François DELPLA

Livre d'or

Par Michel

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Livre d'or

 
Rss Petit dictionnaire énervé de la SGM
Une écriture à rebrousse-poil

Recension parue dans
L'Express de Toronto

Par Paul-François Sylvestre – Semaine du 12 avril au 18 avril 2011








Sujet de passion par excellence, la Seconde Guerre mondiale cultive les mythes, les polémiques et les affrontements entre historiens réputés et simples passionnés d’histoire. François Delpla figure dans le premier groupe et il vient de publier un Petit dictionnaire énervé de la Seconde Guerre mondiale où il passe en revue les acteurs clés et les moments charnières de cette période. Son regard intransigeant et sa capacité d’écrire à rebrousse-poil donnent une relief particulier à son ouvrage.

Les articles de ce dictionnaire ont, en moyenne, entre une et trois pages. En prenant la forme de programmes de recherche, ils rappellent les acquis, dissipent les préjugés et balisent le probable comme le possible. Parmi les entrées: Appel, Débarquement, Hitler, Gestapo, Kamikaze, Nuremberg, Pétain, Reich, Schindler, De Gaulle, Churchill, Auschwitz, Eva Braun, Pearl Harbor, Suisse, Staline, Pie XII, Richard Wagner…

Pour vous donner une idée du ton qui anime ce Petit dictionnaire énervé, j’ai choisi une dizaine de noms et pour chacun d’eux j’ai extrait une ou deux phrases. Vous constaterez que, avec la force des mots et la précision des faits, la Seconde Guerre mondiale devient un sujet de rêve pour la collection des petits dictionnaires énervés…

Churchill, Winston – L’immense majorité des proses le concernant réduisent son mérite au fait d’avoir maintenu l’Angleterre en guerre après la chute de la France. Mais c’est jusqu’au bout qu’il montra le chemin, parce que les voies de garage restaient nombreuses et tentatrices.

Hiroshima et Nagasaki – Deux villes qui sont un bluff: les Américains font mine de pouvoir détruire une à une les métropoles japonaises, y compris Tokyo, alors que la quatrième bombe ne pourrait être produite avant plusieurs mois. Mais l’effet recherché est atteint: après avoir dénoncé la barbaries d’Hiroshima, le gouvernement japonais cède au lendemain de la destruction de Nagasaki et l’empereur parle à la radio, chose inédite, pour engager ses sujets à supporter l’insupportable.

Hitler, Adolf – Cet Autrichien de modeste extraction, exilé à Munich et entré en politique au cours de l’année 1919, qui était sa trentième, a dû ses succès pour une part à son talent et pour une autre, sans doute plus importante, à la cécité du monde devant ce talent.

Japon – Une question passionnante, et encore dans l’enfance, est celle du degré d’influence du nazisme sur le régime japonais. Une criminalité de type raciste s’installe, et un mépris de la vie humaine qui n’a rien à envier à celui du gouvernement allemand, débouchant même sur une guerre bactériologique inconnus en Europe.

Jeux olympiques – Le parcours de la flamme olympique est une invention nazie, et probablement hitlérienne, tant elle coïncide avec les goûts du Führer pour le feu d’une part, omniprésent dans les cérémonies, pour la Grèce antique d’autre part, symbole de l’humanité virile et esclavagiste qu’il entendait promouvoir sur les ruines de deux milles ans de christianisme.

Procès de Nuremberg – Curieusement, un grand nombre de gens qui avaient pris une part déterminante à la défaite du nazisme furent soit indifférent (de Gaulle), soit activement hostiles (Churchill) à ce procès, qui n’aurait jamais eu lieu sans la persévérance d’un clan américain.

Société des Nations (faillite de la) – Il est de bon ton de railler l’institution de Genève. Elle n’aurait accouché dans les années 20 que d’idéalistes palabres et ensuite, quand on avait besoin d’elle pour faire face aux conséquences de la crise de 1929 et de la nazification, elle aurait étalé son impuissance.

Staline, Joseph – Comme chef de guerre, une fois que Hitler l’a contraint à entrer dans l’arène, Staline est à mi-chemin entre Roosevelt et Churchill: le premier nommé ne se pique pas de stratégie et laisse faire ses généraux, tandis que le second se mêle constamment des opérations. Staline laisse aux siens la direction stratégique, mais les assiste de vigilants commissaires politiques pour éviter qu’au jour de la victoire leur prestige éclipse le sien.

Historien spécialisé de la Seconde Guerre mondiale, François Delpla est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages, dont la seule biographie française d’Hitler. Il a depuis de nombreuses années pris à bras le corps un certain nombre de points obscurs ou faussement considérés comme clairs de cette période clé de notre histoire contemporaine. On lui doit, entre autres, Churchill et les Français, La Ruse nazie et Nuremberg face à l’Histoire.

François Delpla, Petit dictionnaire énervé de la Seconde Guerre mondiale, Paris, Éditions de l’Opportun, 2010, 224 pages, 24,95 $.
 
 
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Ecrit par: François Delpla, Le: 13/11/14