lorsque fut accepté par Wellington que la radio annonce le discours à 8 h 15 du soir au bulletin français. Le général est passé sur les ondes à 10 heures du soir.

Wellington nous prévint que le général pourrait exprimer le désir de parler à nouveau à la radio ce soir (mercredi) et le C.O.1 qui l’a reçu, en donnant confirmation plus tard. Il y a aussi la possibilité de futurs appels similaires à diffuser. J’ai mis en garde Wellington contre des fréquentes répétitions du même appel par le général en personne, parce que je pensais que le message pourrait mieux conserver son impact par la répétition de courtes annonces donnant l’essentiel des faits, une fois le mouvement lancé.

Cependant, si le général proposait de varier la nature de son appel, éventuellement pour différentes sections sur différents jours, nous serions tout disposés à coopérer.

Que l’O.N.E.2, s’il vous plaît, assure une parfaite entente avec le Ministère concernant le discours de ce soir et s’arrange pour le faire annoncer, etc. s’il le faut ?

J.B. Clark

1 C.O. : Contrôleur au Service d’Outre-Mer, Programme B.

2 O.N.E. : Overseas New Editor : rédacteur du service d’Outre-Mer, Programme B

Annexe 6

Document émanant des services secrets suisses

(cité par la Revue historique et archéologique du Maine, traduction de Jürgen Klötgen)

Angleterre (émission en français) 22 heures

Le Général de Gaulle (sous-secrétaire d’État de guerre dans l’ancien cabinet Reynaud) parle maintenant aux auditeurs français :

« Le gouvernement français a demandé à l’ennemi à quelles conditions honorables pourrait cesser le combat.

Il a déclaré en outre que la lutte devrait continuer si ces conditions étaient contraires à l’honneur, à la dignité et l’indépendance de la France.

Nous avons été surpris et submergés par la force mécanique, la tactique de l’ennemi. Mais il y a, malgré tout, des raisons d’espérer. Croyez-moi, rien n’est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent nous apporter la victoire.

La France n’est pas seule ! (cette phrase est répétée trois fois). Elle peut faire bloc avec la Grande-Bretagne et disposer d’immenses réserves. La guerre n’est pas tranchée par la bataille de France. Toutes les fautes qui ont été commises n’empêcheront pas qu’un jour l’ennemi sera écrasé. Cela pourra se faire grâce à une force mécanique supérieure encore. Le destin du monde est là.

Moi, général de Gaulle, actuellement à Londres, j’invite les officiers et les soldats français qui se trouvent actuellement en Grande-Bretagne, à se mettre en rapport avec moi. Ceci vaut également pour les ingénieurs et ouvriers spécialistes qui se trouvent déjà en Grande-Bretagne ou qui viendraient à s’y trouver.

Quoi qu’il arrive : la force intérieure de la résistance des Français ne doit pas faiblir.

Demain comme aujourd’hui, je parlerai à la radio de Londres. »

Annexe 7

Texte de l’appel du 18 juin

publié par le Petit Provençal

19 juin 1940

UN APPEL DU GENERAL DE GAULE

Londres, 18 juin

La BBC communique : Le général français de Gaule, actuellement à Londres, s’est exprimé en ces termes :

Le gouvernement français a demandé à l’ennemi à quelles conditions pourrait cesser le combat. Il a déclaré que si ces conditions étaient contraires à l’honneur, à la dignité, à l’indépendance de la France, le combat¬ devrait continuer.

Certes, nous avons été nettement submergés par les forces mécaniques, terrestres et aériennes de l’ennemi. Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique de l’ennemi qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs, mais le dernier mot est-il dit ?

L’espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non.

L’homme qui vous parle le fait en toute connaissance de cause. Croyez-le quand je vous dis que rien n’est perdu pour la France. Les moyens qui nous ont vaincus peuvent nous donner un jour la victoire car la France n’est pas seule. Elle a derrière elle l’Empire britannique qui tient encore et qui continue la lutte. Elle peut, comme l’Angleterre, utiliser sans limite l’immense industrie des États-Unis. Cette guerre n’est pas limitée aux territoires malheureux de notre pays. Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances n’empêchent pas qu’il y a dans l’univers tous les moyens pour écraser un jour nos ennemis.

Foudroyés aujourd’hui par les forces mécaniques, nous pouvons vaincre dans l’avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là.

Moi, général de Gaule, actuellement à Londres, J’INVITE LES OFFICIERS ET LES SOLDATS FRANÇAIS QUI SE TROUVENT EN TERRITOIRE BRITANNIQUE ou qui viendraient à s’y trouver avec leurs armes ou sans leurs armes, j’invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes français des industries d’armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, à se mettre en rapport avec moi.

Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas.

Demain comme aujourd’hui, je parlerai à la radio de Londres.

Annexe 8

Appel publié dans les Mémoires de Guerre

T. 1, p. 267-268

Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises ont formé un gouvernement.

Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s’est mis en rapport avec l’ennemi pour cesser le combat.

Certes, nous avons été, nous sommes submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne de l’ennemi. Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd’hui.

Mais le dernier mot est-il dit ? L’espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !

Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n’est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire.

Car la France n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l’Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l’Angleterre, utiliser sans limites l’immense industrie des États-Unis.

Cette guerre n’est pas limitée au territoire de notre malheureux pays. Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances n’empêchent pas qu’il y a, dans l’univers, tous les moyens pour écraser un jour nos ennemis.

Foudroyés aujourd’hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l’avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là.

Moi, général de Gaulle, actuellement à Londres, j’invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j’invite les ingénieurs et les ouvriers spécialisés des industries d’armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, à se mettre en rapport avec moi.

Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas.

Demain, comme aujourd’hui, je parlerai à la radio de Londres.

Annexe 9

Témoignage du colonel Passy

sur la malveillance envers Churchill du commandement britannique à la fin de juin 1940

André Dewavrin, officier de carrière, futur chef des services de renseignements de la France libre sous le nom de Passy, débarque en Angleterre le 21 juin avec une partie de la division Béthouart, rescapée du réduit breton. Il raconte :

Nous fûmes immédiatement acheminés sur le camp de Trentham Park où nous arrivâmes dans la nuit, sous une pluie diluvienne. D’innombrables petites tentes nous offrirent un abri et nous permirent d’attendre le lendemain pour aviser.

Le général Béthouart, pendant ce temps, était parti pour Londres, afin de reprendre contact avec le « Gouvernement français ». En attendant son retour, les officiers se réunirent par groupes et discutèrent de la situation. Les Chasseurs alpins ne pouvaient souffrir les Anglais ; il n’était pas question pour eux de voir au-delà des limites de cette antipathie, souvent irraisonnée. Aussi ne voulaient-ils qu’une chose : « quitter ce sale pays ». Les légionnaires, eux, eussent volontiers continué la lutte, mais par malheur une haine féroce existait entre le commandant d’un des bataillons et le lieutenant-colonel Magrin-Vernerey qui, passant au milieu des colonnes allemandes, avait réussi à rejoindre l’Angleterre par les îles de la Manche. Il devint vite apparent que, quelle que fût la solution adoptée par ce dernier, l’autre suivrait la voie opposée1. Un certain nombre d’officiers de réserve, comme le lieutenant Lagier, habitaient l’Angleterre avant la guerre et y avaient leurs capitaux, aussi désiraient-ils y rester... « pour s’y faire démobiliser » (sic).

Les discussions furent bientôt restreintes aux officiers sans troupe et à l’État-Major. Le capitaine Faure, chef d’état-major du général Béthouart, officier d’un courage renommé, était l’oracle que les uns et les autres allaient le plus volontiers consulter. Il fallait, disait-il, rejoindre l’Afrique du Nord, car si la France continuait la guerre, notre place était là-bas ; et si l’armistice était signé, l’Angleterre n’en avait pas pour plus de six semaines avant d’être obligée de mettre bas les armes. En outre, ajoutait-il, le devoir était de rejoindre sa famille afin de lui assurer aide et protection. Que ne fit-on et ne dit-on pas pendant les jours qui suivirent, au nom des familles en détresse ? Et dans certains cas, en effet, de véritables drames de conscience se posaient, particulièrement pour les israélites qui sentaient peser sur leurs femmes et leurs enfants la lourde hypothèque du racisme nazi. Certains, jeunes ou vieux, voulaient absolument livrer à côté des Anglais le « baroud d’honneur ». Bien peu pensaient alors que l’Angleterre tiendrait.

Des Anglais, soigneusement choisis, et qui servaient d’officiers de liaison, allaient de groupe en groupe, disant aux uns et aux autres que leur devoir était de rentrer en France et que si, d’aventure, ils voulaient rester, ils seraient enrôlés comme privates2 dans l’armée anglaise. Cette propagande émanait des chefs du War Office3 qui se montraient fort inquiets de voir rester en Angleterre une grande Unité française dont ils suspectaient le loyalisme à l’égard de leur pays. Le chef d’orchestre de ces rumeurs était un certain colonel Williams qui devait, ô curieuse ironie, être désigné par la suite comme officier de liaison auprès du général de Gaulle. On parlait bien, de temps à autre, d’un certain général dont on ne se rappelait plus le nom, qui, avec l’accord du premier ministre, M. Churchill, avait fait un « appel aux Français », mais cela n’était mentionné par les Anglais que comme un fait sans importance... et sans lendemain. D’ailleurs ajoutaient-ils, M. Churchill avait beaucoup de difficultés au sein du cabinet de guerre où, presque seul, sinon seul, il prônait, en digne successeur du Young Pitt la guerre à outrance et par tous les moyens.

Par hasard, vers le 25 juin, j’entendis à la radio un enregistrement nasillard, passé à vitesse réduite, d’un appel du général de Gaulle. La nouvelle s’en répandit dans le camp à la vitesse d’une onde sonore, mais personne ne put se procurer le texte exact. Bien peu connaissaient le nom du général, et la nouvelle de sa nomination comme Sous-Secrétaire d’État à la Guerre n’avait pas atteint la Norvège.

Les discussions devinrent plus âpres encore parmi les officiers. Les « jusqu’aboutistes », d’ailleurs en petit nombre, étaient accusés par les autres de ne vouloir rester en Angleterre que pour y mener une agréable vie de loisirs et y toucher des soldes mirifiques. Ils oubliaient allégrement par ces nouveaux propos que, quelques heures plus tôt, ils affirmaient que l’Angleterre était perdue, qu’elle serait dévastée et que les imbéciles qui y restaient n’auraient pour tout potage que les deux shillings journaliers des soldats de seconde classe. En outre, Pétain avait donné ses ordres ! Personne n’avait le droit d’hésiter entre le brillant vainqueur de Verdun et ce petit général inconnu « qui prétendait faire la leçon aux Français ».

À son retour de Londres, le général Béthouart réunit tous les officiers et leur apprit que les ordres du « Gouvernement » étaient de rejoindre l’Afrique du Nord. Il avait vu le général de Gaulle, son camarade de promotion de Saint-Cyr, et approuvait son geste... sans pouvoir cependant le suivre personnellement car la majorité de ses hommes désirait rentrer et son devoir, nous dit-il, était de rester avec le gros de ses troupes. Toutefois, il laissait les officiers et les hommes libres de choisir leur ligne de conduite car, en de telles circonstances, la notion du « devoir » était entièrement subjective. Enfin, dit-il en terminant, des cargos avaient été mis à sa disposition et feraient route le 30 juin sur Casablanca.

Le général de Gaulle vint à Trentham Park, mais beaucoup d’officiers étaient hors du camp, n’ayant pas été prévenus de sa visite. Ce soir-là, en rentrant, j’appris de la bouche de camarades qui l’avaient vu et entendu ce qu’il leur avait dit et qui se résumait à ceci : « La France a perdu une bataille, mais elle n’a pas perdu la guerre. Il faut que tous les Français qui peuvent le faire s’unissent derrière une même bannière afin que, grâce à eux, la France garde toujours sa place au combat, ce qui lui permettra de partager les fruits de la victoire commune. »

Ceci déchaîna une fois de plus les passions ; les mêmes arguments, cent fois rabattus, furent repris, l’insulte « vendu aux Anglais » fit soin apparition... Le virus Pétain commençait son œuvre. Jusqu’au dernier moment j’hésitai et j’accompagnai le corps expéditionnaire à Barry Docks, où il embarqua. Après une ultime conversation avec Béthouart, qui m’encouragea dans mon projet, je décidai de rester en Angleterre et de rejoindre le général de Gaulle4.

le 6 juillet 2012



---------------------
Tous droits réservés © Copyright 2004 F. Delpla
Site
sous Spip - TZR-Créations