François DELPLA

Livre d'or

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Rss Lettres d'information 2018
Lettres antérieures http://www.delpla.org/site/articles/articles-7-119+lettres-d-information-2017.php




En finir avec la lecture au premier degré d’un brouillon de statut des Juifs (et toute lecture sans distance critique)



n° 126
9 novembre 2018

Chers abonnés,


Voici donc, selon toute vraisemblance, la dernière lettre que vous recevrez avant l’anniversaire du premier armistice de Rethondes et la parution, le jeudi 29 novembre, du premier livre sur les rapports entre Hitler et Pétain. Elle est rédigée avec un œil surpris et accablé sur les efforts d’un président pour articuler un discours cohérent sur l’événement centenaire et les leçons à en tirer, tant pour sortir l’Europe d’une nouvelle crise que pour sauvegarder la paix dans le monde.

Un livre intitulé Hitler et Pétain se heurte à une méfiance, qui peut aller jusqu’ à un refus de lecture, de la part de maints spécialistes, appartenant à des courants très divers mais partageant le préjugé que la discipline historique a rompu définitivement, au XXème siècle, avec l’explication des décisions politiques par la volonté des dirigeants. Par bonheur, la polémique en cours met en lumière un contraste très pédagogique : la différence entre un dictateur allemand dont les lubies produisent des effets immenses, pas toujours faciles à cerner, et son tardif émule français qui, si ses idées et ses talents ont souvent favorisé, ou parfois handicapé, sa carrière, a néanmoins joué, à chaque étape, des rôles attendus, qu’aucun mystère après coup ne nimbe.

Considérons l’un des premiers appels radiophoniques du général de Gaulle, celui du 26 juin 1940, en soulignant ses derniers mots :
« On vous a fait croire, Monsieur le Maréchal, que cet armistice, demandé à des soldats par le grand soldat que vous êtes, serait honorable pour la France. Je pense que maintenant vous êtes fixé. Cet armistice est déshonorant. Les deux tiers du territoire livrés à l'occupation de l'ennemi et de quel ennemi ! Notre armée démobilisée. Nos officiers et nos soldats prisonniers maintenus en captivité. Notre flotte, nos avions, nos chars, nos armes, à livrer intacts, pour que l'adversaire puisse s'en servir contre nos propres Alliés. La Patrie, le Gouvernement, vous-même, réduits à la servitude. Ah ! pour obtenir et pour accepter un pareil acte d'asservissement, on n'avait pas besoin de vous, Monsieur le Maréchal, on n'avait pas besoin du vainqueur de Verdun; N’IMPORTE QUI AURAIT SUFFI. »

Il ne manquait pas, en effet, de Français résignés qui se seraient fait un devoir de signer un armistice dans la rédaction duquel leur personnalité n’aurait pas eu la moindre part, pas plus que n’en a eu celle de Pétain. Car il s’agissait d’un texte hitlérien, c’est à dire soit rédigé entièrement par Hitler -comme on sait depuis peu que Mein Kampf l’avait été-, soit écrit selon ses directives et relu de près par lui. Car il couronnait non seulement une bataille qu’il avait planifiée et dirigée à la tête d’un groupe de généraux mis au pas, mais une vingtaine d’années de spéculations et d’actions politiques tendant à faire appel du verdict de 1918, au détriment de la France principalement, avant que ne vienne le tour de la Russie.

Si donc la personne de Pétain, en l’affaire, compte peu, elle est en revanche une aubaine pour l’Allemagne dans la période suivante, où il s’agit de faire avaler aux Français les pilules de plus en plus amères des conséquences de ce texte. Il n’en va pas du tout de même de la personne de Hitler. Entre 1871 et 1914, il avait fallu plus de deux générations pour que la France osât tenter une revanche. Pour faire mûrir en deux décennies un événement analogue après un désastre plus complet encore, il avait fallu que l’Allemagne fût dirigée par un mage inspiré, volontaire, tendu vers ce but et apte à le cacher, comme à mettre, au moins un peu, l’adversaire dans son tort en créant chez ses compatriotes le sentiment d’un encerclement, voire d’une agression.

Le maréchal déchu et frappé d’indignité nationale en 1945 supporte à juste titre l’opprobre d’avoir été à la tête du pays lors de cette signature, et d’en avoir assumé les conséquences par des décisions, comme dirait l’actuel président, funestes, mais il subit, depuis la Libération et plus encore depuis quarante-huit heures, au moment où ces lignes sont écrites, un certain nombre d’avanies inutiles et injustes.

On en fait à tort un responsable majeur de la défaite, puis un exécutant zélé des ordres criminels de l’occupant. Dans les deux cas, il n’était qu’un parmi bien d’autres, et non le plus puissant. Dans une république, le pouvoir n’est pas militaire mais civil, au moins en temps de paix. Dans une situation d’occupation, l’ennemi est le maître... et en l’occurrence, comme dit de Gaulle, quel ennemi ! De 1933 à 1940, c’est l’ensemble des élites françaises qui omet de lire Mein Kampf ou tout au moins de prendre la mesure des menaces, on ne peut plus précises, du grand pays voisin contre le leur. Ensuite, la défaite acceptée amène le pouvoir fantoche de Vichy à des “choix funestes” dans une recherche quotidienne du moindre mal, sous la pression d’un ennemi qui multiplie les chantages tout en faisant miroiter une “collaboration” qui allégerait son joug, mais qu’il dérobe sans cesse.

Un bon symbole des avanies indûment subies par Pétain réside dans le brouillon de statut des Juifs annoté de sa main, théâtralement produit par Serge Klarsfeld le 3 octobre 2010. Le fait que le crayon du maréchal ait aggravé certaines mesures de la version dactylographiée qui lui était soumise le fait passer depuis lors, et notamment ces derniers jours, pour un élément moteur de la politique antisémite de Vichy, voire le plus impitoyable de la bande.

Or rien d’autre dans sa carrière n’étaye un jugement aussi extrême et c’est une règle bien connue des historiens qu’un document unique est à manier avec précaution. J’en propose dans mon livre à paraître une interprétation contextualisée, qui débouche sur d’autres conclusions.

Le dernier psychodrame en date du macronisme, après le scandale soulevé chez les connaisseurs par une étrange anti-biographie de Hitler qui fait l’objet de mon dernier éditorial, est de nature à faire progresser la conscience que certains individus sont plus influents que d’autres sur le cours de l’histoire.

Autant la marge d’initiative de Pétain a été surestimée, autant le poids personnel de Hitler a été exagérément minoré. Il le reste encore sous bien des plumes.


Frémainville, le 9 novembre 2018




PS.- Mon livre, dont la couverture et sa quatrième ornent la page d’accueil du site, sera en librairie jeudi 29 novembre. Les impatients peuvent me commander des « bonnes feuilles » sur les sujets qui les intéressent, je les satisferai au cours du week-end.

PS 2.- Parmi les nouveautés du site, quelques nouvelles perles http://www.delpla.org/site/articles/articles.php?cat=9&id=2 , un article d’André Charguéraud sur le boycott des commerces juifs le 1er avril 1933 http://www.delpla.org/site/articles/articles-23-140+boycotts-et-contreboycotts-echecs-et-appels.php , et un nouveau florilège de mes contributions sur le « mur » d’ISSN http://www.delpla.org/site/articles/articles.php?cat=10&id=130 .

Si le message s’affiche mal, retrouvez-le ici http://www.delpla.org/site/articles/articles.php?cat=7&id=128 .


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n° 125


Hitler et Pétain sur les rails


13 août 2018




Chers abonnés,


Vous êtes restés sans nouvelles depuis un certain temps mais jamais loin de mon coeur... à l'ouvrage.

Mon dernier livre, rédigé depuis cinq ans (avec une interruption pour l'édition des Propos intimes et politiques, qu'il ne faut plus dire "de table") mais mûri depuis vingt-cinq (dans la foulée de Churchill et les Français, 1993) a été remis à l'éditeur et devrait sortir à la mi-novembre. Des ajustements sont possibles encore pendant quelques semaines et tous vos avis seront les bienvenus.

Ce Hitler et Pétain est avant tout une nouvelle synthèse sur Vichy, qui manquait après les avancées remarquables de la recherche post-paxtonienne, depuis 1995 or so. Ma connaissance à peu près égale de la France en guerre et de Hitler, traduite par un volume de publications similaire sur les deux sujets, me faisait en quelque sorte un devoir d'ajouter aux avancées en question une étude du regard et du rôle du conquérant allemand, qui n'existait nulle part. Une fois de plus, le pilotage hitlérien se révèle comme un mixte de recettes stéréotypées et de manœuvres complexes et les énigmes s’éclairent l’une l’autre, pour peu qu’on pense à les rapprocher. Je n’en dis pas plus ici pour vous mettre l’eau à la bouche, et vous inciter à me demander des précisions.

Ma participation aux débats internautiques s'est ralentie en conséquence, tout en poursuivant sur Facebook son bonhomme de chemin. J'ai rapatrié sur le site quelques amorces de discussions que j'avais introduites http://www.delpla.org/site/articles/articles-10-130+facebouquineries.php .

J'ai aussi commencé à rapatrier sur le nouveau site les éditoriaux de l'ancien commencés au début du siècle, qui offrent à la fois le journal d'une recherche d'historien et un miroir promené le long du chemin de l'actualité http://www.delpla.org/site/articles/articles-6-133+editos-anciens-1.php . Justement, le dernier éditorial http:/www.delpla.org entremêle les considérations sur les plus récents déboires présidentiels et le signalement de la dérive de plus en plus sidérante des discours officiels sur la rafle du Vel d'hiv.

Sur un sujet connexe, un nouvel article de mon invité Marc-André Charguéraud pose la question de l’attitude de Pie XII devant la rafle romaine d’octobre 1943 et le dédouane… après s’être fait l’avocat du Diable http://www.delpla.org/site/articles/articles.php?cat=6&id=137 (là encore, il conviendrait de poser la question : « et Hitler ? que veut-il obtenir au juste, et dans quelle exacte mesure est-il contrarié par le résultat ? »).

Bon surf et bonne fin d’été !

Frémainville, le 13 août 2018


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n° 124
21 février 2018


Des propos qui n'étaient pas de table sont désormais en poche !



Chers abonnés,

De même que la parole du président Macron devait être rare et tend à devenir pluriquotidienne, de même l'éloignement de la mort de Hitler le place chaque jour un peu plus au coeur de l'actualité. Ce mois-ci, la Pologne inspire un nouvel éditorial http;//www.delpla.org , qui entend dépasser le scandale des lois historiques liberticides, portant sur les années de guerre, pour mettre l'accent sur la cécité et la complaisance des dirigeants des années trente, beaucoup plus importantes et beaucoup plus méconnues, sans épargner ceux de la France qui disposaient de moyens de pression et se sont gardés d'en user. A ce sujet, je publie sur le site un article déjà paru dans Histomag sur les ruse nazies d'avant guerre http://www.delpla.org/site/articles/articles-9-132+les-ruses-nazies-d-avant-guerre-1933-1939.php .

La parution en anglais des mémoires de Brunhilde Pomsel, morte à 106 ans après avoir témoigné à 103, est l'occasion d'une recension montrant qu'elle n'était pas la "secrétaire de Goebbels" et n'avait aucun secret d'Etat à dévoiler, mais avait mené une vie d'Allemande ordinaire sous le nazisme, dont elle éprouvait sur le tard le besoin de cracher les serpents.

Les échanges sur Facebook https://www.facebook.com/groups/StudyOfNS/continuent de filer bon train et de me donner l'occasion d'un florilège http://www.delpla.org/site/articles/articles.php?cat=10&id=130 .

Mais l'événement du jour est la parution en poche des Propos de Hitler, anciennement et inexactement dits "de table", qu'on peut désormais conseiller sans modération à qui veut comprendre le mécanisme de cette si spéciale dictature.

Bon vagabondage !



PS.- si le message s'affiche mal, retrouvez-le sur le site http://www.delpla.org/site/articles/articles.php?cat=7&id=128









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n° 123

11 janvier 2018



Chers abonnés,



Juste deux mots aujourd'hui.


Un éditorial sur les pamphlets antisémites de Céline vient d'être mis en ligne http://www/delpla.org


Ma recension sur la réédition munichoise de Mein Kampf a été publiée par le site de l'IFRA https://journals.openedition.org/ifha/8992

Pour une discussion sur Facebook / ISSN https://www.facebook.com/groups/StudyOfNS/


Quant au film sur Churchill en mai 1940, les critiques témoignent dans leur grande majorité d'une incompréhension totale de l'enjeu historiographique. Cependant, cette recension http://www.delpla.org/site/articles/articles-11-127+darkest-hour-churchill-en-mai-1940.php fait boule de neige sur la Toile. N'hésitez pas à la rouler encore et encore !



Bonne lecture, bons débats !

fdelpla


Si le message s'affiche mal, retrouvez-le sur le site http://www.delpla.org/site/articles/articles.php?cat=7&id=128 .

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n° 122

4 janvier 2018

Churchill, Darkest Hour : du cinéma, mais pas seulement !


Chers abonnés,


Belle année à tous, y compris ceux qui m'ont honoré de voeux circulaires et qui en trouveront ici la réciproque.

Dans le n° 121, je vous rendais compte de ma réaction aux romans sur le nazisme primés cet automne par deux jurys littéraires et non des moindres. Ce texte, légèrement remanié, est paru depuis dans la revue Commentaire https://www.commentaire.fr/boutique/achat-d-articles/prix-litteraires-quand-renaudot-surclasse-goncourt-12414 .

La tragi-comique année politique qui vient de s'écouler a encore enfanté quelques perles http://www.delpla.org/site/articles/articles-9-2+des-perles-contre-l-histoire.php .

Mais l'actualité la plus intéressante est bien ce film sur Churchill, sorti hier. De même que je vois dans le nazisme un sujet vierge, et ce, chaque jour un peu plus, de même je pense qu'on peut dire que, d'une certaine façon, ce film est le premier qui prenne Churchill pour objet... et parle réellement de lui.

J'ai mis en ligne mes premières impressions http://www.delpla.org/site/articles/articles-11-127+darkest-hour-churchill-en-mai-1940.php et j'en débats sur Facebook https://www.facebook.com/groups/StudyOfNS/?multi_permalinks=1308929742586976&notif_id=1515082493861436&notif_t=feedback_reaction_generic

Il y a quelques années, je signalais qu'une bande dessinée avait fait progresser l'histoire, à propos de Joinovici. C'est aussi le cas du roman de Guez sur Mengele primé par les Renaudot. Il en va de même avec ce film, mais dans un sens un peu différent : les créateurs n'ont pas mené une recherche originale, mais ils ont pris à bras le corps des réalités mises au jour depuis des décennies par quelques pionniers qui, comme des hirondelles en automne, n'ont pas eu l'heur de faire le printemps.

Que peut-on bien dire d'important sur Churchill quand on omet le nom de Halifax ? C'est ce que semblent se dire les auteurs. Winston serait en effet resté un sympathique marginal de la politique britannique, doublé d'un chroniqueur à la plume acérée, s'il n'avait point déblayé son chemin de ce rival pour gagner le droit d'affronter son véritable adversaire, dans un moment où le sort du monde pouvait basculer dans des sens divers, certains cauchemardesques. Cependant, le film n'est pas entièrement équitable envers Halifax, ni même envers Churchill, présenté à tort comme prêt à céder et plus à tort encore comme sauvé au dernier moment du désespoir par d'aimables passagers du métro londonien.

Une chape énorme de préjugés, contaminant par exemple un ouvrage de 1995 de RAC Parker qui se voulait à la gloire de Churchill et minorait jusqu'à l'absurde son différend avec Halifax https://www.delpla.org/article.php3?id_article=389 , est en passe d'être dissoute par cette oeuvre magnifique. Il est d'autant plus important que les historiens fassent leur travail pour départager la réalité et la fiction. Outre le site et la page ISSN de Facebook, j'ai tenté d'y contribuer lors d'une interview parue dans un hors-série de grande qualité de Paris-Match http://www.parismatch.com/Culture/Medias/Winston-Churchill-le-stratege-un-hors-serie-exceptionnel-1424267 , dirigé par Jean-Marc Vidal.

Bonnes lectures, donc, et bonne séance !

Frémainville, le 4 janvier 2018


Si le message s'affiche mal, retrouvez-le sur le site http://www.delpla.org/site/articles/articles.php?cat=7&id=128 .
 
 
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Ecrit par: François Delpla, Le: 09/11/18