Le Forum de François Delpla

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MessagePosté: Mer Aoû 15, 2007 8:48 am 
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Inscription: Sam Juil 01, 2006 7:20 am
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Travaillant sur la captivité de Mandel et notamment son assassinat (7 juillet 44), je lisais depuis quelques semaines tout ce qui me tombait sous la main concernant Oradour. Apparemment, la télépathie a voulu que Heinz Barth, le dernier des officiers bourreaux encore en vie, ne supporte pas le rapprochement. Il est en tout cas décédé à Gransee il y a quelques jours, remettant brusquement le massacre du 10 juin 1944 au centre de l'actualité en France comme en Allemagne.

A peu près milieu de l'intervalle entre les deux événements, il y eut le meurtre de Jean Zay (20 juin).

Sur un autre forum, à la suite d'une information de Marc Binazzi, l'attention a été attirée il y a peu sur la visite de Himmler à Montauban le 11 avril 44 et le fait qu'il avait harangué les membres de la division Das Reich : http://www.debarquement-normandie.com/p ... php?t=8146

On peut dire tout ce qu'on veut sur les raisons locales ou conjoncturelles : ces convergences montrent que le débarquement est préparé, non seulement en peaufinant les défenses de l'Atlantique et en déchaînant la Milice contre les maquis à partir d'avril, un discours ad hoc étant soutiré à Pétain le 28, mais en prévoyant un déchaînement spécifique de violence au lendemain de l'événement, imité de ce qui se passe sur le front est, et en prenant le maréchal en main pour qu'il reste au moins neutre si on ne peut aller jusqu'à lui faire bénir les tueurs.

Mandel et Zay sont des "Juifs" (ce n'est même pas vrai dans le cas de Zay, de mère protestante et baptisé comme tel) dont Pétain a dit publiquement du mal, et c'est bien cela qui compte : il est très gêné pour protester... et ne le fait que le 6 août, du bout de la plume, dans un mémoire non rendu public où il condamne enfin les exactions de la Milice (un texte de couverture en vue de son procès, à une époque où il ne dirige vraiment plus rien).

Ce qui est fondamentalement important c'est qu'Abetz annonce à Laval, un peu avant l'assassinat de Mandel, que Blum et Reynaud, eux aussi captifs en Allemagne, vont être pareillement "rendus à la France". D'où, à l'annonce de l'assassinat, une fureur de Laval (qui contrairement à Pétain a réussi à ne jamais dire un mot contre Mandel, un collègue parlementaire de droite avec qui il avait eu les rapports les plus courtois pendant des années) et une interdiction par lui faite à Darnand de "recevoir" les deux colis suivants. Il n'empêche : Laval comme Pétain est coincé, ils se tiennent tous deux cois et ne disent aucun bien ni de De Gaulle ni des Américains ni de l'idée même d'une libération, craignant s'ils le faisaient de signer l'arrêt de mort des vedettes politiques du régime précédent (et de Weygand, Daladier e tutti quanti, le réservoir d'otages de marque constitué outre-Rhin au fil de l'Occupation est vaste).

Ce contexte éclaire Oradour et réciproquement : il faut terroriser au maximum la France, masse et élites confondus. Un village où il n'y a jamais eu d'action résistante, à portée de tramway d'une grande ville (Limoges), assez peuplé et très systématiquement massacré, c'est la démonstration qu'il suffit d'être français pour être suspect et que la moindre velléité d'aider les libérateurs risque de se payer comptant.
De ce point de vue les protestations vichystes mêmes -plutôt discrètes du côté des autorités mais assez importantes dans la presse- sont une aide.

Diabolique Führer !


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 Sujet du message: Efficacité de la terreur ?
MessagePosté: Dim Jan 06, 2008 11:31 am 
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Inscription: Mar Juil 11, 2006 4:47 pm
Messages: 13
Votre interprétation suppose qu'Himmler croit à l'efficacité d'une politique de terreur en France.

Il me semble, en envisageant les choses froidement, que la politique de terreur ne peut être perdante :

1) Soit la population est terrifiée et c'est toujours ça de gagné.

2) Soit l'hostilité active de la population augmente, et ça ne change pas grand'chose.

Cependant, j'ai du mal à comprendre qu'elle était la marge de manoeuvre politique du IIIè Reich à cette époque :

> que, du coté allemand, où la défaite militaire devenait de plus en plus probable, on fût tenté de privilégier la politique, je le comprends.

> mais, du coté allié, c'est l'inverse : ce n'est pas quand on est train de gagner une guerre qu'on s'arrête pour discuter avec le futur vaincu (comme contre-exemple, il y a novembre 1918, mais, justement, c'est une vaccination contre un arrêt précoce).

Bref, autant j'ai fini par comprendre (je comprends vite, mais il faut m'expliquer longtemps) à peu près la situation politique de mai-juin 40, autant la situation de juin-septembre 44 m'échappe un peu.


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MessagePosté: Lun Jan 07, 2008 7:09 am 
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Inscription: Sam Juil 01, 2006 7:20 am
Messages: 6777
Il me semble au contraire que la politique de terreur aurait bien des chances d'être perdante si elle n'était pas dosée avec un doigté tout nazi, déjà vu à l'oeuvre lors des nuits des Longs couteaux (30 juin 1934) ou de Cristal (9 novembre 1938) : moins de 200 morts à elles deux.

C'est toute la différence entre Hitler et Staline : de la dentelle ici, du rouleau compresseur là. Ou en termes mathématiques : le rendement d'un mort pour faire filer doux les vivants est multiplié par 100 ou 1000.

L'art d'Oradour, c'est qu'il n'y en ait pas deux. Il faut, tout de suite après le débarquement, faire comprendre à la totalité des Français que ce n'est pas le moment de se réjouir, bien au contraire, que ceux qui n'ont pas de ... tripes doivent se calfeutrer chez eux et que ceux qui en ont risquent fort de se les faire couper en rondelles. Il faut aussi que Pétain reste à son poste tout en ne donnant aucun encouragement même feutré à la Résistance, aucun signe qu'il se réjouit de la libération, et pour cela il faut repartir comme en 40 : lui faire croire qu'il va jouer un rôle "protecteur" et "sauver ce qui peut l'être". Deux, trois, dix Oradour s'il quitte son poste ou la neutralité, quelle plus belle épée de Damoclès aurait-on pu forger ?

En même temps bien sûr le nazisme joue son va-tout sur le plan diplomatique, en essayant de faire croire aux bourgeois du monde entier, et à ceux qu'ils influencent, que sa défaite signifierait le triomphe européen à court terme, et mondial dans la foulée, de la niveleuse barbarie bolchévique. Pour cela aussi il faut agir avec économie dans la guerre à l'ouest, et réserver la barbarie aveugle aux hordes "asiatiques". Oradour, on pourra toujours dire que c'était une bavure, un incident local...


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MessagePosté: Mar Jan 08, 2008 7:21 am 
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Inscription: Sam Juil 01, 2006 10:49 am
Messages: 1380
Localisation: Francais de Bangkok
Bonjour,

Ce qui est assez fascinant dans cette analyse, c'est d'y constater l'etendue de l'impuissance de Vichy et la facilite avec laquelle Hitler manipule Petain et consorts.

Je reste persuade que si Petain, dans un sursaut salvateur, avait traverse la Mediterrannee avec la Flote lorsque les Allemands envahirent la "zone libre", il ne se serait rien passe de plus en France au niveau terreur nazie.

Et c'est Petain qui aurait descendu les Champs-Elysees le 25 aout 44, pas de Gaulle...

_________________
Cordialement
Daniel
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