François DELPLA

Livre d'or

Par François
Delpla

Merci, Lovermind !

Laissons le passé, sinon pour constater ce qu'il nous enseigne. En l'occurrence, Hitler est un objet chaud, que la plupart n'abo [Suite...]

Livre d'or

 
Rss Misère de la traduction française de Mein Kampf
p. 13-14 du livre :


Si Hitler est déjà vers 1920, sans
que personne s’en doute, l’homme de la situation, c’est bien
parce que, né autrichien et installé à Munich, il est au coeur du
problème et inaugure sa vie politique par un combat contre les
séparatistes bavarois, tout en prônant l’Anschluss, la réunion de
l’Autriche au Reich fondé par Bismarck. Les premières lignes du
livre qu’il publie en 1925 grâce aux loisirs d’une peine de prison
montrent qu’il a acquis une pleine conscience de cet atout :

Une heureuse prédestination m’a fait naître à Braunau am
Inn, bourgade située précisément à la frontière de ces deux Etats allemands
dont la nouvelle fusion nous apparaît comme la tâche essentielle
de notre vie, à poursuivre par tous les moyens. L’Autriche
allemande doit revenir à la grande patrie allemande et ceci, non pas
en vertu de quelconques raisons économiques. Non, non : même
si cette fusion, économiquement parlant, est indifférente ou même
nuisible, elle doit avoir lieu quand même. Le même sang appartient
à un même empire. Le peuple allemand n’aura aucun droit à une
activité politique coloniale tant qu’il n’aura pu réunir ses propres fils
en un même Etat. Lorsque le territoire du Reich contiendra tous les
Allemands, s’il s’avère inapte à les nourrir, des besoins de ce peuple
naîtra son droit moral d’acquérir des terres étrangères. La charrue
fera alors place à l’épée, et les larmes de la guerre prépareront les
moissons du monde futur.
(Mein Kampf, trad. fr. Paris, Nouvelles Editions latines, 1934, p. 17.)

Rarement le début d’un livre aura aussi bien condensé son
contenu, et jamais il n’aura tracé aussi exactement quelques traits
essentiels de l’histoire mondiale des décennies suivantes. Il n’est
pas jusqu’à la fatale insuffisance de la traduction française de
1934, la seule publiée à ce jour, qui ne s’y trouve illustrée de
façon frappante. « Une heureuse prédestination m’a fait naître »
gomme en effet des mots essentiels, ici en italique, de la phrase
« Als glückliche Bestimmung gilt es mir heute, dass das Schicksal
mir zum Geburtsort gerade Braunau am Inn
zuwies ». Le traducteur, sans doute chauvin et pressé, au lendemain de la prise du
pouvoir par Hitler, de le présenter au public français comme
un barbare inhumain, reste insensible au mysticisme qui inspire
cette prose. Au lieu d’une froide, impersonnelle et luthérienne
prédestination, nous nous trouvons devant un véritable dédoublement
: l’auteur n’agit pas, il est agi par une puissance personnelle,
le Destin (Schicksal), qui s’occupe des affaires humaines
sans craindre d’entrer dans les détails. Il lui a assigné une place
précise (gerade zuwies) pour venir au monde. Surtout, Hitler
n’en a pas toujours eu conscience : c’est aujourd’hui (heute,
donc en 1924‑1925) que le destin lui semble avoir donné à son
existence, en la faisant débuter là, une « heureuse destination »
(glückliche Bestimmung).
Les premières lignes de Mein Kampf avertissent donc l’Allemagne
que celui qui prétend la gouverner un jour en autocrate
n’est pas seul. Il n’est qu’un ambassadeur… de l’au-delà,
qui a pris récemment conscience de sa mission. Il va, d’un bout à
l’autre de sa carrière politique, faire en sorte que toute autorité,
dans le parti puis dans l’Etat, procède de lui et ne risque pas de
concurrencer la sienne, y compris en tolérant des révoltes limitées
puis en les réprimant au moment opportun, ce qui petit à
petit convainc chacun qu’il n’est de salut que dans l’obéissance.
 
 
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Ecrit par: François Delpla, Le: 19/04/15