François DELPLA

Livre d'or

Par pratclif

Bonjour
Je m'intéresse au cours de l'histoire et à la façon de parvenir aux commandes, façon Hitler.
La traduction de mon combat par Genoud, mérite [Suite...]

Livre d'or

 
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à propos du Himmler de Peter Longerich


Apogée et chute du bourreau d'Hitler : le crépuscule d'un assassin impitoyable et lâche

23 mars 2014


Eric OD Green

Dans ce second volume Heinrich Himmler développe à son paroxysme les capacités de la SS qui deviendra sur la fin de la guerre une sorte d’armée parallèle à la Wehrmacht. Himmler montre toute sa détermination et sa cruauté lors de l’annexion de l’Autriche, puis très rapidement avec l’affaire des Sudètes. Le SD de Reinhard Heydrich se montre d’une redoutable efficacité. La guerre contre la Pologne va être le commencement des traitements barbares et inhumains qui seront la règle dans toutes l’Europe de l’Est et en URSS suite au déclenchement de l’opération Barbarossa. Les massacres de civils en Pologne et les assassinats commis par les Einzatsgruppen contre les membres de l’intelligentsia polonaise, l’ensemble étant coordonné par le tout nouveau RSHA, office central de sécurité du Reich confié à Heydrich.
Dès novembre 1939, le RSHA met au point un plan à long terme prévoyant la déportation de tous les juifs dans le gouvernement général de Pologne confié à Hans Frank, et dès le 17 décembre 1939 87000 personnes étaient déjà expulsées du Warthegau vers le gouvernement général. La planification prévoyait l’expulsion de 3,4 millions de polonais, dont 560000 juifs, sans compter 30000 tziganes provenant de l’ensemble du Reich. On remarque que les premiers essais d’extermination en chambre en gaz datent du 12 décembre 1939 avec l’utilisation de monoxyde de carbone. Ce dernier sera remplacé par le Zyklon B, mais les assassinats à l’aide de camions chambres à gaz resteront une modalité très prisée des Einzatsgruppen jusqu’à la fin, avec l’apport considérable d’Adolf Eichmann.
Si la décision de procéder à la destruction des juifs d’Europe de l’Est et des territoires de l’URSS prend son rythme de croisière à compter de 1941-1942, il n’en reste pas moins que cette solution finale devait être étudiée de longue date, par exemple avec le programme T4 d’euthanasie des malades mentaux. Ce qui rend mystérieux certains passages de la conférence de Wannsee : sur ce point on peut se reporter aux travaux considérables d’Edouard Husson disponibles chez Tempus. Si Himmler parvient à imposer sa domination et la cruauté méthodique de ses méthodes aux pays de l’Est, il n’en va pas de même à l’ouest, notamment au Danemark, en Norvège, et en France. Sur la fin de la guerre, devenu ministre de l’intérieur, il lui sera alors possible de rattraper le temps perdu en procédant via la nomination de HSSPF à des actes de cruautés, à des déportations vers les camps de concentration et à divers massacres routiniers de civils, pseudo partisans. Le terme de chasse aux partisans en URSS a surtout été pour Himmler une sorte de permis de tuer, avec l’action impitoyable des Einzatsgruppen, exécutant massivement des juifs et des personnes sans défense dans un cycle infernal de répression. Les personnages qui sont le plus connus sont le général SS Erich Von den Bach Zelevski, Oscar Dirlewanger (on se reportera à la monographie de Christian Ingrao sur « les chasseurs noirs » Tempus) et l’abject Odilo Globocnik. Le processus d’assassinant des juifs d’Europe de l’Est, puis des juifs d’URSS et enfin des pays de l’ouest est une politique qui va s’exécuter par phase à partir de 1942, déportation à l’Est, au sein du Gouvernement général de Pologne, puis application du « traitement spécial » avec les chambres à gaz de Belzec et d’Auschwitz puis Sobibor à partir de mai 1942.
Les seuls juifs qui pouvaient échapper au « traitement spécial » étaient selon l’expression de Robert Browning, « les juifs de labeur » qui allaient être mis au travail pour les besoins de l’économie de guerre du Reich. Il s’agissait toutefois bien « d’un anéantissement par le travail » selon la terminologie en vigueur au sein de la SS. Reinhard Heydrich est victime d’un attentat le 27 mai 1942 et décède finalement d’une septicémie. Les représailles vont être terribles avec l’anéantissement de la population du village de Lidice, dont 97 enfants assassinés dans le camp de concentration de Chelmno. Les Juifs de Prague sont également particulièrement touchés par des déportations massives.
Après l’attentat contre Heydrich, le Reichsführer-SS accélère le programme d’anéantissement des juifs à l’échelle de toute l’Europe. Les conséquences sont connues avec précision, elles sont tout à fait abominables. En tant que commissaire à la consolidation de la nation, Himmler nourrissait de grands projets de colonisation des territoires conquis à l’Est en remplaçant les populations locales repoussées toujours plus à l’Est par des colons germaniques, soldats-paysans « de bonne race » qui devaient ceinturer le grand Reich à concurrence de 100 millions de personnes dans les décennies à venir… Il va de soi que la mise à mort de 40 à 60 millions de personnes racialement inférieure (slave, métis divers, etc..) allait accompagner ce projet. Il ne faut pas oublier que les colons allemands puisés dans les minorités allemandes récupérées par le grand Reich allaient être déplacés sans ménagements. On le voit donc bien, la Shoah n’était pour Himmler et Hitler qu’un début dans un processus plus global et plus long. Les échecs de la Wehrmacht à partir de 1942-1943 mettent fin à ce délire raciste.
Toutefois, Himmler réagit en déployant une brutalité toujours plus grande : il va cumuler les fonctions de ministre de l’intérieur, après l’attentat manqué de von Stauffenberg contre Hitler, il devient chef de l’armée de réserve et poursuit un développement considérable de la Waffen-SS mais fait face à des problèmes insolubles de recrutement. Finalement, lors du naufrage du Reich il devient aussi chef du groupe d’armée de la Vistule ou il montre toute son incompétence. Devant l’avance inexorable des Russes à l’Est et des Occidentaux à l’Ouest, il se met à négocier pour tenter de marchander sa misérable existence contre d’éventuelles libérations de prisonniers juifs, toutefois l’évacuation chaotique des camps se traduit par « des marches de la mort » aux termes desquelles 240.000 à 360.000 personnes trouvent la mort.
Considéré comme un traître par Hitler pour ces tentatives de négociations avec les Alliés Himmler est démis de toutes ses fonctions. Il choisit une fuite désordonnée et se suicide sans panache après avoir été capturé. Il laisse l’image d’un personnage cruel et impitoyable qui annonçait à qui voulait l’entendre qu’il poursuivrait son travail jusqu’à « la dernière grand-mère et au dernier enfant ». Les explications psychologiques données par Peter Longerich pour cerner l’action d’Himmler sont pour moi assez simplistes et incomplètes : je considère que l’on peut être un homme cruel sans raison, et fantasmer à volonté sur des mythologies nordiques-germaniques. Il n’en reste pas moins vrai que le travail de Peter Longerich est un travail majeur pour toute personne désireuse d’approfondir sa connaissance des processus qui ont présidé à la genèse et à la justification et à l’exécution de la solution finale.


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29 mars

François Delpla dit:

L'antisémitisme "rédempteur" décrit par Friedländer en 2006 est une avancée historiographique importante. Auparavant on mélangeait beaucoup plus l'antisémitisme nazi et les variétés précédentes de cette haine. Quant à Hilberg, il s'est toujours intéressé beaucoup plus au comment qu'au pourquoi. On peut en dire autant de Longerich, excellent connaisseur de l'appareil nazi mais peu intéressé par les fantasmes hitlériens. De ce point de vue, il faut effectivement compléter son analyse par celles d'Edouard Husson.
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Eric OD Green dit:
Bonjour M Delpla, je suis parfaitement d'accord avec vous : les travaux de Hilberg portent sur les modalités d’extermination des Juifs d'Europe, sans se prononcer de manière dirimante sur le pourquoi; si je me souviens bien il a indiqué être en présence d'un système qu'il pouvait parfaitement décrire, sans être en mesure d'expliquer le pourquoi. Le concept d'antisémitisme rédempteur est assurément une avancée significative, j'aime bien également les travaux beaucoup plus anciens de Léon Poliakov, avec une histoire de l'antisémitisme qui a été refondue en deux volumes, le premier traite de ce que Poliakov a désigné comme étant l'âge de la foi, et le second, l'âge de la science. Ces deux volumes permettent de couvrir les multiples formes d'antisémitisme d'une manière correcte, mais l'ouvrage est ancien, même si je le considère toujours comme pertinent. Ensuite, les travaux d'Edouard Husson sont effectivement une référence scientifique française très solide, en particulier l'ouvrage consacré à "Heydrich et la solution finale" disponible dans la collection Tempus, et il serait inconvenant d'en oublier l'existence et vous avez raison de le mentionner.

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François Delpla dit:
vous me faites relire Poliakov... et j'y trouve encore moins que chez Hilberg, Mosse, Arendt, Kershaw, Evans et L. Richard réunis le plus petit début de réflexion sur la nouveauté de l'antisémitisme hitlérien !

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Eric OD Green dit:
Concernant Poliakov, je reste convaincu de l’intérêt de cet auteur, mais il est vrai que la problématique de l'antisémitisme de Hitler n'est pas développée, en revanche la partie qui reçoit la dénomination de "déflagration" est fort intéressante, sans vouloir la surestimer.

George Mosse possède le grand mérite d'avoir exploré les fondements antisémites du mouvement Volkish et il montre quand même l'existence d'un terreau intellectuel favorable à la doctrine nazie. Cette approche culturelle ne permet toutefois pas d'expliquer comment avec la personnalité hors norme d'Hitler on arrive à une forme aussi extrême d'antisémitisme.

Daniel Goldhagen, dans son ouvrage sur les bourreaux volontaires de Hitler pose le principe d'un antisémitisme qui serait spécifique à l'Allemagne, un antisémitisme éliminationiste : sur le plan de la démonstration, les mesures juridiques permettant d'aboutir à faire des Juifs des êtres socialement morts, expliquerait la facilité apparente avec laquelle, on pourrait passer à un processus extrême d'élimination physique. Toutefois, les travaux de Goldhagen conduisent à une réactivation du concept de responsabilité collective du peuple allemand, ils ont donc fait l'objet de critiques très dures.

Le concept qui demeure le plus proche d'une explication satisfaisante est l'antisémitisme rédempteur. Les différents travaux que vous citez montrent à quel point il est difficile d'analyser la personnalité d'Hitler et ses fantasmes antisémites : Ian Kershaw a estimé dans plusieurs ouvrage que la personnalité de Hitler était résistante aux analyses de type psychologique, sans être totalement d'accord avec cette avis, je constate qu'un auteur comme Longerich fait un usage extensif de prétendues pathologies mentales, en particulier dans sa biographie de Goebbels. Je ne suis pas certain que tous les comportements violents s'expliquent par des aspects psychiatriques, même si les notes prises par le psychiatre Leon Goldensohn dans "ses entretiens de Nuremberg" sont vraiment remarquable.

Personnellement, ce que je redoute dans une explication psychologique c'est que l'on puisse y voir une atténuation de la responsabilité des individus, même si par ailleurs je ne sous-estime nullement la valeur d'une expertise psychologique, je ne veux en revanche y voir un paradigme mécanisme et déterministe.

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François Delpla dit:

ce que je veux dire, et dont je n'ai moi-même pris pleine conscience que vers 2010 après 20 ans de travaux ininterrompus sur le nazisme, c'est que toute l'idéologie nazie est née du déclenchement de la psychose de Hitler. L'antisémitisme antérieur, il le réemploie comme un architecte réemploie des éléments de bâtiments préexistants; il s'en sert notamment pour collectiviser sa folie, disant aux chrétiens ceci, aux eugénistes cela, etc. Mais son idée de base, celle d'un cancer prêt à tuer l'espèce humaine à brève échéance sur la lancée de la "victoire juive" de 1918, lui est personnelle. Et c'est en elle que prend racine l'idée d'une extermination totale.



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30 mars

Eric OD Green dit:
Oui, je pense effectivement qu'il s'agit d'une forme de pensée délirante qui a été en mesure de puiser dans un antisémitisme latent qui fournissait des éléments permettant d'effectuer une rationalisation a posteriori sur le thème du coup de poignard dans le dos de 1917/1918 qui est la cause pour Hitler de la défaite allemande et bien sûr les Juifs (sans que l'on sache réellement de qui on parle) sont les maîtres d’œuvre de ce complot.

Ce thème du complot Juif est à bien des égards un recyclage des tristement célèbres protocoles des sages de Sion, mais avec un apport ultra-violent et incroyablement puissant de la part d'Hitler. La thèse d'une psychose avait été formulée lors de son passage en hôpital pour une cécité temporaire qui aurait trouvé son origine dans une forme d'hystérie ; l’événement a été narré en 1976 par John Toland, mais a l'époque cette explication n'a guère trouvée d'écho.

La thèse du psychopathe "hystérique" ou non d'ailleurs est sans nul doute, avec comme point d'orgue un antisémitisme forcené, une approche raisonnable et cohérente de la personnalité de Hitler. Toutefois, la nature exacte de cette maladie mentale pose question : en règle générale les psychopathes ne sont pas capables d'une action aussi cohérente que celle de Hitler au moins sur la période 1925-1940, ou à défaut d'être un pur génie de la stratégie il a été un joueur extrêmement habile.

Toutefois, les psychoses sont évolutives, et les divers témoignages disponibles sur la santé vont dans le sens d'une dégradation progressive des capacités cognitives et physiques du sujet : la dégradation est déjà importante fin 1942, avec une inflexion brutale après la défaite de Stalingrad jusqu'à sa mort. Hitler semble s'être consumé dans une sorte de burning out de violence dont la Shoah a été l'un des points culminants.

La dégradation physique paraît être partiellement liée à cet aspect tout en étant complétée par une cardiopathie, et ce qui semble être la maladie de Parkinson, sans compter les dommages résultant de l'attentat manqué.

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François Delpla dit:

Vous abordez beaucoup de points à la fois !
Si la psychose, quand elle se déclenche, est souvent invalidante et conduit à l'internement, elle peut tout au contraire donner à la vie une cohérence qui lui manquait et socialiser l'individu, par exemple dans le cas des gourous. Hitler est une sorte de gourou-limite, dont le fantasme convient à toute une société (à des degrés divers selon les individus et les groupes) dans un moment historique très particulier.
En ce qui le concerne, je ne constate pas d'évolution mais une grande fixité. Voyez la grande cohérence intellectuelle de ses testaments du 28 avril 1945, dont les phrases antijuives auraient pu être écrites en 1919.
Quant à l'hypothèse d'un Parkinson, une maladie encore aujourd'hui mal connue, avec des erreurs de diagnostic fréquentes, je ne vois pas l'intérêt de s'y appesantir.


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Dans les commentaires de ma bio de Hitler en poche

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cacoton dit:
Avoir une idée fixe aussi tordue que celle d'Hitler (grosso-modo un état fondé exclusivement sur la" race supérieure") est bien,à mon sens,un signe patent de folie,ce qui,par ailleurs, ne s'oppose pas au fait que Hitler était indiscutablement très intelligent.


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18 mars 15 05:32:34 GMT+01:00

François Delpla dit:
Oui !

Mais il convient d'ajouter que cette cohabitation d'intelligence et de folie est une idée relativement nouvelle.

Et pour couper court à toute contestation, du moins je l'espère, je vais citer l'exemple de mes propres tâtonnements.

L'édition première du livre parle (de façon presque entièrement nouvelle par rapport aux biographies antérieures, et bien plus précise que le livre contemporain de Kershaw) de l'intelligence de Hitler, tout en précisant qu'elle "cohabite avec un délire raciste". Je mentionne favorablement (à l'inverse de Kershaw, qui le dénigre entièrement) le livre pionner (et inégal) de Rudolph Binion (1976) sur son déclenchement de psychose à la fin de 1918 mais ce n'est que vers 2010 que je fais le chemin jusqu'au bout : ce déclenchement engendre l'idéologie nazie dans son ensemble, très différente de tout ce qui précède à en juger par les deux fantasmes sur lesquels elle repose -l'existence d'un poison juif mortel pour l'humanité entière, et ce, à brève échéance; la mission confiée par la Providence à Adolf Hitler d'alerter ses congénères contre ce danger.

Je fais cette mise au point dans la préface de cette édition de poche.
 
 
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Ecrit par: François Delpla, Le: 31/03/15